Lâchés par King Street, les Girondins de Bordeaux se retrouvent au tribunal de commerce

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L'actionnaire majoritaire du club, le fonds américain Kingstreet, ne souhaite plus financer les Gironds de Bordeaux.
L'actionnaire majoritaire du club, le fonds américain Kingstreet, ne souhaite plus financer les Gironds de Bordeaux. (Crédits : Agence Appa/Thibaud Moritz)
Cataclysme à Bordeaux. King Street, l'actionnaire américain du Football club des Girondins de Bordeaux, ne souhaite "plus soutenir le club et financer ses besoins actuels et futurs." Le club au six titres de Ligue 1 est placé sous la protection du tribunal de commerce. L'entrepreneur Bruno Fievet confirme à La Tribune être "toujours sur les rangs pour reprendre le club". Le risque d'une rétrogradation administrative est bien réel et celui de la mise à contribution du contribuable bordelais pour payer les loyers du Matmut Atlantique l'est tout autant.

Saison noire pour le Football club des Girondins de Bordeaux. 16e de Ligue 1 après 33 journées et quatre défaites consécutives, le club vient d'être lâché en rase campagne par son actionnaire américain. Dans un communiqué publié ce jeudi 22 avril en fin de journée, il annonce le départ du fonds d'investissement King Street Capital qui ne souhaite "plus soutenir le club et financer ses besoins actuels et futurs."

Sous la protection du tribunal de commerce

Un véritable cataclysme pour le club et ses 300 salariés puisque son président, le particulièrement contesté Frédéric Longuépée, vient de le placer sous la protection du tribunal judiciaire de Bordeaux. Un mandataire ad hoc a été nommé et "sera chargé d'assister le FC Girondins de Bordeaux dans sa recherche d'une solution durable".

"Le contexte économique lié à la pandémie de la Covid-19 et au retrait de Mediapro a provoqué une baisse sans précédent des recettes des clubs de football français. Ces évènements s'ajoutent aux conséquences financières ayant déjà durement touché les clubs la saison dernière en raison de l'arrêt du Championnat et de la perte des revenus qui en a découlé. Alors que le FCGB est fortement impacté, King Street, son actionnaire, après avoir investi 46 millions d'euros dans le club depuis son rachat, a fait savoir qu'il ne souhaite plus soutenir le club et financer ses besoins actuels et futurs", indique le FCGB

Bruno Fievet, toujours candidat au rachat

Contacté par La Tribune, Bruno Fievet, l'un des premiers à s'être manifesté pour reprendre le club, à la tête d'un groupe de 30 investisseurs capable de mobiliser 120 millions d'euros, se dit atterré par l'annonce fracassante du départ de King Street Capital, mais pas surpris.

"Sachez tout d'abord que je suis toujours sur les rangs pour reprendre le club. Cela fait un an que je dis que King Street Capital ne resterait pas au FCGB et qu'il ne mettrait jamais un centime de plus. On m'a ri au nez et voilà le résultat", commente tout d'abord avec amertume ce fervent supporter des Girondins, déjà éconduit par King Street.

Les bruits se multipliaient ces derniers temps pour faire croire justement que King Street Capital allait rester et remettre au pot du FCGB. Ce qui avec le recul ressemble à une opération d'intoxication. "Ce qui est écœurant", rajoute Bruno Fievet. "C'est qu'ils n'aient pas attendu la fin de la saison pour faire cette annonce mais qu'ils la fassent à trois jours d'un match capital contre Lorient, c'est vraiment incroyable!". Quant à leur bonne foi Bruno Fievet n'y a jamais vraiment cru : "Ils connaissent tous les repreneurs potentiels du club depuis des mois mais ils n'ont rien fait. Personne de cette liste n'a été contacté".

"Une page va devoir être tournée"

"Ce n'est malheureusement pas pour moi une grande surprise. Le plan de reprise du club, contre lequel j'avais voté en 2018, ne paraissait pas, dès le début, en mesure d'assurer sa pérennité. Cela paraît chose confirmée aujourd'hui. Une page va devoir être tournée. Tout devra être fait pour mettre en place une solution assurant la pérennité de ce club. Tous ses soutiens, partenaires et supporters devront se montrer solidaires et vigilants pour que la belle aventure sportive des Girondins de Bordeaux, engagée il y a 140 ans, se poursuive", a réagi le maire EELV de Bordeaux, Pierre Hurmic, qui avait fait de l'avenir des Girondins un enjeu politique pendant la campagne électorale.

De son côté, l'ancien maire de Bordeaux Nicolas Florian, qui était adjoint en charge des finances et partisan de la vente lors de la cession du FCGB à King Street, a donné sa réaction au micro de France Bleu Gironde : "On a accompagné la cession, on a donné un avis et par ailleurs King Street à l'époque présentait toutes les garanties. Je ne me sens pas responsable, j'ai un goût amer dans la bouche par rapport à ce fonds américain qui aujourd'hui met le club en difficulté. Personne n'imaginait un tel scénario. Que King Street assume ses responsabilités avec deux obligations : apurer les dettes et accompagner un choix de reprise par un investisseur."

Après le départ de M6 en novembre 2018, le FCGB a été racheté par le binôme King Street comme actionnaire majoritaire et GACP en tant que gestionnaire du club pour 100 millions d'euros avant que ce dernier ne soit poussé vers la sortie dès juillet 2020. Dans la foulée, le budget des Girondins pour la saison 2020/2021 avait été validé par la DNCG (Direction nationale de contrôle de gestion). Depuis de long mois, le président du club, Frédéric Longuépée, est en conflit ouvert avec le club historique de supporters, les Ultra Marines, qui demandent sans relâche son départ. Un plan social impliquant 26 licenciements au sein des effectifs du club a également été déclenché en janvier 2020.

