Girondins de Bordeaux : la Métropole reste très engagée dans la cession du club

Alors que les projets de reprise du Football Club des Girondins de Bordeaux (FCGB) de Pascal Rigo et John Williams viennent de se rapprocher pour fusionner dans une nouvelle offre, l'ex-président du club Stéphane Martin se retrouve sous les feux de la rampe. Si le dénouement se rapproche, il reste encore beaucoup à faire et Bordeaux Métropole aura son mot à dire sur la séquence finale de cette reprise.

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Stéphane Martin, financier et ex-président du FCGB semble en train de s'imposer comme un acteur clé.
Stéphane Martin, financier et ex-président du FCGB semble en train de s'imposer comme un acteur clé. (Crédits : FCGB)

"Il y a les candidats à la reprise que l'on connait depuis déjà longtemps, depuis début mai. S'il y en a d'autres que l'on n'a pas encore vus : c'est effectivement le cas de John Williams. Le président de Bordeaux Métropole n'est jamais allé à la rencontre des candidats à la reprise du club, mais il a répondu favorablement à toutes les sollicitations d'entretiens qui lui ont été faites par ces derniers, dans une démarche pro-active", résume-t-on dans l'entourage du président (PS) de Bordeaux Métropole, Alain Anziani.

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Comme l'a annoncé récemment le quotidien sportif L'Equipe, les responsables de deux projets de reprise des Girondins de Bordeaux, qui remettent des investisseurs américains au premier plan, ont décidé de fusionner.

Quand le vent souffle des Etats-Unis

Il s'agit tout d'abord du projet porté par Pascal Rigo, le Girondin qui a fait fortune aux Etats-Unis dans la boulangerie et qui est associé au financier Stéphane Martin, ex-président du FCGB et négociateur en son temps de la vente du club au fonds d'investissement GACP pour le compte du groupe M6. Un projet connu d'Alain Anziani comme du maire (EELV) de Bordeaux, Pierre Hurmic.

Dans son article, L'Equipe valide le fait que l'ex-agent de joueurs franco-anglais John Williams, natif de Liverpool mais qui a grandi à Lormont (Bordeaux Métropole), actuellement directeur sportif du club de football d'Amiens (Somme), lui aussi à l'origine d'un projet de reprise du club bordelais avec des investisseurs américains, a rejoint le camp de Pascal Rigo. Ce rapprochement entre les deux équipes va se solder par la création d'une nouvelle plateforme, dont l'objectif est la fondation d'une société ad hoc et la levée des fonds nécessaires à la reprise du FCGB.

Un nouveau fonds d'investissement au premier plan

Même si John Williams ne s'est pas fait connaître de Bordeaux Métropole, il semble bien qu'il ait contacté la banque Rothschild pour proposer une reprise du FCGB. Comme l'a dévoilé L'Equipe, John Williams est sur le coup, aux côtés de partenaires financiers américains, avec au final un rapprochement conclu avec le camp Rigo. Le quotidien sportif a également précisé que c'est la société de conseil et d'investissement UFP (United First Partners -Ndlr) qui va s'occuper de cette opération.

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Selon nos informations, UFP utilise le même véhicule pour investir dans les secteurs du sport et du divertissement, à savoir UFP Aquilor Capital Funds. Si UFP ne se définit pas comme un "hedge fund", un fonds spéculatif, à l'instar de King Street Capital (groupe King Street) et Fortress Investment Group, déjà engagés chez les Girondins de Bordeaux, la société ne cache pas avoir des "hedge fund" dans sa clientèle.

A noter que depuis 2017, UFP a fusionné avec le groupe américain de courtage de produits dérivés et structurés Mariana, fondé par des anciens de chez Lehman Brothers, pour accoucher d'une nouvelle entité basée à Londres : le groupe Mariana UFP LLP. UFP est également présente à Genève, Paris, Londres, New-York, Melbourne et Doubaï.

Stéphane Martin au cœur du scénario le plus en vu

Proche de Pascal Rigo et ancien banquier à la Banco Santander, Stéphane Martin aurait, selon Sud Ouest, qui le présente comme un acteur désormais très influent, sinon comme l'homme-clé du dossier, refusé un rapprochement avec Bruno Fievet, autre prétendant à la reprise du FCGB. De la même façon, Stéphane Martin aurait été décisif pour que le rapprochement entre Pascal Rigo et John Williams puisse se faire.

