Malgré les outils numériques, des commerçants bordelais inquiets avant les fêtes

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(Crédits : Agence APPA)
Si la propagation de l’épidémie de Covid-19 connaît "un petit ralentissement", selon le gouvernement, l’heure n’est pourtant pas au relâchement, ni à la réouverture des commerces non essentiels. Pourtant, les fêtes de Noël approchent et, avec elles, des questionnements de taille à une période cruciale pour le chiffre d'affaires de ces commerces bordelais. Et les divers outils numériques ne solutionnent pas tout.

Si un certains ont lancé, peaufiné ou amélioré la digitalisation de leur entreprise, celle-ci s'accompagne de problématiques de taille de gestion des outils numériques. Un véritable travail à part entière, "chronophage" selon certains. Un soutien de 500 euros a été mis en place par le gouvernement pour soutenir ces solutions digitales, qui devrait être appuyé par une aide supplémentaire de 1.500 euros de Bordeaux Métropole.

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Une réouverture espérée au 1er décembre

Le premier confinement a laissé chez les commerçants des stigmates, celles d'une trésorerie utilisée pour combler les pertes, payer les charges et préparer la réouverture printanière. Ce second volet arrive à une période charnière, celle des fêtes de fin d'année qui promet, habituellement, un chiffre d'affaires conséquent voire vital. "Il y a deux grandes périodes pour les commerçants", explique Ianis Foirier, gérant du concept store Le Puit d'Amour, "Noël et le printemps où les gens commencent à redépenser. Si on ne fait pas Noël, on ne peut pas réinvestir donc on rate l'autre saison, car nous n'aurons plus la trésorerie pour faire nos achats." Le commerçant ajoute que les fêtes de fin d'année représentent entre 25 et 30 % de son chiffre d'affaires annuel.

Eric Delaporte, directeur du magasin de jouets l'Ecole Buissonnière, a repris il y a dix ans cette enseigne bordelaise emblématique fondée il y a 48 ans : "Si je perds les deux mois de fin d'année, c'est 40 % de pertes". Tous espèrent voir leurs portes s'ouvrir au 1er décembre, date encore en suspend. "Les fêtes de fin d'année représentent 30 à 40 % de mon chiffre d'affaires", explique Léo Noel, directeur de la librairie la Zone du Dehors. "Si on ne rouvre pas au 1er décembre, ce sera catastrophique. On peut s'attendre à ce que le tissu des librairies indépendantes se déchire complètement, au profit des gros vendeurs de livres", ajoute-t-il.

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La difficile gestion des stocks

"Les dés sont jetés. On commande en septembre, pour être livrés en novembre-décembre. Nous avions commandé plus que l'année dernière car nous sommes normalement en évolution constante", raconte Ianis Foirier. Des stocks que les commerçants s'attendent désormais à ne pas pouvoir écouler. Une problématique que soulève également Georges Simon, vice-président de l'association de commerçants la Ronde des quartiers. "Un commerce a du stock, il s'est engagé sur des sommes très importantes. Mais c'est aussi le fournisseur qui va souffrir, le fabricant..." Nombreux sont ceux qui ont mis en place des solutions digitales pour proposer des livraisons, du drive, ou du "click and collect" pour récupérer une commande directement en magasin. Mais ces moyens déployés demandent une gestion et des compétences supplémentaires difficiles pour ces petites entreprises.

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La grande question du digital

Pour soutenir la numérisation des entreprises, le gouvernement a mis en place un soutien de 500 euros pour la création d'un site internet dont pourront bénéficier les commerçants à compter de janvier 2021. "La digitalisation est un vaste sujet car c'est plein de métiers différents : être capable de mettre en ligne son catalogue, de créer du trafic sur son site, de gérer le site, des réclamations, des retours... Ces 500 euros sont totalement insuffisants", considère Georges Simon.

Alors, certains ont abandonné l'idée, et mis en place un plan B. A l'instar de la librairie La Zone du dehors qui, comme de nombreux libraires, passe par la plateforme "Place des libraires" pour vendre ses ouvrages. "On est une équipe de trois personnes, on ne peut pas avoir une force de frappe informatique au même niveau qu'Amazon", explique Léo Noel. "Un site vendeur, c'est une vraie gestion, ça veut dire autant de fiches de livres qu'il y a de livres dans la librairie, qu'il faut créer, tenir à jour en permanence. C'est un énorme travail et qui n'est pas du tout sur les mêmes compétences que celles du libraire", développe-t-il.

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Même constat pour l'Ecole Buissonnière, qui a abandonné l'idée de développer cet outil numérique. "On écrit à nos clients, on est à leur service par téléphone pour les conseiller, les informer et faire des ventes qu'ils peuvent venir retirer à la porte du magasin", détaille Eric Delaporte. Comme la Zone du Dehors, le magasin de jouets souhaite encourager le lien de proximité développé avec une clientèle souvent fidèle. "Je vends une ambiance, une façon d'accueillir le client...", ajoute Léo Noel. Un service, que n'offre pas le géant Amazon souvent dénoncé, et auquel ces commerçants restent attachés.

Une aide supplémentaire de Bordeaux Métropole

Pour soutenir ce tissu local, la municipalité a mis en place, aux côtés des acteurs économiques locaux, une plateforme intitulée "Bordeaux mon commerce" proposée par la société SoLocal, affiliée aux pages jaunes. Celle-ci doit permettre au commerçant d'échanger en ligne avec ses clients, d'enregistrer ses commandes, et d'organiser des rendez-vous pour le retrait ou la livraison. Car, déplore Sandrine Jacotot, adjointe au maire chargée des commerces, des marchés et des animations de proximité, "moins de 27% des commerçants bordelais sont digitalisés". Outre cette solution, les Chambres de commerce et des métiers réfléchissent à des solutions d'accompagnement et formations.

L'idée est de "réunir les commerçants régulièrement, afin de les suivre" développe l'élue. Un fonds d'aides d'urgence à la digitalisation des commerces et artisans fermés a également été mis en place par la métropole. Un remboursement sur facture des dépenses jusqu'à 1500 euros sera octroyé pour les "dépenses en équipement, achat de prestation pour augmenter la visibilité, adhésion à un market place, recours à un photographe pour la mise en ligne et vente d'articles...", détaille Sandrine Jacotot. Ces dépenses devront être engagées entre le 1er novembre et le 31 décembre 2020.

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