"Le Québec est une bonne porte d'entrée du marché nord-américain"

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Rachelle Sorin, directrice France de la Banque nationale du Canada
Rachelle Sorin, directrice France de la Banque nationale du Canada (Crédits : Mila Ta Ninga)
Des centaines de startup songent à s'exporter au Canada ou dans la province du Québec. Rachelle Sorin, directrice France de la Banque nationale du Canada, confirme cet engouement et livre quelques clés pour les entreprises qui souhaitent s'y implanter.

Rachelle Sorin était l'une des invitées de la rencontre organisée par la Banque nationale du Canada et l'accélérateur de startups Héméra il y a quelques jours à Bordeaux.

La Tribune - Vous êtes venue présenter les avantages d'une installation au Canada pour les startups technologiques françaises. Pourquoi ?

Rachelle Sorin : "La Banque nationale du Canada (BNC) est une banque privée dont le siège social est à Montréal. Nous faisons partie des six grandes banques du pays. Nous sommes reconnus comme la banque de l'entreprise, car nous en avons fait notre spécialité. Nous accompagnons les sociétés dans l'agroalimentaire, la santé, l'immobilier, le forestier, le pétrole... Nous avons depuis près de 20 ans un « groupe technologie » qui accompagne plus particulièrement les startups et toutes les sociétés technologiques. Que ce soit les développeurs de logiciels et de jeux comme Ubisoft ou tout ce qui tourne autour de l'intelligence artificielle. Facebook et Thales viennent d'installer leurs centres de recherche en intelligence artificielle à Montréal pour bénéficier de l'effervescence de la ville, considérée comme le hub de l'IA."

Que propose la BNC ?

"En ce qui concerne les nouvelles technologies, nous aidons dans les recherches de financements, nous pouvons donner des conseils sur les acteurs principaux, comment lever des fonds, mais surtout nous avons une très bonne connaissance du réseau canadien. Cette activité s'est fortement accrue après la crise financière de 2008 où nous avons reçu de plus en plus de demandes d'entreprises françaises pour un accompagnement vers le Canada. La BNC est implantée en France depuis plus de 110 ans (1907) et nous accompagnons les entreprises françaises de toutes tailles au Canada depuis lors. Notre bureau à Paris en a accompagné plus de 1.000 depuis sa création dont la moitié depuis 2009-2010. En 2017, nous avons accompagné plus spécifiquement près de 30 startups vers le Canada."

Vous venez chercher les entreprises ou ce sont les entreprises qui viennent à vous ?

"Nous sommes attractifs et nous cherchons à attirer des entreprises françaises. Au niveau du Québec, il y a un taux de chômage quasi inexistant, nous sommes entre 3,5 et 4 %. Et avec 8 millions d'habitants, le taux de natalité est faible. Le Canada cherche à attirer encore plus d'entrepreneurs pour créer des synergies, de l'emploi et développer sa croissance économique avec une immigration choisie. Et ça fonctionne très bien. On parle d'une croissance économique de 3,1% en 2017 et une perspective de plus de 2,2% pour 2018. D'un autre côté, il y a des facilités et des aides pour l'installation des entreprises françaises au Canada et au Québec."

Qu'est-ce qui attire en premier une entreprise au Canada ?

"Pour beaucoup de sociétés, le Québec est une bonne porte d'entrée vers l'Amérique du Nord. Je pense que c'est parfait pour faire ses premiers pas. C'est un bon moyen de faire ses armes en étant rassuré dans sa langue maternelle. Certaines entreprises ont peut-être peur d'aller frontalement aux États-Unis où les coûts sont parfois plus chers, alors qu'il existe des aides d'installation au Canada. Elles se disent qu'une fois qu'elles ont compris les règles du jeu, elles pourront se développer aux USA. Soit seules, soit avec un partenaire local."

Quels conseils donnez-vous aux entreprises qui voudraient s'exporter au Canada ?

"Le premier est de se faire accompagner par l'ambassade du Canada en France, la Délégation générale du Québec, Investissement Québec, Québec International ou nous, la Banque nationale du Canada... Il existe plusieurs accompagnateurs publics et privés présents en France pour répondre aux questions, orienter et aider. Que ce soit pour monter une société, se renseigner sur les charges sociales et patronales, sur la fiscalité...

Mon deuxième conseil est de se méfier de la langue. Le mode de fonctionnement dans le monde des affaires est celui des États-Unis. Ce sont des Nord-Américains qui parlent français. Par exemple au niveau de la banque, la carte de crédit est une carte qui vous est accordé pour un crédit. C'est l'argent de la banque, pas le vôtre. Ou encore, la place de l'avocat n'est pas la même qu'en France. Au Canada et au Québec, les avocats sont là en amont, pour préparer, anticiper, conseiller et accompagner la compagnie, pas uniquement lorsqu'il y a un souci. Ce qui est plus souvent le cas en France.

Mon troisième conseil est de prévoir du temps et de l'argent. Il va falloir faire des allers-retours entre la France et le Canada. Tout ne se fera pas en une mission même si les contacts sont très bons. Prévoyez aussi de l'argent parce que même si vous pouvez avoir plusieurs aides à l'installation, c'est tout de même un gros investissement financier."

Une particularité dans le monde bancaire également ?

"Oui, tout à fait. Avant de partir, il faut bien avoir en tête que les banques vous demandent un historique de banque. Pas celui que vous avez en France, mais bel et bien un historique bancaire dans le pays. C'est une condition sine qua non avant de vous accorder un prêt bancaire. Il faut bien compter une année d'historique avant de faire une demande."

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Commentaires
a écrit le 15/06/2018 à 2:07 :
Félicitations Rachelle pour ce bel article...

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