La fracture territoriale, enjeu économique, enjeu démocratique

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Dorothée Ferreira Garcez, directrice générale du groupe Indépendance Royale et présidente du Medef Limousin, défend l'importance de pôles économiques régionaux forts, à l'instar de la ville de Limoges.
Dorothée Ferreira Garcez, directrice générale du groupe Indépendance Royale et présidente du Medef Limousin, défend l'importance de pôles économiques régionaux forts, à l'instar de la ville de Limoges. (Crédits : Creative Commons)
OPINION. Entre la France des grandes métropoles et celle des territoires, une fracture s’est installée, dont il faut bien cerner les enjeux. Plutôt que d’opposer deux France, il s’agit de développer une vision intégrée, afin que métropoles et territoires soient associés dans une dynamique commune, intégrer plutôt qu’opposer. Tribune de Dorothée Ferreira Garcez, directrice générale du groupe Indépendance Royale et présidente du Medef Limousin.

La fracture territoriale s'est longtemps résumée à la seule partition Paris / province. Le fameux ouvrage de Jean-François Gravier, « Paris et le désert français », paru en 1947, avait acté de ce décrochage progressif entre une capitale prospère et dynamique et des régions marquées par l'exode rural entamées dans les premières années de la révolution industrielle du 19° siècle.

A cette partition binaire s'est progressivement substitué, depuis la fin des 30 glorieuses, un autre déséquilibre, entre quelques grandes métropoles et le reste des territoires. C'est le phénomène de métropolisation, la concentration, observée sur toute la planète, des activités économiques autour de quelques grandes métropoles. Si elle n'est pas propre à la France, la métropolisation y est cependant plus marquée qu'ailleurs. La France est ainsi de loin le pays le plus polarisé de l'OCDE. Les 15 grandes métropoles françaises ont contribué depuis 2000 à 81 % à la croissance du PIB par habitant, contre 51 % pour l'ensemble de l'OCDE, et par exemple, un peu moins de 40 % en Allemagne.

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Le baromètre Arthur Loyd sur l'attractivité des métropoles françaises mettait en exergue l'effet de concentration sur les créations d'emploi. Entre 2000 et 2019, 1 340 000 emplois se sont créés en France, dont 80 % dans les 15 plus grandes métropoles qui représentent seulement 10 % du territoire. Si on prend l'exemple de la seule ville de Bordeaux, il s'y est créé 75000 emplois, soit plus que dans 76 % du territoire national !

Dorothée Ferreira Garcez

Dorothée Ferreira Garcez, directrice générale du groupe Indépendance Royale et présidente du Medef Limousin (crédits : Medef Limousin).

Ce qui se joue là n'est pas seulement économique ; l'enjeu est aussi démocratique. Nombreux sont les auteurs qui ont analysé que cette mise à distance économique était aussi une réelle fracture culturelle. James Goodhart dans « The road to somewhere », distinguait les gagnants de la mondialisation, qui peuvent vivre et travailler n'importe où -les anywhere- et ceux qui restent attachés à un mode de vie et un territoire déterminés -les somewhere-. Christophe Guilluy, dans « La France périphérique » avait prédit à peu près exactement la crise des gilets jaunes. Le Brexit, le vote contestataire, sont autant de signaux auxquels il faut être attentif à quelques encablures de l'élection présidentielle. Que l'on se promène dans les centres des villes moyennes : tous ces commerces vacants sont autant d'évidences immédiates de la réalité des territoires.

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L'intérêt de l'existence de pôles régionaux forts est pourtant bien réel. France Stratégie avait publié une étude en 2017 qui montrait que la croissance de l'emploi dans les zones autour des métropoles avait été de 1,4 % entre 1999 et 2014 contre 0,8 %sur l'ensemble du territoire soit quasiment le double.

Comme présidente du Medef territorial du Limousin, intégrée dans le Medef Nouvelle Aquitaine, je mesure tous les effets positifs d'une métropole bordelaise dynamique. Mais je mesure aussi tous les efforts qui restent à accomplir pour que le reste de la nouvelle Aquitaine puisse continuer à s'inscrire dans une dynamique de croissance.

Il ne faut donc pas opposer, mais équilibrer, pour que la France ne s'enfonce pas dans une sécession entre les gagnants et les oubliés de la mondialisation. Le récent -et, comme à l'accoutumée, très complet- rapport de l'institut Montaigne « Rééquilibrer le développement de nos territoires » dessine quelques pistes d'action : le renforcement des écosystèmes économiques territoriaux, l'importance de la formation et du numérique, la question clé des infrastructures...

L'enjeu est bien de créer des synergies entre des identités locales fortes et des zones métropolitaines à fort effet d'entraînement. C'est tout le sens de l'organisation du Medef en pôles territoriaux et régionaux, qui se renforcent mutuellement. Je suis convaincue l'avenir de notre nation passe par une armature territoriale solide et durable.

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