Comme le maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, qui essaie lui aussi de peser sur le dossier -avec Alain Anziani- l'a récemment souligné à La Tribune, les supporters bordelais des Ultras restent concentrés sur le départ du président Frédéric Longuépée et verraient d'un bon œil le retour de Stéphane Martin, qui a gardé de nombreux contacts en interne. Dans ce scénario Rigo-Williams, qu'il a contribué à créer, Stéphane Martin reviendrait ainsi à la présidence du FCGB.

Mais la confusion continue à mener le bal

Dans ce dossier à près de 200 millions d'euros, c'est toujours la banque d'affaires Rothschild qui s'occupe du casting pour la reprise du FCGB, pour le compte de King Street. Avec au bout du compte beaucoup d'informations qui circulent peu, ou pas, ou alors de façon très fragmentaire. Ce qui ne fait qu'alimenter le manège à rumeurs et sa fumée de toutes les couleurs.

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On souligne dans l'entourage d'Alain Anziani que la liste des candidats qualifiés à la reprise du FCGB ne sera connue que lorsque la banque Rothschild le décidera. Il y a donc encore beaucoup d'incertitudes dans ce dossier de reprise où est également évoquée la candidature du fonds d'investissement chinois Fosun. Dans tous les cas, l'équipe de repreneurs retenue par King Street, propriétaire du FCGB, sans doute d'ici la mi-juin, devra passer par la case politique ou plus exactement institutionnelle pour mener son projet à bout.

Garanties : M6 avait provisionné 122 millions d'euros

La Métropole reste incontournable pour au moins deux raisons : la nécessité d'avoir son feu vert au sujet de la lettre de garantie et la remise à plat de l'épineux dossier de la gestion structurellement déficitaire du stade Matmut Atlantique. Concernant la lettre de garantie, le club de football doit s'acquitter d'un loyer annuel de 3,8 millions d'euros auprès de Bordeaux Métropole dans le cadre du partenariat public privé qui a été retenu pour construire le grand stade devenu Matmut Atlantique.

Il n'est pas inutile de rappeler que les élus de Bordeaux Métropole, dont Alain Juppé était alors le président, n'ont donné leur feu vert à l'opération de reprise du FCGB par le fonds d'investissement GACP qu'après que ce dernier a accepté de reprendre à son compte la provision garantissant à la collectivité le futur paiement des loyers du stade dus par le club à la Métropole. C'est ainsi qu'à cette occasion le groupe M6 s'est débarrassé des 122 millions d'euros de provisions qu'il avait constitué hors bilan pour couvrir les loyers.

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Des provisions garanties et une solution pour le Matmut Atlantique

"Nous examinerons trois points de très près, à la Métropole. Le paiement de la redevance due par le FCGB à Bordeaux Métropole au titre de l'utilisation du stade Matmut ; la lettre de garantie que les actionnaires du club doivent fournir à la Métropole, par laquelle ils s'engageront financièrement sur les loyers et qui est une condition sine qua non pour que la transaction soit validée, et enfin la modalité d'exploitation du stade.

Avec trois options : soit SBA (Stade Bordeaux Atlantique -Ndlr), la société qui exploite le stade, décide de sous-traiter l'exploitation du Matmut Atlantique au FCGB ou à tout autre opérateur, soit SBA cède ses parts sociales au nouveau propriétaire du FCGB et l'exploitation du stade se poursuit avec les engagements de départ, soit il n'y a pas d'accord et il faut vendre le stade, et là c'est un processus beaucoup plus lourd", explique-t-on dans l'entourage d'Alain Anziani.

Les problèmes rencontrés par SBA, dont les actionnaires sont les groupes Fayat et Vinci, constructeurs de ce Matmut Atlantique qui pose problème, ne font que s'accumuler. SBA a ainsi généré de l'ordre de 3 millions d'euros de perte par an pour les exercices de 2016 à 2019. Le grand stade de 42.000 places Matmut Atlantique a été conçu hors du centre-ville pour l'Euro 2016. Surdimensionné, pour une jauge moyenne à moins de 30.000 spectateurs, il marqué les esprits par sa rupture brutale avec la situation centrale du parc Lescure (devenu stade Chaban Delmas), bastion historique du club désormais passé aux mains des joueurs de rugby de l'UBB. Le Matmut Atlantique ne trouve pas le chemin de l'équilibre et pourrait finir par coûter cher à tout le monde .

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Au point que Fayat et Vinci ont déjà averti qu'ils envisageaient le dépôt de bilan de SBA pour pouvoir se désengager de ce qu'ils considèrent comme une mauvaise affaire. Mais avant que ce feuilleton ne soit clos il faudra que le candidat choisi par King Street réussisse son examen de passage devant le gendarme du football professionnel, la DNCG (Direction nationale de contrôle de gestion), puis Bordeaux Métropole.

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