Quel futur pour la Cité numérique ? Les propositions d'Alain Turby

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Alain Turby, maire de Carbon-Blanc et conseiller métropolitain délégué à la Métropole numérique
Alain Turby, maire de Carbon-Blanc et conseiller métropolitain délégué à la Métropole numérique (Crédits : Agence Appa)
Faire de la Cité numérique, qui sonne pour l'instant encore vide, un lieu ressource pour le monde éducatif ? Lui donner une coloration autour de la robotique ? Alain Turby ne manque pas d'idées pour ce lieu basé à Bègles, en plein cœur de l'opération Bordeaux Euratlantique. Maire de Carbon-Blanc sur la rive droite, conseiller métropolitain délégué à la Métropole numérique, il n'aura pas la délégation French Tech / Cité numérique que va conserver le maire de Bordeaux Nicolas Florian. Alain Turby prend acte. Ce qui ne l'empêche pas d'imaginer des pistes pour l'avenir des espaces métropolitains au sein du lieu.

Le départ d'Alain Juppé pour le Conseil constitutionnel a eu plusieurs effets : l'élection de Nicolas Florian (Les Républicains) en tant que maire de Bordeaux, celle de Patrick Bobet à la présidence de Bordeaux Métropole, et quelques tractations au bureau métropolitain. Sud Ouest relate dans son édition de samedi que Nicolas Florian a tenté d'y faire élire ses deux adjoints Stephan Delaux et Jean-Louis David. Proposition retoquée par le vice-président socialiste métropolitain Alain Anziani, alerté. Suspectant que le camp La République en marche était responsable de cette "fuite" dans la presse, et plus précisément le maire de Carbon-Blanc et conseiller métropolitain délégué à la Métropole numérique Alain Turby, Nicolas Florian aurait finalement conservé la délégation French Tech / Cité numérique qu'il entendait initialement lui confier.

Ce lundi matin, Alain Turby dément toute implication et prend acte de ce qu'il qualifie de "mesure d'autorité". Conservant son portefeuille de délégué à la Métropole numérique, il en profite malgré tout pour donner son point de vue sur le devenir possible des espaces métropolitains de la Cité numérique, dossier sur lequel il travaille depuis longtemps. Né de la reconversion d'un ancien centre de tri postal, ce lieu est destiné à devenir sur 25.000 m2 le "totem" de l'économie numérique de Nouvelle-Aquitaine. Une première tranche a été livrée, après plusieurs années de retard. L'Etablissement public d'aménagement (EPA) Bordeaux Euratlantique, qui pilote le gigantesque projet urbain du même nom (2,5 millions de m2 à construire sur 738 hectares autour de la gare Saint-Jean), est aussi l'aménageur, l'investisseur initial, à hauteur de 41 M€, et le commercialisateur de la Cité numérique, qui accueille quelques entreprises ainsi qu'une partie de l'équipe de la technopole Unitec depuis le 2e semestre 2018.

Quel diagnostic portez-vous aujourd'hui sur la Cité numérique ?

Alain Turby - Il a été pensé comme un bâtiment totem dans lequel on pourrait faire venir des entreprises, notamment de l'extérieur de la région. C'était aussi un prérequis de la labellisation French Tech. L'espace dévolu à Bordeaux Métropole est de 2.500 m2 pour un loyer de 330.000 euros. Pour moi c'est bien trop cher, ce modèle économique est perdu et il sera trop difficile d'arriver ne serait-ce qu'à l'équilibre pour ces espaces métropolitains. Je suggère donc de profiter de ces m2 pour en faire des laboratoires à ciel ouvert avec un volet lié à la culture, à l'éducation et au numérique. Les enseignants ont des compétences en numérique très hétérogènes. Comment dans ces conditions garantir un accès égal, pour les écoliers, à ce sujet fondamental dans le monde d'aujourd'hui ? Je propose que l'on donne des m2 à différents acteurs pour qu'ils puissent s'y exprimer, au sein d'un écosystème qui leur apportera une valeur non négligeable.

Comment équilibrer économiquement le modèle ?

En sortant des schémas de l'ancien monde. Si les 28 communes de la métropole bordelaise investissaient dans une plateforme commune en accès libre destinée aux enseignants et acceptaient le déploiement de solutions informatiques identiques dans toutes leurs écoles... tout cela permettrait de considérables économies d'échelle. Le prix d'achat de ces équipements baisserait fortement. Il ne faut pas le voir comme un modèle comptable mais comme de l'investissement à long terme. On ne serait pas à l'équilibre pour ces espaces de la Cité numérique, peut-être à 50 % de leur coût, mais à l'échelle de son budget annuel d'1,5 milliard d'euros, la Métropole ne peut-elle pas sérieusement se le permettre ? Ne faut-il pas chercher des économies ailleurs d'abord ?

Lire aussi : Cité numérique : où en est-on à deux gros mois de l'ouverture des premiers espaces ?


Plus largement, c'est la stratégie de la Cité numérique qui vous pose problème ?

Qu'il y ait eu des loupés dans le suivi du chantier, que le dossier ait été mal conçu et pensé, voire qu'il ait servi de variable d'ajustement, c'est le passé, regardons demain. Notre politique d'attractivité métropolitaine doit passer par un rééquilibrage, notamment parce qu'il nous faut rapprocher les lieux de travail des foyers. Je rappelle que 70 % des habitants de la rive droite de la métropole travaillent rive gauche ! Pour cela nous devons travailler à l'identification des territoires. Quand on vous demande quelle est la zone où l'aéronautique et l'espace sont puissantes, vous me citez spontanément les communes de l'ouest de la métropole. Je souhaite une opération d'intérêt métropolitain sur la rive droite avec un véritable marqueur économique autour des technologies environnementales, pourquoi pas aussi avec de la silver économie... C'est la même chose avec la Cité numérique : pour la remplir, il faut lui donner une identité propre. Je l'imagine comme le cœur du réacteur, en lien direct avec les autres pôles économiques, et pas comme un grand tiers-lieu. Jusqu'à présent, elle a peut-être été trop centrée sur le fait d'aller chercher des pépites ailleurs, des grands noms. Ces grands noms, ils n'ont pas besoin de nous pour trouver leurs locaux, ils se débrouillent tous seuls. La nouvelle vague de labellisation French Tech, si elle reconnaît véritablement les territoires d'excellence, peut être une opportunité dont il faudra sans doute se saisir. Je pense aussi à la Robocup, compétition mondiale de robotique qui aura lieu à Bordeaux en 2020. La robotique est un formidable secteur d'avenir, elle est utile dans l'industrie, dans le médical... Nous avons des compétences scientifiques fortes, un laboratoire universitaire mondialement réputé, le Labri, des entreprises... pourquoi ne pas se saisir de tout cela pour développer une vitrine française de la robotique ? C'est l'occasion de réaliser quelque chose de vraiment différenciant et de créer une véritable dynamique qui rayonnerait sur toute la région, pas que sur la métropole.

Faut-il voir dans cette prise de position votre "testament" pour la Cité numérique ?

Non, ce sont des propositions que je formule, et je continuerai à donner mon avis donc ce n'est pas un testament. Je travaille depuis de longues années sur la Cité et je conserve la délégation à la Métropole numérique. Elle ne comportait pas le dossier Cité numérique avant, elle ne l'inclura pas après non plus. C'était absurde avant, ça l'est encore aujourd'hui. Je n'ai pas de revendications particulières : ce qui importe c'est d'aider les entreprises qui en ont besoin et de se doter d'une vision différenciante.

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