Bordeaux City Life : "Apprendre à coder, c'est apprendre à se tromper, c'est très important"

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Mikaël Lozano, Emmanuelle Cuny, Philippe Morisset et Claude Terosier
Mikaël Lozano, Emmanuelle Cuny, Philippe Morisset et Claude Terosier (Crédits : Agence Appa)
Quelle place faut-il accorder à l'apprentissage du code informatique, et plus largement à la technologie, à l'école élémentaire ? Cette question était au centre de la table-ronde "Education et nouvelles technologies" lors du Forum Bordeaux City Life, organisé le 19 juin dernier à Bordeaux par La Tribune.

Ecole volante, drones de cantine, instituteurs robots, tablettes numériques et beaucoup de vélos, d'espaces verts et de brumisateurs : c'est le portrait décoiffant de l'école de demain esquissé par quatre élèves de CM1/CM2 de l'école Achard (Bordeaux Bacalan) en ouverture de l'édition bordelaise de Bordeaux City Life. Avec leur institutrice Caroline Raguin et les équipes du Robot Makers Day, ils ont conçu et programmé un petit robot évoluant dans une maquette du Bordeaux de demain. Une manière de préparer le terrain pour l'accueil à Bordeaux de la Robocup 2020 mais aussi et surtout une illustration concrète de la place du numérique à l'école élémentaire.

Bordeaux City Life 2019

Photo Agence Appa

"Un exercice de logique pure"

L'apprentissage du code et de la programmation y est en développement et trouve des applications multiples. "On apprend aux enfants à se poser une question et à imaginer un projet collectif et pratique pour y répondre en préparant le monde de demain", témoigne Claude Terosier, fondatrice de Magic Makers. La société qui a déjà appris à coder à 15.000 enfants dès 7 ans depuis sa création en 2014, propose en région parisienne et à Bordeaux des ateliers ponctuels ou hebdomadaires ainsi que des stages, hors temps scolaire, dans une quarantaine de lieux d'accueil. Elle ne tarie pas d'éloges sur les bienfaits de cet apprentissage pour les enfants :

"Quand on apprend à coder, on apprend à se tromper, c'est très important ! Dans le code informatique, l'erreur n'est pas grave, elle est nécessaire et apprenante. Il est indispensable de se tromper pour s'améliorer. Au fond, le code c'est de la logique pure qui est transférable dans la plupart des matières et des métiers. Mais c'est aussi un moyen d'expression qui permet aux élèves de développe leur créativité."

A Bordeaux, Emmanuelle Cuny, l'adjointe au maire en charge de l'Education, assure avoir pris le virage du numérique : "Classes artistiques, transition écologique et développement durable, lutte contre le gaspillage et initiation au code et aux robots sont des sujets abordés dans les écoles élémentaires bordelaises aujourd'hui." Et les applications sont parfois surprenantes. "Les tablettes numériques sont utilisées à l'école, par exemple, dans les sports collectifs pour identifier les défauts de placement et de coopération au sein de l'équipe", remarque Philippe Morisset, inspecteur de l'Education nationale à Bordeaux. Pour ce dernier, "plus on monte en âge, plus un enseignement spécialisé dans le code est nécessaire. Mais pour les plus jeunes, le code doit rester un outil pour améliorer l'apprentissage de toutes les autres matières."

Il ne plaide donc pas pour que le code, ou plus largement les nouvelles technologies, deviennent une discipline à part entière. Claude Terosier, elle, est moins affirmative mais elle cadre les choses : "L'enjeu, au fond, est double. Il n'est pas tant d'apprendre à coder que de permettre à l'enfant de développer de nouvelles compétences qui seront utiles dans le monde de demain", ce qu'on appelle aujourd'hui les soft skills ou compétences comportementales. Mais aussi "de donner des clés pour garder le contrôle de la technologie. Aider à comprendre comment ça marche, c'est donner du pouvoir sur cette technologie et c'est fondamental à une époque où l'on observe des dérives et où certains acteurs du numérique ont acquis une influence gigantesque.

Le risque de fracture numérique

Mais enseigner le code et les bases des usages numériques aux élèves ne fait pas tout, comme le fait justement remarquer Emmanuelle Cuny : "Le code doit être démocratisé auprès des élèves mais aussi auprès des parents et des familles pour lutter contre l'exclusion numérique. C'est indispensable !" Un souci pleinement partagé par Philippe Morisset : "Le défi fondamental est de faire en sorte que toutes les familles puissent s'engager dans les apprentissages numériques aux côtés des élèves et les enseignants." Il cite en particulier la nécessité d'éduquer les jeunes et leurs familles à l'utilisation des réseaux sociaux : "Pour lutter contre les fakes news et les rumeurs, il faut accompagner les élèves vers l'esprit critique, le croisement des sources et le questionnement de la légitimité de l'interlocuteur."

Les enfants d'aujourd'hui sont les citoyens décideurs de demain et les collectivités locales l'ont bien compris, commençant à bâtir de véritables politiques publiques d'éducation alors qu'elles ont longtemps été cantonnées aux infrastructures (locaux, cantine, chauffage des classes...). Elles sont aussi confrontés aux évolutions des nouvelles technologiques en tant qu' "employeurs" d'agents municipaux, qu'il s'agit de former aux nouveaux outils. La donne est la même du côté de l'enseignement, qui a des efforts considérables à réaliser. Quel rôle jouera la sphère privée, les entreprises, dans la formation au numérique tout au long de la vie ou dans l'Education nationale ? Philippe Morisset plaide pour une ouverture de plus en plus importante à des compétences extérieures. Selon l'inspecteur académique, les portes commencent à s'ouvrir. Le feront-elles assez vite dans un univers en transformation numérique où tout s'accélère ? Au tournant des années 2000, ce sont Lycos et Altavista qui tenaient le haut du pavé. Quelques années plus tard, ils étaient balayés...  "Chez Magic Makers on a développé une compétence précieuse sur l'apprentissage du numérique et on rêverait de les transmettre au plus grand nombre notamment via l'école", sourit Claude Terosier.

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