"Un scandale, une honte absolue"

Ces derniers réagissent également ce jeudi soir par une déclaration sur leur compte Twitter : "Ce ne sera pas faute de l'avoir dit, écrit, répété, chanté, hurlé. À l'heure où nous écrivons ces lignes, deux éléments cruciaux : le départ immédiat et sans délai de Frédéric Longuépée ; que King Street travaille dans les heures à venir à une cession du club saine et durable."

"Du début à la fin, cette histoire des Girondins est un scandale, une honte absolue...C'est inacceptable pour le football français... Je suis choqué, triste et écœuré...", a également réagi sur Twitter l'ancien joueur bordelais et champion du monde Bixente Lizarazu.

Le contribuable bordelais mis à contribution ?

Interrogé par La Tribune, l'ancien élu municipal bordelais Mathieu Rouveyre, bon connaisseur du dossier, regrette l'aveuglement des élus locaux alors que ses craintes sur les conséquences en cascade pour le contribuable bordelais sont en passe de se matérialiser. "Bordeaux Métropole a encore voté une ristourne [de 1,4 million d'euros] sur le loyer du stade en janvier sans avoir vu ou voulu voir qu'elle ne bénéficierait qu'à l'actionnaire. Mais les responsables sont d'abord ceux qui ont eu les yeux plus gros que le ventre, c'est-à-dire l'ancienne majorité menée par Alain Juppé dans le cadre d'une cogestion avec les socialistes", observe Mathieu Rouveyre.

Lire aussi : Girondins de Bordeaux : la Métropole donne son feu vert à la vente

Mais le plus inquiétant est encore probablement à venir alors que alors que les Girondins devraient boucler l'exercice avec un déficit compris entre 60 et 80 millions.

"Il y a d'abord le danger d'une rétrogradation administrative sur des critères financiers puisque le club va très probablement se trouver rapidement en cessation de paiement. Ce qui signifie qu'il va utiliser sa trésorerie pour payer les salaires et qu'à un moment donné cette trésorerie sera consommée. Le paiement des loyers du stade Matmut va alors retomber mécaniquement sur le dos du contribuable bordelais !", prévient l'ancien élu socialiste.

Une relation triangulaire lie en effet Bordeaux Métropole, propriétaire de l'enceinte de 42.000 places via un partenariat public-privé, la société SBA, l'exploitant du stade, et le FGCB, l'utilisateur régulier. "Si le club arrête de payer ses loyers à Bordeaux Métropole, celle-ci reste contractuellement obligée de rembourser le PPP et c'est donc le contribuable bordelais qui devra payer. La réalité c'est que les décisions politiques prises il y a quelques années ont des conséquences aujourd'hui", développe Mathieu Rouveyre. Et si un repreneur se matérialise à la barre du tribunal de commerce, que ce soit Bruno Fievet, Pascal Rigo, le fondateur de La P'tite Boulangerie, ou un autre, il sera en position de force pour poser ses conditions et notamment exiger une baisse du loyer.

D'autant que la vague du Covid pourrait également emporter SBA, l'exploitant du stade déjà en grandes difficultés avec des pertes dépassent les 15 millions d'euros. Et, là encore, ça n'arrangerait par les finances publiques comme le souligne Mathieu Rouveyre : "Pour moi ce n'est qu'une question de semaines avant que SBA ne se mette à son tour sous la protection du tribunal de commerce et arrête de verser à la Métropole les recettes nettes garanties puisque, si Vinci tient encore, Fayat ne veut plus payer. Et, contractuellement, ce sera encore au contribuable de payer."

Lire aussi : Stade Matmut Atlantique : léger mieux en 2019 avant le vide de 2020

Mais l'élu, qui est aussi un fervent supporter du club, ne veut pas croire à sa disparition :  "Je crois qu'aucun responsable politique ne souhaite abandonner les Girondins qui appartiennent au patrimoine de la ville même si tout cela risque d'avoir un coût".

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Commentaires
a écrit le 26/04/2021 à 11:22 :
La MATMUT en a assez de payer,les cotisations des assurés ne font qu'augmenter..
a écrit le 23/04/2021 à 13:54 :
Voilà quand on nationalise par l'UEFA le modèle économique des clubs de football.
Réponse de le 26/04/2021 à 11:16 :
Bordeaux va repartir en ligue 2 ,pour éviter la disparition totale,il sera repris à moindre frais,ou 1 euro et remboursera les dettes...
a écrit le 23/04/2021 à 12:43 :
le foutchebol est une arnaque généralisée avec même la complicité des élus
Réponse de le 26/04/2021 à 11:19 :
il parait que les dettes du club sont 3 fois celles annoncées...Bonjour les impots.
a écrit le 23/04/2021 à 9:14 :
"bordelais pour payer les loyers du Matmut Atlantique l'est tout autant"

POurquoi, la MATMUT est en faillite aussi ?
Réponse de le 26/04/2021 à 13:06 :
La MATMUT était un fief communiste et l'est probablement encore , ceci expliquerait cela
a écrit le 23/04/2021 à 4:37 :
Le modèle économique du sport professionnel est ã revoir , il y a un problème de recettes trop basė sur les droits TV, des salaires exorbitants pour les joueurs et les encadrants. Et en plus 300 salariés pour un club comme BORDEAUX, on peut se poser des questions, Vive le sport amateur et les bénévoles qui le font vivre, bien qu’il y a le plus souvent des joueurs percevant des primes et des bénévoles rémunérés.
Le sport est devenu un business voilà le drame

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