Pourquoi Airbnb change les règles du jeu à Bordeaux dès le 30 juillet

La plateforme américaine de locations meublées touristiques rend obligatoire à partir du 30 juillet 2021 la mention du numéro d'enregistrement auprès de la mairie de Bordeaux pour les loueurs de logements entiers. Purement déclarative, cette obligation est un pas de plus d'Airbnb pour encadrer son activité alors que la destination bordelaise souffre et connaît un repli de -25 % du nombre d'annonces.

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Alors que le nombre d'annonces de locations meublées touristiques sur les différentes plateformes est en baisse de -25 % par rapport à l'avant Covid, Airbnb durcit les règles dès ce vendredi 30 juillet.
Alors que le nombre d'annonces de locations meublées touristiques sur les différentes plateformes est en baisse de -25 % par rapport à l'avant Covid, Airbnb durcit les règles dès ce vendredi 30 juillet. (Crédits : Agence APPA)

Les nombreux loueurs bordelais inscrits sur Airbnb ont déjà reçu plusieurs avertissements ces derniers jours. A compter du vendredi 30 juillet 2021, la plateforme californienne désactivera toutes les annonces de logements entiers à Bordeaux qui n'affichent pas leur numéro d'enregistrement obtenu auprès de la mairie. Ce dispositif voté par la municipalité à l'été 2017 et obligatoire depuis le 1er mars 2018 reste encore peu appliqué dans les faits. Il vise à contrôler que les particuliers ne mettent pas en location des logements plus de 120 nuitées par an, ce qui équivaut, d'une part, à concurrencer les hôteliers et, d'autre part, à sortir ces logements du parc immobilier classique, accentuant encore la pénurie de l'offre de logements.

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Selon Bordeaux Métropole, 6.755 annonces de location à Bordeaux sont actives au 1er juillet 2021 sur sept plateformes de locations, dont 5.725 logements entiers identifiés sur les trois principaux opérateurs que sont Airbnb, Booking et Abritel. Cela représente une baisse de l'ordre de -25 % par rapport aux 8.000 à 10.000 annonces relevées en 2018, dont 80 % étaient à l'époque sur Airbnb. Au 30 juin 2021, 3.455 loueurs de logements entiers étaient dûment identifiés auprès des services de la mairie, soit environ 60 % du total contre tout juste 10 % il y a trois ans. Ce sont ces 40 % de loueurs indélicats qui sont dans le viseur de la mairie mais aussi désormais d'Airbnb.

Changement de ton d'Airbnb

En effet, face aux demandes répétées des élus locaux et des gouvernements, Airbnb a joué la montre pendant de longs mois avant que les confinements successifs ne viennent mettre temporairement son activité en sommeil. En février dernier, la Cour de cassation a jugé la réglementation parisienne conforme au droit européen, proportionnée et justifiée pour lutter contre la pénurie de logements destinés à la location dans la capitale. Une décision clairement défavorable à Airbnb et consorts qui permet à la mairie de Paris de reprendre les poursuites judiciaires contre plus de 400 bailleurs indélicats après cinq années de combats juridiques.

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Airbnb a donc finalement décidé de changer de ton en paraphant une feuille de route pour un tourisme responsable avec la ministre du Logement, Emmanuelle Wargon en février 2021. La plateforme s'engage notamment à rendre obligatoire le numéro d'enregistrement municipal à Paris dès le 30 juin, à Bordeaux le 30 juillet, à Lyon le 30 septembre puis à Toulouse, Nice, Lille, Nantes, Strasbourg et Marseille d'ici la fin de l'année.

"A partir du 30 juillet, il y aura à Bordeaux un système de blocage pour les annonces de location d'un logement entier : si le champ du numéro d'enregistrement n'est pas renseigné, l'annonce sera désactivée, c'est-à-dire qu'elle ne sera pas visible par les autres utilisateurs. En parallèle, nous mettons en ligne un site dédié aux municipalités concernées pour leur permettre de nous signaler facilement des problèmes ou des cas de fraude liés à ces numéros d'enregistrement", indique Airbnb à La Tribune.

"Nous ne ferons pas la police"

En effet, comme elle l'affirmait dès 2018, la plateforme américaine n'entend pas faire elle-même la police sur son site. En clair, elle ne contrôlera pas l'authenticité du numéro d'enregistrement indiqué par les loueurs inscrits sur son site. "Nous n'avons pas varié sur ce point : nous ne ferons pas la police pour vérifier si tel ou tel numéro est valable, s'il est authentique ou s'il est copié. C'est aux mairies de vérifier cela avec leurs propres fichiers et avec les informations que nous partageons avec elles depuis deux ans maintenant : nom, adresse, nombre de nuitées, etc.", précise l'entreprise californienne, qui reverse aux villes depuis 2019 la taxe de séjour collectées auprès de ses utilisateurs.

Airbnb, qui ne communique pas sur le nombre d'utilisateurs à Bordeaux ni sur la part disposant actuellement d'un numéro d'enregistrement, se contente d'indiquer qu'en 2020, "plus de 90 % des logements entiers disponibles sur Airbnb à Bordeaux ont été loués moins de 120 nuits" et d'assurer que "la grande majorité des nuitées réservées dans des logements entiers bordelais l'ont été dans des logements préalablement enregistrés". De même, la société assure Les données Airbnb montrent que "plus de 80 % des annonces qui ne possédaient pas encore de numéro d'enregistrement n'ont reçu aucune réservation au cours des trois derniers mois." Ce qui n'est pas forcément significatif compte tenu de l'érosion de la demande domestique et de l'effondrement de la clientèle étrangère ces derniers mois avec la pandémie. L'entreprise note également que depuis le début de l'année à Bordeaux le nombre de logements loués pour un mois ou plus en "bail mobilité", a été multiplié par huit, confortant la tendance nationale d'allongement de la durée moyenne des séjours que l'on retrouve aussi dans l'hôtellerie.

Le littoral et le rural privilégiés en Nouvelle-Aquitaine

Justement, en ce qui concerne, les tendances de cet été 2021, la plateforme de location admet que la destination bordelaise souffre mais réfute toute baisse de l'offre. "Il n'y pas d'érosion du nombre d'annonces à Bordeaux sur Airbnb même si nous ne sommes plus sur les taux de croissance de 2017 et 2018 puisque nous sommes désormais bien installés. Mais, au-delà de Bordeaux, la demande est globalement plus faible en ville au profit de la campagne, du littoral et de la montagne", constate Airbnb qui précise que les séjours ruraux représentent 45 % des réservations sur Airbnb pour l'été 2021, contre 24 % pendant l'été 2019. Dans la région, Bordeaux ne pèse plus que 8 % du total des recherches en juin 2021 "marquant une baisse par rapport à la même période en 2019."

Parallèlement, le littoral néo-aquitain reste effectivement très attractif puisque cinq communes de la région figurent dans le top 10 des destinations ayant enregistré la plus forte hausse du nombre de recherches entre mai 2019 et mai 2021 sur Airbnb en France : La Couarde-sur-Mer (Charente-Maritime), Le Bois-Plage-en-Ré (Charente-Maritime), Lège-Cap-Ferret (Gironde), Saint-Pierre-d'Oléron (Charente-Maritime) et Soorts-Hossegor (Landes). Pour mémoire, en 2019, face aux près de 110.000 lits disponibles dans les hôtels de Nouvelle-Aquitaine, les plateformes internet de locations meublées affichaient un total vertigineux de 825.000 lits, dont 40 % uniquement pour Airbnb, selon le cabinet Pro Tourisme.

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