[SÉRIE D'ÉTÉ] Dialogue d'entrepreneurs chevronnés avec Patrick Amiel

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Dans La Tribune, l'entrepreneur bordelais Guillaume-Olivier Doré donne la parole aux gorilles à dos argenté, ces chefs d'entreprises aux tempes grisonnantes (Crédits : CC Pixabay by Diego_Torres)
Dans La Tribune, l'entrepreneur bordelais Guillaume-Olivier Doré donne la parole aux "gorilles à dos argenté", ces chefs d'entreprises aux tempes grisonnantes (Crédits : CC Pixabay by Diego_Torres) (Crédits : CC Pixabay by Diego_Torres)
OPINIONS. Chaque jeudi jusqu'à fin septembre, l’entrepreneur bordelais Guillaume-Olivier Doré (@go_dore) dialogue dans La Tribune avec un ou une entrepreneure chevronnée, qu'il appelle affectueusement "gorille à dos argenté". L'occasion de prendre du recul pour déguster quelques conseils de vénérables anciens sur le monde de l'entreprise. Sixième épisode avec Patrick Amiel.

Avant de consacrer la suite de cette série aux "Amazones de l'entrepreneuriat", j'ai eu le plaisir d'échanger avec Patrick Amiel. Je dois avouer avoir une admiration particulière pour Patrick, rencontré voici trois ans à travers mes pérégrinations entrepreneuriales. Je le définirais simplement en reprenant les mots que m'a soufflé une "touiteuse" célèbre (Magalie N, si tu nous entends ;-) : l'élégance relationnelle.

J'ai rarement vu chez un entrepreneur autant d'empathie et de capacité d'écoute positive, d'envie de transmettre. Il a un CV long comme un poème de Victor Hugo qui parle pour lui. Je vous l'avoue, j'ai réussi à l'embarquer au board de mon propre projet entrepreneurial tellement ses fulgurances me semblaient indispensables... Co-fondateur de 321Founded, une organisation qui accompagne les grands groupes dans leurs mutations digitales, Patrick vit 1.000 vies en une, devenu un "slasher" qui s'ignore.

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Vous pouvez le trouver facilement : il marche, préférant prendre le temps entre chaque rendez-vous de (re)découvrir Paris et ses alentours, et nous gratifiant assez souvent de photos de ses pieds en éventails. Du coup on a échangé en nous baladant, les pieds sur terre et la tête en l'air.

Quand je lui ai demandé ce qui l'énerve le plus dans la crise actuelle, il a sauté sur l'occasion pour pointer du doigt le manque d'esprit d'initiative individuelle : "Chacun d'entre nous, peut à son échelle faire des merveilles, sans tout attendre de l'Etat ou de son entreprise. Nous avons une chance incroyable de vivre en France, d'avoir un Etat qui s'est mis en quatre dès le 1er jour de cette crise tant sur le plan économique que sanitaire". Lui a multiplié les initiatives, personnelles (livrer des pizzas dans les hôpitaux ou apporter du support à son épouse dans sa pharmacie) ou collectives en mobilisant des entrepreneurs pour faire des achats de masques pour les soignants. Il illustre parfaitement sa maxime préférée du Dalaï Lama : "Si vous pensez que vous êtes trop petit pour faire une différence, essayez de dormir avec un moustique."

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Le meilleur conseil que Patrick puisse donner à un entrepreneur qui se lance en ce moment, c'est de s'entourer :

"Aujourd'hui, plus que jamais, le force du réseau va permettre à certains de s'en sortir mieux que d'autres. S'entourer de personnes qui permettent de prendre du recul, de partager leurs expériences et leur précieux réseau pour se lancer avec plus de succès et pour traverser la probable zone de turbulences qui s'annonce."

Patrick avoue connaître deux types d'entrepreneurs : celles et ceux qui pensent tout savoir, (1 % d'entre eux réussissent grâce à leur folie créatrice) et celles et ceux qui se nourrissent des autres (environ 50 % d'entre eux s'en sortent).

Son secteur d'activité préféré en ce moment est l'univers des plateformes, mais celles qui permettent aux personnes ayant un talent ou une expertise de la mettre à disposition de celles et ceux qui en ont besoin : "J'aime quand on créé quelque chose qui rend réellement service aux personnes. Les marketplaces de personnes s'inscrivent dans cette mission "connecting people". Cela va de Tinder à Doctolib ou Malt en passant par Wengo que j'ai cofondé en 2006 (coup de vieux) sur la base d'une simple conviction... Avec la crise actuelle, la soif de liberté et de souplesse est exacerbée, et je suis persuadé que des "people marketplaces" vont se multiplier pour permettre ce nouveau cadre d'échange et de travail."

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Pour la relance, il n'y a pas de recette miracle pour lui. Seul ingrédient de base : de la confiance sur le long terme :

"Les organisations ayant construit une vraie transparence et confiance avec leurs employés, leurs partenaires et leurs clients pourront traverser mieux que d'autres les mois à venir. On ne se décrète pas "entreprise à mission" mais on le devient jour après jour. Si j'étais CEO d'un grand groupe, je crois que je donnerais davantage les rênes à mes collaborateurs, en leur faisant confiance, avec plus d'autonomie, tout en gardant la capacité de décider. Mais j'encouragerais mes collaborateurs à prendre plus d'initiatives tout en leur proposant un nouveau mode de rémunération adapté, une association responsable qui rémunère l'audace créative."

Oui, la relance viendra des femmes et des hommes, de leurs initiatives et désormais plus des organisations. Et les entrepreneurs ont un nouveau rôle à jouer.

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