Nicolas Pereira (Solylend) sélectionné pour le Young European Talent

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Nicolas Pereira, fondateur de Solylend, lors de la première édition de l'Impact Summit
Nicolas Pereira, fondateur de Solylend, lors de la première édition de l'Impact Summit (Crédits : Solylend)
Nicolas Pereira est l'un des deux jeunes dirigeants d'entreprise français sélectionnés pour participer au sommet Young European Talent, du 13 au 15 novembre à Maastricht aux Pays-Bas. Fondateur de Solylend, plateforme de financement participatif par le prêt dédiée aux projets éthiques et solidaires, le Girondin y défendra sa vision de l'entrepreneuriat responsable.

Rassemblant des jeunes de 18 à 35 ans venus de divers horizons européens, le Young European Talent aura une 2e édition aux Pays-Bas, à Maastricht. Le ministère des Affaires étrangères a établi une liste de Français prometteurs qu'elle enverra pendant deux jours, du 13 au 15 novembre, pour représenter la France et participer aux échanges. On y trouve de jeunes personnalités du monde des sciences, du sport, des artistes... et deux entrepreneurs, dont Nicolas Pereira. Le jeune Girondin accompagne depuis moins de deux ans, à travers sa plateforme de financement participatif Solylend, des projets ayant un impact social, sociétal ou écologique. Et s'efforce de faire bouger les lignes.

Trois années passées au sein de la société bordelaise Sunna Design en tant que chargé de développement international l'auront confronté à des problématiques fortes. Sunna conçoit et fabrique des solutions innovantes d'éclairage public solaire adaptées aux environnements climatiques contraignants, notamment pour l'Afrique. "Lors de cette expérience, j'ai pu me rendre compte de la financiarisation à l'extrême de l'économie et du fait qu'au-delà de l'électrification, les pays africains font face à des défis multiples : l'accès à l'eau, la gestion des déchets... J'ai été confronté à des mécanismes qui génèrent du cash mais qui ne sont bâtis sur rien de concret pour les habitants", relève Nicolas Pereira.

Le point de départ de Solylend repose sur ces observations. La plateforme de prêt est initialement envisagée au sein de Sunna Design afin de financer ses propres projets : trop restrictif, elle volera de ses propres ailes. Nicolas Pereira se lance alors avec l'objectif de fournir un outil aux particuliers souhaitant prêter leur argent pour soutenir des projets dits "à impact", remboursés chaque mois avec un taux d'intérêt de 3 % à 7 %.

"Pas une lubie de bobo"

Le jeune dirigeant se dit "convaincu que de plus en plus, le consommateur veut faire de ses actes un geste politique fort, ayant du sens" :

"Ça peut paraître une lubie de bobo de dire ça mais c'est pourtant une tendance de fond. L'écologie devient la principale préoccupation. Du côté des grands groupes, la plupart ont eu tendance à faire porter la responsabilité sur le consommateur. Mais ils y viennent également et entament leur transformation. Pour eux, c'est peut-être juste du business pour l'instant mais leurs initiatives contribuent à sensibiliser le public. Les transitions sont longues... mais on a peu de temps."

Pour le jeune dirigeant, "il y a une prise de conscience que viennent renforcer certains événements. L'élection de Trump, ce qui vient de se passer au Brésil... renforcent les convictions que le sujet de l'écologie est important. En France, la démission de Nicolas Hulot a été très émotionnelle. Son désarroi a été un électrochoc pour une partie de la population. Tout ceci participe au déclic, au même titre que le sentiment qu'on achète notre nourriture plus cher qu'avant à cause du suremballage. »

Une plateforme ouverte à davantage de projets

En un an, Solylend contribue à lever 500.000 € au bénéfice des projets qu'elle soutient, et fédère une communauté d'un millier de personnes. Le premier pivot de la startup survient à l'occasion de l'organisation de l'Impact Summit qu'elle organise en mai 2018 à Bordeaux. Lors de cet événement fédérant des acteurs d'un entrepreneuriat dit "de solutions", Solylend cartonne. Et change de braquet :

"Nous avons alors entamé une nouvelle phase de développement. L'Afrique ne nous garantissait pas un volume de projets suffisant, et notre communauté de prêteurs nous disait qu'ils identifiaient aussi des besoins près de chez eux. Nous avons donc ajouté une brique supplémentaire en décidant d'accompagner également des projets autour de la gestion des déchets, de la transition énergétique, des modes de transports, de la conversion au bio pour les agriculteurs..."

Un premier cap a été franchi il y a quelques semaines avec un partenariat noué avec Valorem. L'entreprise (74 M€ de CA en 2017) basée à Bègles, près de Bordeaux, est un acteur de poids dans la production d'énergie renouvelable. Elle a fait appel à Solylend pour contribuer au financement d'un parc éolien à Saint-Secondin, dans la Vienne, pour un montant total de 100.000 €. Un total atteint en huit jours seulement grâce à 240 contributeurs particuliers. D'autres projets du même type devraient voir le jour prochainement.

Six mois après ce pivot, Solylend a atteint la barre du premier million d'euros prêté et touche une communauté de 2.000 prêteurs. Le chiffre d'affaires commence à décoller et une levée de fonds, pour elle-même cette fois, est en cours. Les particuliers prêtent en moyenne 600 € chacun et neuf projets ont été accompagnés.

Modèle dual

Nicolas Pereira planche également sur l'évolution du modèle économique de Solylend. Il ne lui a pas échappé qu'Unilend, pionnier français du crowdlending, s'est crashé il y a quelques jours et que les gros poissons bancaires rachètent de nombreuses fintechs. Comme la bordelaise Lumo, reprise récemment par Société générale.

"De nombreux acteurs ne font que du prêt, c'est une industrie de volume donc il y a forcément une course à la taille critique, observe Nicolas Pereira. Problème : la France sait très bien 'startupper' mais elle ne sait pas 'scaler', c'est-à-dire donner des possibilités aux startups de grandir rapidement. Pour éviter les ventes des pépites émergentes à des grands groupes qui souvent n'ont que l'envie de tuer l'innovation pour ne pas être fragilisés, il faut faciliter la création de fonds d'investissement intermédiaires bien capitalisés."

Solylend, elle, devrait explorer une stratégie duale : le cœur de métier restera le prêt mais une seconde activité devrait être créée à part et se chargerait de la communication autour des dossiers présentés sur la plateforme. Un sujet très chronophage pour les porteurs de projet et qui nécessite une véritable expertise. Cette seconde activité prendrait aussi en charge l'Impact Summit, dont la 2e édition, plus ambitieuse, est en chantier. D'ici là, Nicolas Pereira compte bien convaincre autour de lui à Maastricht : "L'entreprise de demain sera engagée car c'est ce qui est demandé par le consommateur. Il faut maintenant prouver que la rentabilité de ce type de démarche peut être au rendez-vous."

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