Le crack landais qui a mis le Japon à ses pieds

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Christophe Lemaire monte Almond Eye (meilleur cheval japonais) à l’hippodrome de Tokyo, après sa victoire dans la Japan cup
Christophe Lemaire monte Almond Eye (meilleur cheval japonais) à l’hippodrome de Tokyo, après sa victoire dans la Japan cup (Crédits : DR)
[Aquitains d'ailleurs] Son nom ne vous dira peut-être rien mais au Japon, la notoriété de Christophe Lemaire dépasse à coup sûr celle de Johnny Hallyday ou d'Alain Delon. Avec deux "Cravaches d'or" et plus de 200 courses remportées en un an, le Français, grandi à Dax, est devenu le meilleur jockey du pays. L'affaire est sérieuse : au Japon, les courses hippiques drainent près de 20 milliards d'euros de paris par an.

C'est le sport le plus populaire au Pays du soleil levant après le baseball. Chaque week-end, les grandes courses de chevaux rassemblent jusqu'à 100.000 spectateurs dans le grand hippodrome de Tokyo. Les jockeys sont eux de véritables rock stars. "Ce sont des personnages publics, admet Christophe Lemaire, considérés comme de grands sportifs. Beaucoup de gens me reconnaissent dans la rue ou au restaurant et viennent demander une photo ou un autographe. Ici, le public est bon enfant." Le Français a été sacré l'an dernier meilleur jockey du Japon, du jamais vu pour un "gaijin", un étranger. Avec 215 courses gagnées, il a surtout réussi l'exploit de détrôner la légende vivante japonaise, Yutaka Take. "Je pourrais me la jouer tranquille, mais dans notre métier, on monte toujours de nouveaux chevaux. J'ai aussi la chance d'avoir le soutien de très bons propriétaires et entraîneurs. Je suis le n°1, il faut essayer de le rester le plus longtemps possible !"

Lemaire Aquitains d'ailleurs

Christophe Lemaire aux côtés du yokozuna (champion de sumo) Kisenosato (crédit photo Barbara Lemaire)

Quarantaine

A la retraite de son père, ancien jockey d'obstacles, toute la famille quitte Chantilly et vient s'installer à Dax, dans les Landes où il vient de racheter un bar PMU pour sa reconversion. Christophe Lemaire avait alors une dizaine d'années. "Le Sud-Ouest fait complètement partie de ma vie, assure-t-il. Avec sa culture de corridas, de courses landaises, de férias et de plages. C'est sur l'hippodrome de Dax que j'ai commencé à monter les chevaux de Michel Laborde, un entraîneur très connu dans les années 80-90." Après des allers-retours l'hiver, lors de la saison creuse en France, le Français vit à plein temps au Japon depuis fin 2014. Ici, les courses n'ont lieu que le week-end. Chaque vendredi soir, les jockeys sont mis en quarantaine jusqu'au dimanche :

"Cela n'existe qu'au Japon, témoigne-t-il, par souci d'intégrité on est obligé d'aller à l'hippodrome. Comme dans un petit hôtel, on a un réfectoire en commun entre jockeys et des chambres individuelles. On n'a pas le droit de communiquer, que ce soit par téléphone ou sur les réseaux sociaux. C'est pour protéger l'intégrité et qu'il n'y ait aucun doute sur la véracité des résultats."

Athlètes de haut niveau

Car le secteur génère chaque année au Japon autour de 18 milliards d'euros de paris, plus du double de la France. Grâce à toutes ses victoires, notamment sur sa jument fétiche "Almond Eye" du haut de son mètre 63, Christophe Lemaire a fait gagner cette année plus de 40 millions d'euros aux propriétaires des chevaux qu'il a montés, sur lesquels il reçoit 5 %. Au Japon, l'image des courses hippiques est bien différente.

"En France, elles sont à la fois populaires et méconnues, détaille le Français. On ne peut pas s'empêcher de penser que les résultats sont truqués. Les jockeys ne sont que des numéros et des petits bonshommes en casaque sur des chevaux. Au Japon, ils sont vraiment vus comme des athlètes de haut niveau."

Christophe Lemaire, âgé de 40 ans, vit en famille à Kyoto avec son épouse Barbara, également fille de jockey et photographe hippique, et leurs deux enfants de 12 et 14 ans. Son regret restera toujours de ne pas avoir su leur transmettre le virus de l'équitation.

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La rubrique Aquitains d'ailleurs s'intéresse aux Bordelais et Néo-Aquitains qui ont quitté la région pour lancer des entreprises ailleurs dans le monde et se frotter de près aux marchés internationaux. Dans cette rubrique, ils racontent leurs histoires. Contact : Emmanuel Langlois, langloismanu[at]yahoo.fr

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