Face à une grande distribution offensive, comment Biocoop se différencie

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Christophe Jacob, Diane Rival et Raymond Bayol, porteurs du projet de magasin Biocoop à La Brède
Christophe Jacob, Diane Rival et Raymond Bayol, porteurs du projet de magasin Biocoop à La Brède (Crédits : Biocoop)
Carrefour passé leader de la distribution de produits bio en France, E.Leclerc très actif sur le même segment de marché avec la création de magasins spécialisés... Confronté à l'offensive des poids lourds de la grande distribution, le réseau coopératif Biocoop creuse un autre sillon, notamment en optant pour des choix managériaux originaux et en positionnant ses magasins comme des "incubateurs de conscience écologique". Illustration avec deux nouveaux exemples qui émergent ce mois-ci en Gironde.

Un magasin à La Brède, un autre à Saint-Jean-d'lllac : Biocoop s'étoffe en Gironde avec deux ouvertures, respectivement programmées le 7 et le 21 novembre. Ce qui porte à 24 le nombre de pointes de vente du réseau coopératif dans le département, fédérés au sein d'un groupement d'intérêts économiques (GIE). C'est loin d'être anodin : les deux projets reposent sur des choix managériaux innovants et cohérents avec la philosophie développée.

A Saint-Jean-d'Illac, "la motivation de départ est très personnelle", explique le porteur du projet, Vincent Guiraudie. "Mes préoccupations, très contemporaines, sont la dégradation de l'environnement et l'impact de notre alimentation sur la santé. J'ai longtemps travaillé dans l'univers de la finance et de l'immobilier et j'en suis arrivé à un moment où j'avais besoin d'une adéquation entre ma vie professionnelle et ma vie personnelle. Comme beaucoup, j'étais à la recherche de sens." Vincent Guiraudie a recruté six personnes et opté pour un magasin de 380 m2 qui priorise l'approvisionnement à moins de 150 km, l'achat en vrac (les clients apportent leurs propres contenants) et la démarche zéro déchet. Le point de vente a demandé, et obtenu, le statut Economie sociale et solidaire (ESS) auprès du tribunal de commerce. "C'est Biocoop qui me l'a suggéré, précise Vincent Guiraudie. Tous les points de l'ESS sont déjà dans le cahier des charges du réseau, notamment les sujets de la solidarité, de la performance économique et de l'utilité sociale. Cette dernière nous intéresse bien plus que les dividendes."

Un modèle Scop original à La Brède

A La Brède, trois porteurs de projet sont à l'origine du nouveau magasin sur 300 m2 : Raymond Bayol, Diane Rival et Christophe Jacob. Trois personnes supplémentaires ont été recrutées et le point de vente a été constitué sous la forme d'une Scop, une société coopérative et participative.

"J'ai été directeur d'un Monoprix pendant 20 ans, explique Raymond Bayol. Je me suis ensuite éloigné de la grande distribution mais au moment d'y revenir, je voulais un projet avec davantage d'équité vis-à-vis des producteurs notamment. Je ne voulais pas non plus intégrer un système classique de franchise. Le choix d'une Scop dans le commerce, sous enseigne coopérative, est donc rare mais cohérent en ce qui me concerne, d'autant plus que nous sommes trois porteurs de projet pour le magasin. La Scop permet d'impliquer réellement tous les salariés dans la vie de l'entreprise et dans les directions prises."

Face au rouleau compresseur de la grande distribution qui se renforce sur le segment bio, avec Carrefour qui s'impose et E.Leclerc qui vise la création d'un réseau de magasins dédiés, les deux porteurs de projet jouent la carte de la différenciation.

"Nous sommes engagés dans une démarche zéro déchets, nous proposerons plus de 200 références achetables en vrac, un espace où les clients pourront se détendre et rencontrer des producteurs locaux, illustre Raymond Bayol. Nous avons fait appel à des artisans locaux pour la création des magasins, nous comptons parmi nos partenaires Enercoop, un fournisseur coopératif d'électricité à partir d'énergies renouvelables, ou encore la NEF, coopérative financière qui soutient les projets à vocation sociale ou écologique."

Biocoop Saint-Jean-d'Illac

Le magasin de Saint-Jean-d'Illac (crédit photo Biocoop)

Différencier le bio et la bio

"Il faut différencier le bio du monde de la bio, ajoute Vincent Guiraudie. Notre idée n'est pas d'écraser les prix, ce que favorise la grande distribution, mais de prôner la diversité. C'est pourquoi nous travaillons avec de petits producteurs, pour lutter contre la biodiversité appauvrie que l'on constate dans les rayons, et pour favoriser le retour à une qualité nutritionnelle. On ne trouvera pas sur nos étals de tomates provenant de serres chauffés en Espagne, hors sol, produites par des travailleurs délocalisés d'Europe de l'Est. Zéro OGM, pas de produits transportés par avion, une rémunération juste pour le producteur... Tout cela nécessite d'adopter un juste prix. On observe qu'à force de s'informer, les consommateurs sont de plus en plus sensibles à ces sujets et se tournent vers le goût et la qualité nutritionnelle."

"Il y a de la place pour tous, affirment les deux porteurs de projet. C'est bien que certaines enseignes amènent les clients vers quelque chose que l'on pense irréversible. A nous de faire preuve de pédagogie et d'expliquer que le bio, c'est une norme, la bio et son univers, c'est une norme mais aussi une philosophie."

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