Pourquoi AT Internet passe sous pavillon américain

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Basée à Mérignac, AT Internet mesure finement l'audience de plus de 20.000 sites et applications, majoritairement pour des médias.
Basée à Mérignac, AT Internet mesure finement l'audience de plus de 20.000 sites et applications, majoritairement pour des médias. (Crédits : DR)
Le leader européen de l'analyse du trafic web, AT Internet, officialise son rachat par la plateforme américaine Piano, spécialisée dans l'optimisation et la monétisation des parcours clients. De quoi structurer une offre globale et intégrée face à Google et Adobe. Son CEO, Mathieu Llorens, revient pour La Tribune sur les ressorts de ce choix stratégique, sur les carences des financements proposés en Europe et sur les projets de l'entreprise girondine créée il y a 25 ans et qui emploie aujourd'hui plus de 220 salariés.

C'est une fusion-acquisition. Combinant des espèces, pour permettre aux financeurs d'AT Internet de se désengager, et un échange d'actions qui aboutit au rachat par Piano de 100 % des parts d'AT Internet tandis que le groupe Lafayette, la holding familiale derrière AT Internet, devient un actionnaire important de Piano.

25 ans d'indépendance

Installée à Mérignac (Gironde) depuis sa création en 1996, AT Internet y restera, tout comme les 150 de ses 220 salariés qui y sont actuellement employés. Mais, après 25 ans d'indépendance, elle rejoint donc la société américaine Piano, dont le siège est à New York. Fondée en 2010, elle est spécialisée dans l'optimisation et la monétisation de l'expérience client sur internet. Piano emploie plus de 400 salariés et compte parmi ses 300 clients, essentiellement des média dont de nombreux grand titres nationaux et internationaux tels que The Wall Street Journal, Associated Press, Reuters, The Economist ou encore Le Parisien.

De son côté, AT Internet se présente comme le leader européen de l'analyse numérique en mesurant finement l'audience de plus de 20.000 sites et applications pour des clients des médias mais aussi du e-commerce, de la finance ou du transport. On y trouve notamment Le Monde, La Tribune, la BBC, la Société Générale, Le Bon Coin, la RATP, Boulanger ou encore La Poste. Réunies, les deux entités devraient atteindre rapidement les 100 millions d'euros de chiffres d'affaires, sachant que Piano pèse environ deux fois plus qu'AT Internet.

145 milliards de pages web par mois

Quand l'une mesure l'audience des sites web, l'autre cherche à l'optimiser, à la monétiser et à la transformer en abonnements en développant des modèles différents de la publicité. Deux activités qui sont donc complémentaires par nature et qui, combinées, mesureront et personnaliseront plus de 145 milliards de pages web par mois.

Mathieu Llorens, dg d'AT Internet

Mathieu Llorens, CEO d'AT Internet (crédits : AT Internet)

"L'adossement à  Piano va nous permettre d'avancer très vite sur le plan technologique et géographique puisque nous allons nous appuyer sur leur savoir faire et sur leurs implantations fortes aux Etats-Unis, en Europe du Nord et au Japon qui sont nos marchés prioritaires car matures", confirme à La Tribune Mathieu Llorens, le CEO d'AT Internet. Celui qui restera manager de l'entreprise girondine loue aussi en Piano une société solide "qui dépense ce qu'elle gagne et qui se développe de manière admirable" et un partenaire de confiance en la personne du CEO Trevor Kaufman : "C'est quelqu'un pour qui j'ai de l'estime. Nous sommes alignés sur notre vision du marché et sur nos valeurs de protection des données et de la vie privée. Des critères qui ont été décisifs pour moi"

L'incontournable financement américain

Pour autant si Mathieu Llorens est allé chercher des partenaires de l'autre côté de l'Atlantique, ce n'est pas tout à fait par hasard mais plutôt par défaut. Parce que bien qu'AT Internet se trouve dans un contexte favorable et ait examiné différentes options, toutes menaient aux Etats-Unis.

