Bordeaux : le petit bilan de la cellule d'aide aux TPE

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Les métiers qualifiés de non-essentiels avaient manifesté à Bordeaux le 23 novembre 2020. Depuis, seulement 190 très petites entreprises ont sollicité l'aide de la mairie de Bordeaux.
Les métiers qualifiés de "non-essentiels" avaient manifesté à Bordeaux le 23 novembre 2020. Depuis, seulement 190 très petites entreprises ont sollicité l'aide de la mairie de Bordeaux. (Crédits : Thibaud Moritz / Agence APPA)
En six mois, la cellule d'aides aux TPE mise sur pied par la mairie de Bordeaux avec de nombreux partenaires locaux a répondu aux demandes de seulement 190 très petites entreprises. Une mise en route modeste pour ce guichet supplémentaire mais cohérente avec les objectifs de la mairie et qui s'explique notamment par le profil du public ciblé. De son côté, le fonds d'urgence de Bordeaux Métropole est consommé à 70 %.

Annoncée dès la rentrée de septembre 2020 et lancée un mois plus tard, la cellule d'aides aux très petites entreprises (TPE) de la mairie de Bordeaux réunit un parterre de partenaires locaux : CCI Bordeaux Gironde, Chambre de métiers et d'artisanat de Gironde, Bordeaux Métropole, Caisse sociale de développement local (CSDL), Maison de l'Emploi, Barreau de Bordeaux, Ordre des experts comptables et Chambre régionale de l'ESS. Une mobilisation générale pilotée dans un premier temps par la CSDL puis, depuis le 30 mars, par la Maison de l'emploi. Les entreprises de moins de dix salariés peuvent la contacter au 05 64 10 07 47 ou à [email protected] et sont assurées d'avoir une réponse en moins de 48h. Il ne s'agit pas d'apporter des aides financières mais d'orienter les demandes vers les bons guichets.

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Une goutte d'eau ?

Mais le premier bilan dévoilé par la mairie ce 28 avril est plutôt poussif : seulement 190 TPE bordelaises ont ainsi été accompagnées en six mois. 30 % sont des cafés-hôtels-restaurants, 26 % des commerces non-alimentaires, 8 % des entreprises touristiques, 6 % du monde de la culture et 5 % du sport. Une goutte d'eau (2,5 % exactement) ne serait-ce que par rapport au 7.500 TPE artisanales recensées à Bordeaux, sans même compter les entreprises de services et les très nombreux auto-entrepreneurs. "Une goutte d'eau peut-être mais je pense que les 190 entrepreneurs concernés sont contents de faire partie de cette goutte d'eau", répond Stéphane Pfeiffer, l'adjoint au maire en charge de l'emploi, qui, il est vrai, affichait en septembre un objectif modeste de 150 à 200 entreprises aidées chaque année.

Alors que la cellule s'est enfin dotée en mars d'un agent en équivalent temps plein appuyé par un agent de la Maison de l'emploi, il concède toutefois "une période de rodage et un creux d'activité en décembre et janvier lorsque beaucoup d'entreprises ont pu rouvrir".

"Mais 190 c'est plutôt pas mal puisqu'on a très peu communiqué jusque-là avec seulement le bouche-à-oreille au sein des associations de commerçants. L'objectif est évidemment de faire mieux et on peut viser 50 à 100 dossiers supplémentaires particulièrement pendant le déconfinement progressif qui devrait être source de beaucoup d'interrogations", poursuit l'adjoint au maire.

A titre de comparaison, la CCI Bordeaux Gironde revendique plus de 12.000 contacts et 3.150 accompagnements renforcés depuis mars 2020 et opère jusqu'à 400 appels téléphoniques par semaine pour aller à la rencontre des quelque 98.000 entreprises girondines dont la moitié sont à Bordeaux Métropole et 36.000 sont des TPE. La CCI peut-être contactée au 05.56.79.50.00 ou [email protected]

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Pour remédier à ce déficit de notoriété, la mairie et ses partenaires s'apprêtent d'ailleurs à davantage communiquer dans les mois qui viennent notamment auprès des organisations professionnelles.  "La ville n'a pas de compétence économique mais elle est la première porte à laquelle viennent frapper les acteurs économiques", souligne toutefois à juste titre Pierre Hurmic, le maire de Bordeaux, qui jure que cette nouvelle cellule ne vient pas ajouter une couche supplémentaire au mille-feuille existant déjà très dense entre la Métropole, la CCI, la CMA, la Région Nouvelle-Aquitaine, les aides de l'Etat, Bpifrance ou encore la Banque des territoires.

Les deux élus municipaux préfèrent ainsi parler de "guichet unique" et de "gare de triage" puisque l'objectif premier est bel et bien "d'aider les entrepreneurs à s'y retrouver dans le dédale des aides". "En clair, c'est une mise en avant de l'action du maire parce que dans les faits c'est une boîte aux lettres supplémentaire qui renvoie les dossiers à la Métropole et la CCI qui ont la compétence et le savoir-faire", tacle cependant l'un des partenaires. Un peu moins sévère, une autre source rappelle que "les entrepreneurs et tout particulièrement les TPE, artisans et commerçants, n'ont absolument pas l'habitude d'aller remplir des dossiers pour solliciter des aides." Un écueil également constaté à l'échelle de la Métropole ou de la Région.

Un besoin d'écoute

Il y a donc un vrai travail de pédagogie à mener mais aussi une indispensable mobilisation des entrepreneurs eux-mêmes, comme le résume Patrick Seguin, le président de la CCI Bordeaux Gironde :

"Je l'ai déjà dit plusieurs fois : on ne peut pas demander des aides à la place des entreprises ! A un moment donné, c'est aux entrepreneurs de se bouger pour remplir des formulaires qui ne prennent que quelques minutes !"

Sur le fond, les 190 dossiers traités par la cellule font apparaître deux besoins principaux : des questions pratiques et un intense besoin d'écoute. "Nous avons beaucoup de demandes très opérationnelles sur les aides disponibles et à qui s'adresser mais les chefs d'entreprises expriment aussi le besoin de pouvoir parler de leur situation, d'être écoutés, sans forcément attendre de réponse, pour partager leur isolement et leurs questionnements dans lesquels on sent beaucoup d'inquiétude et d'anxiété", témoigne le représentant de l'Ordre régional des experts comptables. Nathalie Laporte, la président ede la CMA de Gironde, rappelle également que sur 400 entreprises artisanales interrogées "65 % indiquent avoir connu une forte baisse d'activité" depuis le début de la crise et, plus inquiétant, "94 % ont reporté ou abandonné un projet de recrutement".

Le fonds métropolitain consommé à 70 %

De son côté, le fonds d'urgence déployé par Bordeaux Métropole fin 2020 au moment du deuxième confinement afficherait un taux d'utilisation de 70 % des 14 millions d'euros prévus. 9.000 dossiers ont été traités et 3.500 structures ont été aidées, principalement via des aides à la trésorerie et au paiement des loyers. Dans les deux cas, les trois quarts des demandes proviennent du secteur des cafés, hôtels et restaurants. Le fonds, dont 30 % reste donc à consommer, a été prolongé et est toujours accessible ici.

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