Synapse Medicine exporte son « Yuka du médicament » avec 25 millions d'euros en série B

Désormais positionnée sur toute la chaîne de prescription du médicament et présente dans sept pays, la startup bordelaise Synapse Medicine boucle une levée de 25 millions d'euros en série B auprès de Korelya, le fonds franco-coréen de Fleur Pellerin. Objectif : tripler de taille en 24 mois et accélérer le déploiement aux Etats-Unis de sa solution d'information médicamenteuse et notamment de Goodmed, présenté comme un "Yuka du médicament".
Clément Goehrs et l'équipe de Synapse Medicine qui compte 53 salariés très majoritairement installés à Bordeaux.
Clément Goehrs et l'équipe de Synapse Medicine qui compte 53 salariés très majoritairement installés à Bordeaux. (Crédits : Synapse Medicine)

D'ici quelques semaines Clément Goehrs fera ses valises. Le CEO et cofondateur de Synapse Medicine quittera Bordeaux et ses façades du 18e siècle en juin prochain pour rejoindre les gratte-ciel de New York. "Les Etats-Unis constituent notre plus grosse opportunité de croissance puisqu'ils pèsent la moitié de notre marché mondial. Il nous semble donc important d'avoir l'un des cofondateurs, et tout particulièrement le CEO, présent sur place pour y piloter le déploiement commercial", confie à La Tribune le dirigeant de cette Med Tech également médecin et diplômé de Stanford. Sans attendre l'arrivée sur place de son CEO, Synapse Medicine est déjà à la manœuvre outre-atlantique avec des équipes à New York et Boston et des premiers contrats signés avec des hôpitaux et cliniques américains, sa cible prioritaire. Et pas d'inquiétude, le siège de l'entreprise, ses fonctions transversales et sa R&D resteront bien en Gironde, comme la plupart de ses collaborateurs modulo le travail à distance.

35 millions d'euros levés en trois ans

Au-delà de l'anecdote, ce déménagement personnel symbolise une nouvelle page pour cette entreprise créée en 2017 à Bordeaux par un duo de jeunes médecins, Clément Goehrs et Louis Letinier, et un ingénieur, Bruno Thiao-Layel. Leur ambition se résume alors en une phrase : utiliser des algorithmes pour "aider le médecin à prescrire les bons médicaments, le pharmacien à les délivrer et le patient à les prendre !" Le tout grâce à une plateforme en Saas qui compile, compare et analyse la littérature scientifique. Cinq ans plus tard, Synapse Medicine boucle une troisième levée de fonds en série B de 25 millions d'euros menée par Korelya Capital et Mutuelles Impact qui rejoignent ses financeurs historiques que sont la MACSF, X-Ange, BNP Paribas développement, et Nicolas Dessaigne. Au total, la jeune pousse a réuni près de 35 millions d'euros après les augmentations de capital signées en mars 2019 (2,5 millions) puis en juillet 2020 (sept millions).

"Je ne suis toujours pas addict aux levées de fonds mais nous avons une activité qui est par nature capitalistique avec de forts besoins en financements pour constituer les équipes, développer notre solution et la déployer chez nos gros clients tels que l'APHP (Assistance publique - Hôpitaux de Paris)", juge Clément Goehrs alors que Synapse Medicine a obtenu l'an dernier le marquage CE en tant que "dispositif médical".

Clément Goerhs Louis Letinier Synapse Medicine

Clément Goehrs et Louis Letinier (crédits : Synapse Medicine).

Et puis il y a la nécessité d'aller vite sur un marché de la prescription médicamenteuse qui se réveille brutalement après des années de sieste, en Europe comme aux Etats-Unis. "Nous étions seuls il y a quelques années, aujourd'hui nous avons des concurrents sur chaque segment de notre marché mais aucun n'est doté, comme nous, d'une solution intégrée sur tous ces segments. Maintenant, c'est aussi l'enjeu de la levée de fonds : établir un plan de croissance à l'échelle des sept pays où nous sommes présents et l'exécuter plus vite que les autres", analyse, lucide, Clément Goehrs. Synapse Medicine est présente en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie, en Espagne, aux Etats-Unis et a un pied au Japon.

Le "Yuka du médicament" lancé en avril

Et pour appuyer sa croissance, l'entreprise est désormais positionnée sur les quatre maillons de la chaîne de prescription du médicament : les médecins, via leurs logiciels professionnels ; les pharmaciens hospitaliers et prochainement en officine ; le grand public via l'application mobile Good Med ; et la pharmaco-vigilance sur les effets indésirables des vaccins contre le Covid-19 et d'autres médicaments dans le cadre d'un marché public décroché auprès de l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament). L'application Goodmed sera lancée en mois d'avril sur un modèle freemium : "On a vraiment constaté ce besoin des consommateurs d'avoir un outil équivalent à Yuka pour les médicaments pour leur permettre de connaître rapidement les compositions et les effets des médicaments. L'application sera gratuite mais proposera une offre payante sous forme d'abonnement ou via une prise en charge par une mutuelle partenaire telle qu'Ociane-Matmut", précise le CEO de Synapse, en référence à la plateforme Yuka qui permet aux consommateurs de connaître et évaluer la composition des aliments vendus dans la grande distribution.

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Synapse Medicine, qui assure gagner de l'argent sur ses quatre segments de marché, revendique un quadruplement en un an de son chiffre d'affaires qui se compte désormais en millions d'euros, et plus d'une centaine d'hôpitaux clients de sa solution. Grâce à cette nouvelle levée de fonds, les effectifs de la startup - 53 salariés dont la moitié de profils féminins - devrait tripler pour atteindre 150 collaborateurs d'ici 18 à 24 mois.

Les Etats-Unis puis l'Asie

Des recrutements prévus d'abord à Bordeaux mais aussi à Paris, Berlin, Londres et aux Etats-Unis puis, à plus long terme, en Asie. Et le choix de s'associer avec le fonds d'investissement franco-coréen Korelya Capital ne doit rien au hasard. Piloté par Fleur Pellerin, ancienne ministre des PME et de l'économie numérique (2012-2014), du Commerce extérieur (2014) et de la Culture (2014-2016), ce fonds doté de 500 millions d'euros est notamment financé par le moteur de recherche sud-coréen Naver. Il a déjà investi dans des startups et licornes telles que Vestiaire collective, Glovo, Bolt et Ledger

"Nous avons eu la chance de pouvoir choisir notre investisseur et nous tenions à avoir un interlocuteur avec de fortes attaches françaises, pour des questions de souveraineté, tout en nous permettant d'avancer sur le marché asiatique où il est impératif d'avoir des partenaires financiers et industriels locaux. Korelya présente ces deux atouts et devrait pouvoir nous ouvrir des portes au Japon", justifie Clément Goehrs.

"Synapse Medicine a très tôt compris comment la puissance de l'intelligence artificielle pouvait aider nos systèmes de santé en protégeant patients et soignants. Nous sommes très heureux de pouvoir apporter notre soutien à l'équipe de management, notamment aux Etats-Unis et en Asie", souligne de son côté Fleur Pellerin, qui rejoint ainsi le conseil d'administration de Synapse Medicine.

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