"On est en croissance avec un vent favorable lié aux nouvelles règles de la Cnil publiées en septembre et au lancement réussi de notre nouvelle suite en novembre. On pouvait donc soit viser une grosse levée de fonds, autour de 25 millions d'euros pour frapper un grand coup et accélérer, soit trouver un adossement pertinent et efficace. Dans les deux cas, on a prospecté en France et en Europe, on a bien cherché, mais on n'a trouvé des partenaires qu'aux Etats-Unis. Même à Bercy, où je suis allé, on m'a donné des contacts dont la plupart étaient américains...", raconte le dirigeant.

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Après avoir écarté l'option de la levée de fonds, qui posait aussi des questions d'autonomie vis-à-vis du board, Mathieu Llorens a donc choisi la fusion-acquisition avec Piano. Il pose un regard lucide sur les possibilités de financement en Europe malgré les discours omniprésents à Paris et Bruxelles sur la croissance et les futures licornes.

"Ce que je constate c'est qu'on a en Europe un problème de financement en late stage (stade tardif), une fois qu'on a passé un certain seuil de développement de l'entreprise. Aujourd'hui, tout le monde vous parle d'hypercroissance alors même que c'est un critère qui peut être toxique et qu'il n'y a pas, en face, les outils de financement correspondant. Mon sentiment c'est qu'on singe le modèle américain mais avec moins de moyens et moins d'audace ! C'est dommage..."

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Centre de gravité européen

Et pourtant, le nouvel attelage vise d'ici 2024 une croissance de son chiffre d'affaires de 30 % par an et de sa profitabilité de 10 % par an. "On porte une ambition forte, notamment à l'international. La solution d'AT Internet continuera d'être commercialisée seule mais pourront désormais s'y ajouter les fonctions proposées par Piano", complète Mathieu Llorens, qui met aussi en avant le caractère très européen de son partenaire américain : "Le centre de gravité de Piano est en Europe avec 100 % de sa R&D, 85 % de ses effectifs et la majorité de son équipe dirigeante." Le nouveau groupe tire environ 55 % de ses revenus de ses clients européens et entend jouer à fond la carte européenne de protection des données personnelles et de respect de la vie privée face à ses deux principaux concurrents : les ogres Google et Adobe.

"Google Analytics a un peu écrasé le marché, c'est un fait. Mais Google et Adobe cherchent à fonctionner avec des écosystèmes fermés et privilégiant la publicité et le partage commercial des données. Nous nous positionnons à l'opposé avec un très grand soucis de non utilisation et de protection des données personnelles et en maintenant un écosystème ouvert à d'autres partenaires", avance le CEO d'AT Internet.

20 recrutements à Bordeaux

Et en ce qui concerne les équipes actuelles d'AT Internet, Mathieu Llorens assure qu'il n'y a ni déménagement, ni suppressions de postes au programme. "On est sur des métiers différents et complémentaires. Tout le monde a envie d'aller de l'avant rapidement et vu le marché de l'emploi dans nos métiers, l'objectif est de fidéliser nos équipes y compris en leur offrant des opportunités à l'international. On recrute d'ailleurs une vingtaine de postes actuellement en consulting, en commercial, en R&D et en développement."

De son côté, Piano mène avec AT Internet sa troisième opération de fusion-acquisition en l'espace de seulement cinq ans après l'acquisition de la société norvégienne DMP Cxense en 2019 et de la plateforme de messagerie électronique Newzmate, basée en Ukraine, en 2017.

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Commentaires
a écrit le 04/03/2021 à 9:48 :
"spécialisée dans l'optimisation et la monétisation des parcours clients. "

Il faut vite que nos données nous appartiennent, le fléau financier est en train une nouvelle fois, mais directement cette fois, de nous déposséder !
a écrit le 03/03/2021 à 22:33 :
Argh, du coup ils perdent l'aval de la CNIL pour une utilisation sans consentement préalable face au RGPD ?
a écrit le 03/03/2021 à 19:36 :
cool
ca fera encore un ultra neo capitaliste qui n'exploitera plus personne dans 10 ans en france
tres bien
ca reduit les inegalites
Réponse de le 03/03/2021 à 23:58 :
Vous radotez mon vieux !
A force, c'est contreproductif !

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