"Quand l'aéronautique repartira, la filière aura besoin de gens formés et de savoir-faire"

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Les locaux de l'Institut Evering, dédié aux métiers de l'aéronautique, à Mérignac.
Les locaux de l'Institut Evering, dédié aux métiers de l'aéronautique, à Mérignac. (Crédits : Evering)
INTERVIEW. Quelles sont les perspectives d'emploi pour les étudiants dans la filière aéronautique ? Quelles sont les compétences recherchées par les entreprises ? Faut-il se tourner vers les acteurs de la défense et du spatial ? Alors que le secteur traverse une crise majeure, Franck Cazaurang, directeur de l'Institut Evering, qui regroupe des formations en ingénierie et maintenance des systèmes aéronautiques sur le campus bordelais, explique à La Tribune pourquoi il reste optimiste sur les possibilités d'insertion de ses futurs diplômés.

LA TRIBUNE - La crise de la filière aéronautique, qui frappe le Sud-Ouest depuis bientôt un an, se traduit-elle par exemple par une baisse des inscriptions ?

FRANCK CAZAURANG - Non, nous n'observons pas d'effet sur l'appétence pour les métiers de l'aéronautique. La rentrée de septembre 2020 a été assez similaire à celles des années précédentes : l'Institut se porte bien, nous avons fait le plein dans l'ensemble des formations. Seul le nombre d'effectifs de la licence professionnelle en maintenance aéronautique a volontairement été revu à la baisse, de 30 à 24 places. Nous avons jugé que ce serait plus en adéquation avec la réalité des perspectives d'immersion en milieu professionnel proposées aux étudiants. Côté apprentissage, nos élèves ont réussi à décrocher des contrats : il me semble que le soutien de l'Etat à la filière porte ses fruits et permet de garder un nombre de places et de débouchés suffisants.

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Avez-vous adapté le contenu de vos formations aux nouvelles attentes des industriels ?

Chaque année ont lieu des conseils de perfectionnement auxquels participent des professionnels et autour desquels nous discutons des offres de formation. Cette année, la crise a eu un effet accélérateur sur des demandes anciennes, notamment en termes d'innovation technologique. Il existe des attentes fortes des entreprises sur la digitalisation de l'industrie autour desquels travaillent nos enseignants-chercheurs. A Bordeaux, plusieurs laboratoires - l'IMS, l'I2M, le Labri, et l'IMB - travaillent par exemple sur le projet "Best 4.0" dans le cadre du programme "Usine du futur", qui vise à intégrer les technologies numériques au processus de conception, de fabrication et aux méthodes organisationnelles. Le groupement d'intérêt scientifique "Albatros" travaille également sur l'usage de l'intelligence artificielle pour de la maintenance prédictive.

En ce moment, il y a également une demande très importante de la part des industriels en ce qui concerne la maintenance des avions stockés en raison de la crise sanitaire. A ce titre, notre partenaire Tarmac Aérosave, par exemple, basé à Tarbes (Hautes-Pyrénées), participe aux enseignements en présentant ses activités de déconstruction et de stockage.

Franck Cazaurang Institut Evering

En termes de débouchés, vers quels projets s'oriente-t-on à l'heure actuelle pour les étudiants ?

Si l'aviation commerciale a été particulièrement touchée, les commandes devraient s'orienter vers l'aviation militaire et la protection civile qui ont mieux résisté. Le plan de soutien à l'aéronautique mis en place au printemps par l'Etat comporte une part de commandes militaires, de sécurité civile et de gendarmerie pour un budget de 832 millions d'euros et une intensification du soutien aux efforts en R&D dans les technologies "vertes" pour un budget de 1,5 million d'euros sur les trois prochaines années. De même, dans le spatial, le lancement d'Ariane 6 devrait également générer de l'emploi dans les métiers de la production et de la logistique, de la sureté de fonctionnement et également de la maintenance des équipements au sol de suivi de mission.

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Comment envisagez-vous la sortie d'école de vos diplômés ?

Il y aura toujours un besoin en compétences et donc il y aura de l'emploi, mais il va falloir être plus mobile et revoir les prétentions salariales à la baisse ! La reprise viendra rapidement : on a constaté qu'en Chine, au moment du déconfinement cet été, l'aviation a repris un trafic habituel. En Europe, les ménages ont économisé, les gens auront envie de voyager. On pense donc que cela va repartir. A l'heure actuelle, les entreprises se séparent de beaucoup de savoir-faire, il va y avoir une baisse des recrutements, mais à terme, quand l'aéronautique repartira, la filière aura besoin de gens formés et de savoir-faire !

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Les futurs candidats pourront découvrir les formations de l'Institut Evering lors des journées portes ouvertes virtuelles, mercredi 10 février de 13h à 17h et le samedi 27 février de 9h à 13h, sur son site.

(*) Crée en septembre 2019 à Mérignac et Talence, l'Institut Evering, qui regroupe 420 étudiants, structure l'offre de formation et la recherche dans les domaines de l'ingénierie et de la maintenance des systèmes aéronautiques de l'Université de Bordeaux et de Bordeaux INP en s'appuyant sur les bases de l'Institut de maintenance aéronautique.

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