Comment La Poste Nouvelle-Aquitaine se diversifie

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(Crédits : Eric Gaillard)
Quelques mois après sa prise de fonction à Bordeaux, le nouveau délégué régional de La Poste en Nouvelle-Aquitaine, Jacques Lemaire, fait le point sur l'activité et évoque les pistes explorées pour "dévulnérabiliser" le groupe face à la baisse continue de l'activité courrier.

De retour dans une ville qu'il dit ne pas reconnaître (dans le bon sens), Jacques Lemaire a été nommé en mars dernier délégué du groupe La Poste en Nouvelle-Aquitaine. Succédant à Agnès Grangé, qui a rejoint Paris et la direction du programme "Servir le développement", il exerçait précédemment les mêmes fonctions en Centre-Val de Loire. Le natif de Talence, près de Bordeaux, a pour mission de représenter le président du groupe au plan régional, où La Poste emploie 20.000 personnes dans 12 départements. Un total cachant de fortes disparités, entre les 6.500 postiers de Gironde et les 500 de la Creuse. Le groupe revendique également 2.400 "points de contact" dans lesquels on trouve pêle-mêle des bureaux et agences postales communales ainsi que des commerçants partenaires, qui proposent des services postaux.

Confrontée à une érosion des volumes de courriers qui lui sont confiés de 6 à 8 % par an, La Poste cherche à revoir son modèle : "En dix ans, nous avons connu une baisse de 10 % de l'activité courrier. Conformément à l'objectif, on dévulnérabilise", résumait il y a quelques semaines Jacques Lemaire, lors d'une rencontre avec la presse. "A fin 2018, 24 % de notre chiffre d'affaires était lié à l'acheminement du courrier. L'objectif fixé par notre plan stratégique d'être à moins de 20 % d'ici fin 2020 est accessible. Comme les acteurs bancaires, nous devons prendre en compte les nouveaux usages." Sans totalement se détourner complètement de son métier historique. La livraison de colis est ainsi en plein essor, tractée par le développement de l'e-commerce. Mais elle implique de plus en plus une livraison le lendemain de la commande, véritable péril logistique.

"Faire La Poste de demain avec les postiers d'aujourd'hui", le mantra du groupe, demande de s'impliquer dans de nouvelles activités. "On paie 1,2 milliard d'euros de masse salariale chaque mois", rappelle Jacques Lemaire. Si l'on se penche sur les chiffres 2018 du groupe, on relève un chiffre d'affaires global de 24,699 milliards d'euros, réalisé à 73 % en France, contre 24,110 milliards en 2017. La branche services, courrier et colis se taille encore la part du lion (45,6 % du CA), loin devant Geopost (29,6 %), La Banque postale (22,5 %, légèrement en retrait par rapport à 2017). Le bénéfice net a lui reculé de 6,3 % mais ressort à 798 millions d'euros.

Un patrimoine immobilier à réinventer

Un des axes empruntés par le groupe est de mieux valoriser son trésor de guerre : 6 millions de m2 en France. "Nous devons imaginer de nouveaux services à partir de notre patrimoine immobilier", confirme Jacques Lemaire. L'équation est la suivante : plutôt que de céder ces m2, La Poste entend maintenir son réseau actuel de 17.000 points de contact mais utiliser ses bureaux vacants ou mal optimisés pour héberger ses nouvelles activités. Sur ce plan, les idées ne manquent pas. Jacques Lemaire évoque ainsi "des résidentes seniors portées par Poste Immo. Il faut au minimum 5.000 m2 et un exploitant", pour des lieux de vie imaginés en centre-ville, garantissant à ses pensionnaires de l'autonomie et "un haut niveau de service. Nous avons également une réflexion sur la possibilité de faire des résidences intergénérationnelles." Aucun projet de ce type n'est à ce jour lancé en région Nouvelle-Aquitaine et l'approche à grands pas des élections municipales de 2020 ne devrait pas être de nature à accélérer les choses. Jacques Lemaire entend faire le tour des élus pour savoir qui serait intéressé.

Il y a de bonnes chances qu'il évoque avec eux l'initiative XL autonomie, société détenue à parts égales par La Post et le Conseil départemental des Landes. "Un prototype" associant plusieurs acteurs tels que CCAS, Carsat... calé sur cinq ans qui cible 2.500 seniors et associe bouquets de services, objets connectés et télésurveillance, présence des facteurs, accompagnement... dans le but de favoriser l'autonomie et le maintien à domicile des personnes âgées. Après une expérimentation auprès de 50 personnes, le dispositif a débuté fin mars dernier à plus grande échelle. L'étude d'impact menée sur trois ou quatre ans dira si le système retarde effectivement l'entrée en ehpad (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes). Jacques Lemaire ne cache pas que cette initiative landaise pourrait être répliquée ailleurs si les résultats sont au rendez-vous. Dans le même temps, La Poste évoque un peu moins de 400 seniors ayant souscrit le contrat "Veiller sur mes parents" en Nouvelle-Aquitaine, sur les 4.000 signés au plan national. "Notre présence quotidienne dans les territoires nous rend légitimes, comme d'autres acteurs", affirme Jacques Lemaire.

Nouveaux services de promixité

D'autres initiatives, dans d'autres champs d'activité, sont testées. Un des sites du groupe, rue Fondaudège, permet désormais de concentrer les colis au même endroit destinés à être livrés aux commerçants de proximité. Inversement, ces commerçants ont la possibilité de souscrire à des services tels que la gestion logistique de leurs expéditions. D'autres sites similaires ont ouvert dans les quartiers de Mériadeck et des Bassins à flot "pour mieux mailler la métropole". La Poste n'exclut pas "la mise en commun du dernier kilomètre avec d'autres transporteurs" et envisage au total une dizaine de sites de ce type à moyen terme, en partenariat avec Bordeaux Métropole. Le groupe envisage également de créer d'autres Starway (sa marque de coworking) au-delà des deux qui existent à Bordeaux, "à l'échelle de la métropole".

"Nous resterons propriétaires de nos grands sites mais voulons les réaffecter en partie à d'autres activités ou les louer pour des activités conformes à nos valeurs", résume Jacques Lemaire. L'examen du Code de la route fait aussi partie de cet inventaire. "Cela va faire trois ans qu'on le propose et ça fonctionne plutôt bien, c'est une activité qui est rentable", précise le délégué régional. La Nouvelle-Aquitaine compte aujourd'hui 80 sites d'examen de ce type. Il reste à convaincre une partie des postiers qui s'inquiètent de cette stratégie de diversification. Le déploiement de ces services de proximité a évidemment un impact sur leur activité quotidienne. Ce à quoi le groupe répond qu'il en va de son avenir.

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