Vente des Girondins de Bordeaux : la Métropole dément toute négociation sur le loyer

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Inauguration en mai 2015 du futur Matmut Atlantique, avec notamment Nicolas de Tavernost, à gauche, et Alain Juppé au centre.
Inauguration en mai 2015 du futur Matmut Atlantique, avec notamment Nicolas de Tavernost, à gauche, et Alain Juppé au centre. (Crédits : Agence Appa)
Le loyer dû par le propriétaire du Football Club des Girondins de Bordeaux aux collectivités, qui ont financé la construction du stade Matmut Atlantique, n'est pas discutable dans le cadre des négociations sur la vente du club au fonds d'investissement américain GACP, fait officieusement savoir la Métropole. (Réactualisé 27/07/2018)

Invité du Petit Déjeuner La Tribune le 30 octobre 2017, à Bordeaux, Stéphane Martin, nouveau président du Football Club des Girondins de Bordeaux (FCGB), filiale du groupe M6 présidé par Nicolas de Tavernost, avait remis à plus tard (au moins à 2020) l'option d'une revente du club. "Le football est une activité économique très atypique. Pour le moment il n'y a ni volonté, ni démarches actives pour vendre le club. Et si un jour vente il y a, ce sera uniquement pour permettre aux Girondins de franchir un palier" avait-il alors commenté en réponse à nos questions.

Depuis ces dernières années, les pertes du FCGB sont en réduction constante, elles sont ainsi passées de -10,6 M€ en 2015 à -8,9 M€ en 2016 puis -4,9 M€ l'an dernier, pour un chiffre d'affaires de 61,4 M€ en 2017. Côté cession les choses ont commencé à bouger fin mars quand le quotidien Sud Ouest, à la suite d'une information dévoilée par Challenges, a confirmé que le groupe M6 était bien en contact avec un repreneur américain intéressé par l'achat du FCGB. Ainsi est apparu sur les écrans radar le fond d'investissement floridien General American Capital Partners (GACP), basé à Miami, cofondé et dirigé par Joseph Dagrosa. Selon le magazine Challenges le groupe M6 refuserait de vendre le Football Club des Girondins de Bordeaux à moins de 70 M€, étant entendu que le repreneur devrait ensuite réinjecter quelques 80 M€ dans le club.

Le fonds d'investissement serait gêné par les 3,8 M€ de loyer

Or, selon L'Equipe, à fin mars 2018 le fonds GACP ne détenait pas plus de 10 M€. Selon une source proche du dossier citée par Challenges, GACP devait impérativement trouver des partenaires pour rassembler les fonds et déboucler l'affaire au plus tard à la mi-juin, faute de perdre en crédibilité. D'autant plus que GACP s'était précédemment intéressé à deux autres clubs français de Ligue 1, Lille et Saint-Etienne, sans plus de résultat. Alors pourquoi cette nouvelle affaire GACP devrait se conclure différemment avec le club de Bordeaux ?, interrogeait un dirigeant de club.

Toujours est-il que GACP aurait trouvé les partenaires financiers et les 70 M€ requis, accélérant l'avancée du dossier à grande vitesse jusqu'à tomber sur le sujet qui fâche : le montant du loyer annuel dû aux collectivités (mairie de Bordeaux et Bordeaux Métropole) par le propriétaire dans le cadre du contrat de partenariat public-privé par lequel a été financée (par la mairie de Bordeaux, Bordeaux Métropole, la Région Aquitaine et l'Etat) la construction du stade. C'est ainsi que, selon Sud Ouest daté du 21 juillet dernier, Bordeaux Métropole aurait constitué une cellule dans le cadre de laquelle se déroulent les négociations entre le groupe M6 et GACP, avec en ligne de mire l'épineuse question du loyer dû par le propriétaire aux collectivités et en perspective un sérieux coup de rabot sur le montant de cette participation.

 "Si c'est le cas, cela va très mal se passer"

Cette idée de raboter le loyer dû a fait bondir l'opposition écologiste au maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole, Alain Juppé.

"Nous n'avons eu aucune discussion en assemblée à ce sujet, et maintenant on apprend par la presse qu'une cellule a été constituée pour négocier le versement du loyer annuel du stade, qui s'élève à 3,8 M€ ! Si c'est le cas ça va très mal se passer parce que ces loyers font partie du PPP ! Oui, le maire peut prendre l'engagement de faire modifier le PPP, quitte à faire avaliser cette modification à la rentrée par l'assemblée : à la mairie comme à la métropole où il a la majorité" souligne à La Tribune Pierre Hurmic, chef de file de l'opposition écologiste à la mairie de Bordeaux et à Bordeaux Métropole.

Contactée par La Tribune, la Métropole dément avec vigueur l'existence de toute cellule métropolitaine impliquée dans ces négociations.

"Aucune cellule n'a été créée pour négocier sur le versement des loyers. Celui qui négocie avec GACP c'est le propriétaire du club : le groupe M6, et personne d'autre, nous ne sommes pas impliqués dans ces discussions" fait-on savoir à Bordeaux Métropole. Il n'en reste pas moins que la situation actuelle illustre selon Pierre Hurmic un défaut de conception à la base. Selon l'élu écologiste, à 42.000 places le grand stade allait bien pour l'Euro 2016 mais ne colle pas aux matchs de la Ligue 1. "Le stade n'est pas rempli, il y a autour de 20.000 spectateurs par match, c'est ça qui ne va pas !" martèle l'élu.

Le patron de GACP a frappé très fort avec Burger King

L'an dernier la moyenne de spectateurs comptabilisés par match au Matmut Atlantique était proche de 26.000, ce qui reste beaucoup plus près de 20.000 que de 42.000. Après avoir été annoncée au printemps pour la mi-juin, la conclusion de la vente du club serait désormais calée pour la fin de cette semaine. L'annonce surprise, faite ce mercredi 25 juillet, de la vente par le FCGB de son attaquant brésilien Malcom, moyennant 41 M€, au Barça, alors qu'il était annoncé encore hier après-midi à l'AS Roma, a fait l'effet d'une bombe dans ce mercato d'été. L'AS Roma estime avoir été trompée par les Girondins et menace désormais de poursuivre le club bordelais en justice. Des subtilités auxquelles Joseph Dagrosa va devoir se familiariser s'il arrive à mettre la main sur le club des Girondins.

Cofondateur et codirigeant de la société de gestion de portefeuille 1848 Capital Partners, toujours à Miami, Joseph Dagrosa a frappé un grand coup financier aux Etats-Unis avec ses associés de longue date, John J. Sicilian et David Neithardt, en restructurant puis en revendant 248 Burger King en faillite. Une opération menée en 2006 dans le cadre de la société Heartland Food Corp que les trois associés ont ensuite réussi à revendre au géant de l'investissement privé Blackstone Group. En 2017 Joseph Dagrosa a créé une demi-douzaine de nouvelles sociétés à Miami, dont trois spécialisées dans le monde du basket et au moins une dans celui du foot.

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