Aquitains d'ailleurs : Covid-19, les hôpitaux anglais au bord de l'implosion

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Corinne Gonet est viticultrice et infirmière au Royal Hospital de Londres et au CHU de Bordeaux
Corinne Gonet est viticultrice et infirmière au Royal Hospital de Londres et au CHU de Bordeaux (Crédits : Diane Heckel)
AQUITAINS D'AILLEURS. Un pied à Bordeaux et un autre en Grande-Bretagne : Corinne Gonet, médecin urgentiste à l'hôpital royal de Londres, l'un des plus importants du pays, témoigne des ravages de l'épidémie de Covid-19 et du bien-fondé d'un reconfinement annoncé jusqu'en mars au moins par Boris Johnson. La Française partage sa vie entre ses gardes en Angleterre et les vignes de Gironde qu'elle a replantées avec son mari.

Des files d'attente de plus de vingt-quatre heures pour hospitaliser les malades du Covid-19. En Angleterre, depuis quelques jours, la situation est hors de contrôle, témoigne Corinne Gonet. La Française est médecin urgentiste au Royal Hospital de Londres. L'Angleterre est l'un des pays d'Europe les plus endeuillés par le Covid-19 et la tendance s'est encore aggravée ces dernières semaines. C'est un système de santé bien différent de la France dans lequel on ne soigne que les gens vraiment malades :

"Ici, on n'a pas l'habitude d'hospitaliser les gens, on les renvoie chez eux, détaille la Française. Mais vu le nombre de personnes de plus en plus contaminées par le Covid-19, on a dû hospitaliser à tour de bras pour oxygénothérapie ou d'autres solutions de ventilation." De plus, explique-t-elle, les soignants étrangers ont quitté précipitamment les hôpitaux britanniques au moment de la pandémie : "La plupart sont repartis dans leur pays pour travailler pendant le premier confinement et les Anglais se retrouvent déboussolés, avec beaucoup moins de gens pour les aider et une charge de travail décuplée."

En France, la médecine est considérée comme un art, alors qu'en Grande-Bretagne c'est avant tout une science basée sur des preuves (Evidence Based Medicine). La (non) prise en charge du patient est donc complètement différente. "A partir du moment où vous n'êtes pas un cas gravissime, décompensé, pour les Anglais, témoigne Corinne Gonet, vous ne rentrez pas à l'hôpital alors qu'en France, dès que vous en ressentez le besoin ou si vous appelez une ambulance ou le Samu, vous êtes directement admis à l'hôpital."

La première propriété de Montesquieu

Bachelière à 16 ans, adolescente, Corinne Gonet se rêvait en astronaute ou pilote et ce sera finalement... médecine, après une expérience aux États-Unis grâce au programme Erasmus. "J'aurais aimé devenir chirurgienne ou anesthésiste, se souvient-elle, mais je suis devenue urgentiste !" En 1998, elle rachète avec son mari, viticulteur dans l'âme, un domaine de sept hectares à Pessac, château Haut Bacalan, la première propriété de Montesquieu, alors à l'abandon depuis des années. Mère de trois enfants, elle se pique au jeu et reprend même, pour l'occasion à l'époque, des études, en l'occurrence un BEP viticole à Blanquefort.

"Dans la classe, certains n'avaient pas le bac et je leur donnais des cours de physique et de maths. On apprenait à tailler la vigne et l'art de la dégustation. Ce sont les seules études vraiment intelligentes que j'ai suivies car on devait tous progresser ensemble", raconte-t-elle. Le vignoble se trouve d'ailleurs pile en face de l'hôpital Haut-Lévêque ! Elle ose le parallèle : "Dans le vin, on vérifie la température et l'acidité de chaque cuve. En réanimation, c'est pareil, on utilise des bandelettes urinaires pour mesurer le pH du patient." Le couple replante des vignes et récolte son premier millésime en 2001. Un an plus tard, il rachète le vignoble du château d'Eck, toujours en appellation Pessac-Léognan.

Un virus mutant

C'est en 2009 qu'elle débarque à Londres, sur une idée de son mari venu en Angleterre tâter le terrain pour écouler une partie de sa production de bordeaux. Cela fait donc plus de dix ans que Corinne Gonet se partage entre la Gironde (elle exerce aussi au CHU de Bordeaux) et Londres. Comme beaucoup de soignants, elle observe de près depuis quelques jours la nouvelle variante britannique mutante du Covid-19, dont plusieurs cas ont déjà été détectés à l'étranger, notamment en France. Elle temporise : "C'est comme si vous donniez de l'anti-moustique à un moustique, il va se modifier pour se défendre puisque vous l'agressez. Certes, ce virus mutant est beaucoup plus contagieux mais moins agressif et pas plus mortel que celui qu'on connaît actuellement en Europe. C'est vrai qu'il atteint plus les enfants."

Sportive, fan de plongée et de course à pied, Corinne Gonet fait depuis quelques années partie l'assistance médicale du marathon des Sables au Maroc, une course à pied par étapes de 250 kilomètres en autosuffisance alimentaire. Elle a aussi fait sienne la devise de Voltaire : "l'art de la médecine consiste à distraire le malade pendant que la nature le guérit."

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