Wanted : communauté virtuelle, impact réel

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Le premier Wanted Café vient d'ouvrir ses portes à Bordeaux
Le premier Wanted Café vient d'ouvrir ses portes à Bordeaux (Crédits : Wanted Community)
Elle n'en finit plus de grossir : première communauté d'entraide sur Facebook en France, Wanted Community devrait passer la barre du million de membres d'ici la fin de l'année. Ses trois fondateurs bordelais en sont convaincus : "On n'est qu'au début de l'histoire." Quelle forme prendra cette dernière ? Difficile à dire tant les pistes de développement sont nombreuses. L'enjeu sera de préserver l'esprit d'entraide et de conserver la dynamique actuelle tout en trouvant un modèle économique pérenne. Premier pas en avant dans cette direction : l'ouverture du premier Wanted Café à Bordeaux, ce mardi.

Tout l'été, une soixantaine de bénévoles a œuvré sans relâche. Certains ont mis la main à la pâte, d'autres moins bricoleurs ou moins disponibles ont fait livrer des repas aux courageux qui cassaient les murs, évacuaient les gravats, carrelaient... Pari gagné : ce mardi matin, le premier Wanted Café de l'histoire a officiellement ouvert ses portes au 2, rue des Douves à Bordeaux. Le lieu est définitivement cosy sans être tape-à-l'œil, bien agencé, résolument convivial avec ses grandes tables qui invitent au partage (d'expérience comme de prises électriques). Les prix sont tous doux, la vente d'alcool n'y est pas autorisée si l'assiette est vide, et la courte carte sera réalisée avec les produits du marché des Capucins. Ce dernier n'est pas loin : il suffit de traverser la rue. Aux fourneaux, on retrouvera une ancienne du Miles et du Chien de Pavlov, de très belles adresses bordelaises.

Aucun doute là-dessus, le Wanted Café va se fondre sans encombre dans le paysage du quartier populaire des Capucins. Il n'y aura ni inauguration clinquante, ni campagne de communication intensive. L'ancien magasin d'un volailler, complètement transformé pour prendre la forme d'un café capable d'accueillir jusqu'à une petite centaine de personnes avec la terrasse, la joue modeste malgré la grande communauté qui pousse derrière. Parfaitement dans l'esprit Wanted Community : aider, compléter, et ne pas s'imposer. "Ça deviendra peut-être un repaire de babos, et peut-être pas", rigole Jérémie Ballarin en faisant référence à cette frange de population associant manières de néo-hippies argentés et looks de punks à chien :

"Notre seule vraie ligne directrice, c'est de bâtir un lieu de vie. Ce n'est pas un bar, ce n'est pas un resto, c'est un endroit dont la programmation va se bâtir en collaboration avec tous ceux qui s'y intéressent. On aurait pu créer un bistrot associatif mais on a choisi de créer une véritable entreprise, sous forme de SAS."

Jérémie Ballarin, Luc Jaubert et Christian Delachet, soit les trois cofondateurs bordelais de Wanted Community, en sont à l'origine, rejoints pour cette aventure par Louis Jaubert, cousin de Luc.

"On ne s'interdit rien, par exemple reverser un pourcentage des additions à des associations ou travailler avec elles sous d'autres formes, par exemple lors de repas solidaires, toujours en complémentarité. Ce lieu doit être un lieu de vie où l'on s'arrête boire un café, bosser, manger, où l'on organise un événement...", illustre Jérémie Ballarin.

82 communautés d'entraide dans le monde

Depuis le premier groupe Wanted Bons plans créée sur Facebook par Luc Jaubert à Paris en 2011, le sujet a pris de l'épaisseur. Ce premier jalon n'était pas géolocalisé. Depuis, de nombreux autres groupes Facebook, et donc autant de communautés d'entraide entre particuliers, ont vu le jour. Celle de Paris tient le haut du pavé avec 430.000 membres, Bordeaux est 2e avec 125.000 membres. Soit 1 habitant sur 7 dans la métropole, rappelle le trio. Les Wantediens s'y échangent des bons plans, des conseils et s'entraident. Bonne humeur et bienveillance sont la règle. Les plus impliqués vont jusqu'à organiser des maraudes régulières à Paris, qui associent jusqu'à 300 personnes se mobilisant pour distribuer de la nourriture aux SDF. Régulièrement, des personnes sans emploi décrochent un job grâce à l'engagement des membres des différentes communautés sur Facebook, comme l'a prouvé l'exemple de Joaquim Sa cet été.

