Nicolas Gomart (Matmut) : "Le modèle de distribution de l'assurance va changer"

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Nicolas Gomart, directeur général du groupe Matmut
Nicolas Gomart, directeur général du groupe Matmut (Crédits : Stéphane Maillard / Matmut)
Nicolas Gomart, directeur général du groupe Matmut, évoque les changements qui impactent le monde de l'assurance et des complémentaires santé. De passage à Bordeaux, il explique également pourquoi les entreprises sont au cœur de sa stratégie de développement.

Vous êtes présent à Bordeaux pour un séminaire interne dédié à votre activité professionnels et entreprises. En quoi ce segment de marché est-il stratégique pour vous ?

Il ne pèse pour le moment que 8 % de notre chiffre d'affaires mais il est néanmoins très important et est amené à croître, de façon organique mais aussi via notre rapprochement avec AG2R La Mondiale. L'entreprise devient progressivement le lieu où tout converge et donc où nos différentes offres doivent être présentes. La législation pousse cette tendance : on l'a vu avec l'Accord national interprofessionnel de janvier 2013 sur la complémentaire santé collective, on le voit avec le prélèvement de l'impôt sur le revenu à la source... S'adresser aux entreprises mais aussi aux artisans, qui ont besoin d'équipements complets, est donc stratégique pour nous.

Quel premier bilan tirez-vous de l'intégration de la mutuelle Ociane, basée à Bordeaux, au groupe Matmut ?

Il est excellent car nous avons réussi à combiner le savoir-faire d'Ociane groupe Matmut et nos capacités à offrir ce savoir-faire à d'autres territoires. L'effet d'amplification est net : Ociane groupe Matmut affiche un taux de progression de 8 % alors que le marché est plutôt stable.

La course à la taille critique est un incontournable dans vos métiers ?

Le rapprochement entre Matmut et AG2R La Mondiale va donner naissance à un nouveau groupe de 12 milliards d'euros de chiffre d'affaires, 8 milliards d'euros de fonds propres, 17.000 salariés, 500.000 entreprises clients et 17 millions d'assurés. La taille est un sujet, mais ce n'est pas un problème pour notre groupe.

Quels sont les signaux faibles que vous détectez concernant l'assurance ?

L'aspect réglementaire va bousculer nos métiers déjà très impactés. Ce sujet sera véritablement structurant pour l'avenir du secteur. La révolution numérique est aussi, bien sûr, un accélérateur de changement, notamment parce que le rapport à l'achat et à l'offre de service change chez nos clients. Renouveler constamment nos propositions sera vital, sans pour autant se transformer en société de services exclusive. Le covoiturage, la collocation... Nous devons être en phase avec ces évolutions de la société.

Le numérique induit également des effondrements rapides de marchés causés entre autres par de nouveaux entrants. L'assurance est-elle à l'abri d'un tel "game changer" ?

Le numérique est plus une opportunité qu'une menace car nous sommes sur des métiers aux cycles lents et très réglementés. Nous ne sommes pas à l'abri, mais nous sommes sereins car les barrières d'entrée existent. Il n'y a pas de brevet dans l'assurance, il faut être très bon pour arriver à développer un bon service avec un modèle économique rentable sur des marchés où les marques sont très ancrées et où la confiance de l'assuré est essentielle. Les startups de l'asssurtech qui seront gagnantes seront celles qui noueront des partenariats avec des groupes existants, plutôt que de nouveaux assureurs créés de toutes pièces qui ne s'appuieront pas sur des marques très fortes donc rassurantes. On voit que les comparateurs n'ont pas décollé en France. Les Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon, NDLR) sont, elles, des marques fortes et ont l'avantage d'avoir avec elles la puissance de la donnée, mais il n'est pas dit que les assurés aient envie qu'elles arrivent dans les métiers de l'assurance et de la protection. L'éthique, la solidarité, la bienveillance, sont des notions qui résonnent bien dans l'esprit des gens. Notre actif n°1 est intangible mais il est primordial, c'est la confiance. On reste donc très vigilant mais on refuse de sombrer dans la sinistrose et on bouge beaucoup. Je pense également que le système du tout Etat aura ses limites et qu'un espace assurantiel va se créer en dehors, car tous les besoins ne pourront pas être couverts par la réglementation. Ce seront de nouvelles opportunités.

Les chiffres de l'étude commandée par La French Tech relative aux collaborations entre grands groupes et startups sont mauvais. Quel est votre positionnement sur le sujet ?

Nous avons créé une structure, Matmut Innovation, qui a pour l'heure investi dans 12 sociétés où nous sommes minoritaires au capital. C'est un sujet qui est délicat à gérer car les cycles des grands groupes et ceux des startups ne sont pas du tout les mêmes, mais nous allons plus loin que les POC (proofs of concept, NDLR) pour nouer de véritables partenariats améliorant nos offres, comme nous l'avons fait avec Lendix, ou Metacoaching pour la santé de nos clients.

Certaines frontières de la propriété tendent à être gommées, même timidement. On le voit par exemple avec la mobilité et les voitures partagées, avec les locations longue durée... Comment ce sujet va-t-il impacter l'assurance des biens ?

Nous devons trouver de nouveaux schémas. Il est donc possible que nos agences proposent de la location longue durée par exemple, via des partenaires. Inversement, ces entreprises auront à assurer leurs flottes. Nous avons donc tout intérêt à tisser des liens solides ensemble, avec les acteurs du partage.

Justement, les acteurs français de l'économie du partage sont freinés dans leurs ambitions internationales par l'absence d'assureur de taille européenne. Yescapa en a témoigné récemment...

Il n'y a effectivement pas d'Europe en matière d'assurance. Les réglementations et mêmes les fonctionnements des marchés européens sont tellement différents que je ne vois pas un seul acteur réussir à acquérir une dimension européenne. Nous offrons déjà des solutions à nos sociétaires : cela passe par la proposition de services de confrères présents dans le pays de destination. Nous assurances, nous nous sommes construits sur un modèle de distribution directe de nos services. Cela va changer. Je pense que la tendance ira également vers des intermédiaires, avec des partenariats de gré à gré conclus avec les banques, voire les distributeurs de biens et de services.

Sur un tout autre sujet, le grand stade de Bordeaux portera le nom de Matmut Atlantique jusqu'en 2025 par le biais d'un contrat de naming signé en 2015. Quel regard portez-vous sur la reprise en cours des Girondins de Bordeaux, qui y évoluent, par trois fonds américains ?

L'essentiel à mes yeux est que le club marche bien. Comme pour la Métropole, il y a un intérêt convergent pour que le stade soit exploité au mieux. Nous avons été informés, mais pas sollicités, sur la reprise du club, et c'est très bien comme ça. Je n'oublie pas non plus que le Matmut Atlantique accueille aussi des concerts, des matches de rugby. Nous sommes ravis de ce partenariat qui nous assure une visibilité forte.

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