[SÉRIE D'ÉTÉ] Anne-Laure Constanza : dialogue avec une entrepreneure chevronnée

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Dans La Tribune, l'entrepreneur bordelais Guillaume-Olivier Doré donne la parole aux chefs et cheffes d'entreprises chevronnés.
Dans La Tribune, l'entrepreneur bordelais Guillaume-Olivier Doré donne la parole aux chefs et cheffes d'entreprises chevronnés. (Crédits : Anne-Laure Constanza)
OPINIONS. Chaque jeudi jusqu'à fin septembre, l’entrepreneur bordelais Guillaume-Olivier Doré (@go_dore) dialogue dans La Tribune avec un ou une entrepreneure chevronnée, ces "gorilles à dos argenté" et autres "amazones de l'entrepreneuriat". L'occasion de prendre du recul pour déguster quelques conseils de vénérables anciens sur le monde de l'entreprise. Septième épisode avec Anne-Laure Constanza, la fondatrice et dirigeante d'Envie de Fraise.

Poursuite de mes dialogues avec des entrepreneures expérimentées, dédié pour cette fin de l'été à une population malheureusement trop rare : les femmes entrepreneures.

J'ai le plaisir d'échanger aujourd'hui avec Anne-Laure Constanza, la fondatrice et présidente d'Envie de fraise, marque de vêtements de grossesse cédée à MK Direct en 2017. Nous n'avions jamais eu le plaisir de nous croiser dans nos pérégrinations entrepreneuriales, mais nos cercles de connaissances se recoupent à de nombreuses reprise depuis quelques années. En forçant un peu le destin, j'ai eu la chance de pouvoir échanger avec cette brillante (Kitesurfeuse aussi) entrepreneure. Vous la connaissez surement pour avoir, en 2011, interpellé la première dame lorsqu'elle était enceinte, mais ça n'est pas son unique coup d'éclat.

Dans la crise qui se profile, c'est la "super-défiance" qui inquiète le plus Anne-Laure Constanza :

"C'est en train de se propager, et c'est aussi nocif que la Covid ! Les anglo-saxons ont un terme qui parle de lui-même : le doom loop, la boucle du malheur... Les adeptes de thèses conspirationnistes s'en donnent à cœur joie, sans parler des fake news ! Mais ce qui me touche le plus je crois ce sont les inégalités en particulier pour beaucoup d'enfants laissés à leur sort pendant le confinement : les fractures sociales ont été aggravées, notamment en raison d'une fracture numérique abyssale dans l'utilisation des outils numériques entre les familles et entre les territoires."

Pour un entrepreneur qui se lance ? "C'est un bon moment ! J'ai vécu dix ans en Chine, je suis familière de la notion de "WeiJi", crise en chinois : le "Wei" signifie le risque et le "Ji" l'opportunité. La crise est souvent synonyme d'opportunités : nouveaux besoins, moins de concurrence, des coûts moins élevés etc. Un très grand nombre de groupes mondiaux se sont crées pendant les crises mais aussi l'épidémie du Sras en chine en 2003 a fait naître ou accélérer les plus grands groupes de la Tech chinoise. Il faut être frugal : cette crise nous oblige à partir sur les bases les plus saines possibles : coûts réduits, efficacité max... On n'a jamais été aussi audacieux, inventifs et bons que quand on est un peu raides en tréso, croyez moi !"

Et ton secteur du moment ? "Sans hésiter la Edtech. Rien de plus important que l'éducation. "L'éducation est l'arme la plus puissante pour changer le monde » disait Mandela."

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"La France ne s'est jamais donnée les moyens d'une éducation innovante, on en a payé les frais pendant le confinement mais au moins cette crise aura permis la plus grande expérimentation jamais menée sur l'éducation en ligne et nous aura montré la nécessité de se bouger !", poursuit la cheffe d'entreprise. "Il faut digitaliser bien sûr, Il est urgent de former les enseignants au numérique, mais cela ne peut se limiter à la mise à disposition de matériel dans les écoles, ni à la classe virtuelle ou à la messagerie, ce doit être avant tout la technologie au service de la pédagogie. Il faut la réinventer pour apprendre différemment. On enseigne de la même manière en 2020 qu'en 1970, peu de métiers n'ont pas évolué depuis 50 ans..."

Et là encore Anne-Laure Constanza dresse le parallèle avec la Chine. "Il faut tirer les leçons de cette crise et investir solidement. Durant la crise, en Chine (et c'est un paradoxe), tous les élèves ont eu accès à une plateforme de ressources et à des live class sur douze matières. Mais la Chine investit 3 à 4 milliards / an quand la France investit 90 millions..."

Et pour relancer les équipes, quels sont tes conseils ? "Communiquer communiquer communiquer et dire la vérité ! Rien de plus anxiogène pour les équipes de ne pas savoir. Donc transparence totale sur les chiffres, les impacts de la crise pour l'entreprise et sur la réalité des défis à accomplir. Le défi commun sera de redresser la barre et miser sur la transparence est le meilleur moyen de fédérer les équipes et de les engager. Revoir totalement la relation avec son équipe : organiser un sas d'écoute et dresser un bilan de ce qui a fonctionné et ce qui doit être améliorer, créer un nouvelle façon de collaborer à distance, planifier des rituels, célébrer les petites réussites. Définir une vision plus court terme, on est plus que jamais dans un monde où règnent la volatilité et l'incertitude donc il faut oublier le cap, avancer par étape, se fixer des étapes intermédiaires comme quand on gravit une montagne, et célébrer les petites réussites pour engager : L'essentiel est de prendre les meilleures décisions, au jour le jour, selon la visibilité que l'on possède à l'instant T. Enfin, faire le choix de l'optimisme !  Pas de l'optimisme naïf bien sûr, mais dans la tempête tout le monde regarde le capitaine..."

Pour la reprise, sommes-nous tous alignés ? "Je crois aussi plutôt à une courbe en K. La reprise ne sera malheureusement pas pour tout le monde tout de suite. L'avant-Covid avait déjà révélé les faiblesses de certains modèles ou secteurs et le succès d'autres modèles ou de ceux qui avaient déjà opéré un début de transformation. Le Covid c'est un accélérateur de cette tendance, mais avec une sélection beaucoup plus drastique qu'avant, au sens darwinien du terme ! Avec, d'un côté, ceux dont la crise va accélérer la croissance parce qu'ils répondent à de nouveaux besoins (e-commerce, le gaming, la télé-médecine, le e-learning, etc.) et ceux qui étaient sur des modèles plus traditionnels mais qui se sont super vite adaptés, qui ont souvent re-shapé leur organisation pour tenir, et qui s'en sortiront grâce à leur capacité de remise en question et leur agilité, leur capacité à décider vite. De l'autre côté, il y a les entreprises des secteurs que la crise va durablement affecter ou celles qui n'auront pas pu s'adapter..."

Une manière de dire aussi qu'il faut lever la tête et regarder dehors ce qui se profile !

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