Attirer entreprises et travailleurs : le défi des villes moyennes néo-aquitaines (2/4)

Promesses d'un meilleur cadre de vie, et à ce titre prisées par de nombreux habitants des métropoles, en Nouvelle-Aquitaine, les villes moyennes font pourtant face à un enjeu de taille : accompagner l'accès à l'emploi et l'entrepreneuriat local pour stabiliser les ménages fraîchement installés.

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Chef-lieu de la Dordogne, le Grand Périgueux et ses 100.000 habitants ont lancé au printemps dernier de nouveaux efforts pour attirer salariés et télétravailleurs et leurs familles.
Chef-lieu de la Dordogne, le Grand Périgueux et ses 100.000 habitants ont lancé au printemps dernier de nouveaux efforts pour attirer salariés et télétravailleurs et leurs familles. (Crédits : CC Pixabay by baccus7)

"Élargissez votre horizon !" C'est un quasi-mot d'ordre qui trônait il y a tout juste un an sur 150 abribus bordelais et sur les tramways de la ligne A, placardés dans le cadre d'une campagne de communication de la ville de Libourne. Quelques semaines après le déconfinement du printemps 2020, cette commune de 25.000 habitants à 40 km à l'est de Bordeaux lançait cette opération séduction pour attirer des Bordelais en manque de nature, confortée par les résultats du baromètre des territoires tout juste paru, selon lequel un actif sur quatre souhaitait alors quitter les métropoles !

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Si toutes ne peuvent s'offrir un tel coup de pub, plusieurs villes moyennes déploient toutefois ces derniers mois de véritables efforts de communication pour surfer sur la vague d'un exode urbain dont on ne sait s'il sera véritablement pérenne et tirer leur épingle du jeu.

Faciliter la mobilité professionnelle du conjoint

C'est ainsi que l'agglomération d'Agen, en Lot-et-Garonne, a mis en place à l'automne 2020 le dispositif "Je m'installe à Agen", à destination des nouveaux salariés du territoire. Lorsque l'entreprise l'a sollicité, chaque nouveau venu reçoit désormais un "pack accueil" avec les actualités de l'agglomération et des cadeaux de bienvenue ; une opération complétée par la création d'un site dédié centralisant toutes les informations utiles.

"Nous accompagnons les nouveaux ménages dans leur installation, pour les démarches administratives, comme les inscriptions à l'école et aux activités périscolaires, nous les mettons aussi en relation avec les professionnels de santé du territoire, parce que nous savons qu'il peut être difficile de trouver un médecin traitant dans certains territoires, et nous organisons des visites guidées des principaux sites culturels", détaille Christelle Garbino, cheffe de service Économie, enseignement supérieur et tourisme de l'agglomération, contactée par La Tribune début juillet.

Et surtout, l'agglomération propose un accompagnement personnalisé pour la recherche d'emploi du conjoint en cas de besoin, consciente de ce que le travail reste "le facteur clé" de la stabilisation d'un ménage.

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"Nous allons au contact des entreprises du territoire toutes les semaines avec Olivier Grima, notre vice-président en charge de l'économie, de l'emploi et de la transition numérique", explique encore Christelle Garbino. "Puis nous faisons le relais quand elles sont à la recherche de nouveaux salariés". Et de citer par exemple Fonroche lighting, qui s'apprête à recruter 200 collaborateurs dans les trois ans. Une table-ronde intitulée "S'installer à Agen ou l'essor des villes moyennes" est même organisée par l'agglomération le 21 octobre prochain à la Maison de la Nouvelle-Aquitaine à Paris, une semaine après un évènement similaire organisé par la Dordogne et quelques semaines après celui tenu par Limoges.

Pour autant, des startups agenaises de premier plan telles que Yooji et Ultra Premium Direct reconnaissent volontiers avoir délocalisé leurs équipes technologiques à Bordeaux, faute de réussir à attirer et fidéliser des profils à Agen. L'emploi du conjoint étant souvent le premier obstacle.

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Booster l'installation des nouveaux entrepreneurs

C'est également le cas, par exemple, de Dermoioniq dont le siège est à Périgueux (Dordogne) mais les effectifs à Bordeaux. Valoriser son territoire et se démarquer des autres villes moyennes, c'est aussi l'objectif du dispositif Supérigueux Eco, lancé en mai 2021 par le Grand Périgueux, "pour encourager les entreprises à s'installer dans l'agglomération" ainsi que le résume Claudine Faure, 4e vice-présidente du Grand Périgueux déléguée au développement économique.

"Le service économique de l'agglomération agrège au fil de l'eau, répertorie et met à la disposition des entreprises toute sa connaissance du territoire", précise Karine Lafont, cheffe de projet digital Valley. Aides financières, mutualisation de ressources, identification des fonciers d'implantation potentiels, plateforme d'échanges pour la recherche de compétences avec ADI Nouvelle-Aquitaine, partenaires potentiels pour le recrutement, clubs d'affaires, entreprises implantées... L'agglomération entend faciliter et donc accélérer l'implantation de ces nouveaux entrepreneurs, sachant que le taux de création d'entreprises y est en hausse continue depuis 2017, "avec une perspective de 5 à 6 % d'augmentation par an".

En l'occurrence, la genèse du projet date d'il y a trois ans, quand le Grand Périgueux a développé sa marque de territoire pour "se construire une image qui va au-delà du tourisme et de la gastronomie", dixit Claudine Faure. Amorcée bien avant la crise donc, la stratégie de l'agglomération s'en trouve aujourd'hui d'autant plus pertinente que le territoire profite à plein du "boom" des villes moyennes. "Je suis maire d'un village de 700 habitants [Lacropte] où il n'y a plus une maison à vendre !", illustre ainsi l'élue. Supérigeux Eco poursuit donc aussi un autre objectif : "identifier les entrepreneurs nouvellement arrivés sur le territoire, pour faciliter leur intégration, connaître leurs besoins et leur proposer un accompagnement", ajoute pour finir Karine Lafont.

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