"A ce jour, nous sommes actifs dans 82 villes en France, dans les pays francophones et également aux Etats-Unis où l'on teste, reprend Jérémie Ballarin. Nous comptons donc 82 communautés d'entraides qui sont administrées bénévolement par des dizaines d'ambassadeurs. Au début nous assumions cette partie nous-mêmes mais c'est vite devenu trop chronophage. Si la communauté Wanted a pris autant d'ampleur, c'est parce que la modération des commentaires est hyper intensive, la publicité est totalement absente de ces groupes et parce qu'on a réussi à donner des responsabilités à des bénévoles qui nous surprennent toujours par leur implication."

A la recherche d'un modèle économique

L'envers du décor, c'est aussi que Wanted, si elle a validé son rôle dans la vie réelle, n'avait jusqu'à présent créé aucun emploi en direct. C'est désormais chose faite avec le premier Wanted Café. Les enjeux ne manquent pas pour le trio fondateur, qui a noué des liens étroits avec Facebook, notamment ses équipes américaines, et avec des élus locaux de tous bords.

"On n'est qu'au début de l'histoire, on en est persuadé. On doit maintenant chercher et trouver un modèle économique, probablement appuyé sur plusieurs axes. Ce Wanted Café à Bordeaux est un pilote, d'autres verront le jour si ça marche. Toujours dans cette optique, nous sommes parallèlement en train de développer et tester des plateformes annexes dédiées à l'emploi, au logement et à la recommandation de professionnels. Nous cherchons également le soutien de grands acteurs économiques qui sont sensibles à la démarche d'entraide dans le respect."

Jérémie Ballarin est bien conscient aussi que pour l'instant, Wanted Community est totalement dépendant de Facebook. "La data leur appartient : s'ils ferment le robinet, on perd nos 82 groupes d'entraide et on est mal, acquiesce-t-il. Mais ce n'est pas la tendance, au contraire." Le géant américain semble en effet très intéressé par l'initiative des trois "frenchies". La question de l'élargissement de l'audience va aussi se poser : la tranche d'âge des Wantediens est celle des 25 / 32 ans, mais les plus jeunes ont tendance à délaisser Facebook au profit d'autres réseaux sociaux. Les défis ne manquent donc pas.

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Commentaires
a écrit le 05/09/2018 à 18:44 :
... et le CAC est heureux de pouvoir y organiser le cocktail-réseau de son After "Affaires & Connexions" du mercredi 12 septembre : https://objectifaquitaine.latribune.fr/business/2018-09-04/wanted-communaute-virtuelle-impact-reel-789236.html
a écrit le 05/09/2018 à 12:16 :
Ça ressemble à une jolie histoire qui a commencé sur FB et des mecs qui veulent maintenant en tirer profit, on ne leur en veut pas mais ne nous vendez pas le truc solidaire, c'est complètement bancal.
Réponse de le 05/09/2018 à 19:08 :
Laissez leur faire leurs affaires et revenez dans 6 mois pour analyser plutôt que de casser un truc qui n'a pas encore eu l'occasion de prouver.

Un peu de foi en l'humanité ne ferais pas de mal de temps en temps plutôt que de voir le mal et les recherches de profits partout
Réponse de le 23/09/2018 à 12:31 :
Il ne s'agit pas de "casser" quoi que ce soit, juste expliquer les faits tels qui sont.
Le business model solidaire a été dévoilé: 2% du chiffre d'affaire sera reversé à une association ! Sachant que.. comme vous et moi, la moitié de ce qui est versé à une association est remboursé par l'état via les impôts.
Libre à chacun de se faire un avis.

Le réseau associatif bordelais ne manque pas d'opportunités si l'on veut se rendre vraiment utile.

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