La filière de l'e-cigarette lutte pour se démarquer de l'industrie du tabac

 |   |  899  mots
La filière de la cigarette électronique représente 14.000 emplois directs ou indirects en France, selon la Fivape.
La filière de la cigarette électronique représente 14.000 emplois directs ou indirects en France, selon la Fivape. (Crédits : NEIL HALL)
Le marché de la cigarette électronique s'élèverait à 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires en France. Charly Pairaud, à l'initiative du prochain forum ouvert de la Fédération interprofessionnelle de la vape (Fivape), qui se tient à Bordeaux le 28 mai, présente les grands enjeux de cette nouvelle filière : indépendance vis-à-vis de l'industrie du tabac, risques pour la santé, savoir-faire français et croissance d'un marché innovant.

14.000 emplois en France, directs et indirects, 3 millions de vapoteurs, 2.500 boutiques spécialisées et 200 sites d'e-commerce : selon la Fivape, le marché de la cigarette électronique connaît une forte croissance. 26 % des Français avaient déjà expérimenté la cigarette électronique en 2014, soit 12 millions de personnes, contre seulement 7 % deux ans plus tôt. La France serait ainsi le deuxième marché au monde, derrière les Etats-Unis. Toujours selon la Fivape, 70 % des liquides consommés dans le pays sont produits sur le territoire, même si la quasi-totalité des cigarettes électroniques sont fabriquées en Chine.

« Les premières sociétés françaises sont nées il a cinq à dix ans. Le marché de la vape a explosé en 2012-2013 - dans le pays en crise, la filière est une nouvelle opportunité économique. En 2015, le nombre d'acteurs, trop élevé, s'est régulé. Le marché a ralenti aussi à cause d'une campagne négative. Mais en 2016, il est reparti à la hausse. 25 % de croissance l'année dernière, autant prévu cette année", rappelle Charly Pairaud, administrateur en charge des questions économiques et scientifiques à la Fivape et à l'initiative du projet "Vape in progress" qui se tient à Bordeaux lundi 28 mai (lire ci-dessous). Le professionnel tient à prendre ses distance avec les industriels du tabac d'autant qu'il assure que la cigarette électronique est une alternative réelle au tabagisme :

"Sous prétexte qu'on en fait le business, les gens nous considèrent comme l'entreprise du tabac mais nous ne sommes pas des produits du tabac ! Sur les trois millions de vapoteurs réguliers, un million a totalement arrêté de fumer, un million a réduit de moitié sa consommation de cigarettes et un million commence, arrête, recommence, n'est pas trop sûr."

« Une porte de sortie du tabagisme plutôt qu'une porte d'entrée »

L'enquête Etincel de l'Observatoire des drogues et toxicomanie conclut en effet que « l'e-cigarette semble constituer, du moins pour le moment, plutôt une solution de sortie du tabagisme qu'une 'porte d'entrée' ». Quant à l'expertise indépendante de Public health England, elle annonce que « l'e-cigarette pourrait contribuer à au moins 20.000 nouvelles personnes quittant le tabac chaque année, possiblement beaucoup plus. L'usage de la e-cigarette est associé avec l'augmentation des taux d'arrêt du tabac au cours des dernières années. »

Est-ce donc un produit sain ? La cigarette électronique est un dispositif qui permet d'inhaler les composantes du e-liquide. Selon les Décodeurs, il y a dans le liquide 85 % de propylène glycol ou de glycérine (ou les deux), jusqu'à 2 % de nicotine (<20 mg/ml), 1 à 8 % d'arômes, et 4 % d'eau. La vapeur des cigarettes électroniques ne contient pas de monoxyde de carbone (gaz asphyxiant), ni de particules fines solides (qui provoquent maladies respiratoires, cardiaques et vasculaires).

« Le propylène glycol a les mêmes propriétés que l'eau, assure Charly Pairaud, c'est ce qui humidifie le pain de mie, c'est ce qui fait la fumée des spectacles, on en met dans tout, même dans la peinture. C'est un produit neutre traité par notre système digestif, on peut en consommer beaucoup plus que ce qu'on consomme avec la e-cigarette. Quant à la nicotine, c'est comme la caféine, on sait recevoir aussi la molécule. Pour les patchs ou les chewing-gums, on n'a pas tapé sur le fait qu'il y ait de la nicotine. Les favorisants nicotiniques, qui mentent au cerveau sur le sentiment de satiété, sont interdits pour l'e-cigarette."

« Il y a un pacte faustien entre l'Etat et le tabac »

La cigarette électronique est un produit de consommation raccroché au cadre règlementaire des produits connexes aux produits du tabac, et est donc interdite dans certains lieux publics. Pour Charly Pairaud, les pouvoirs publics ne soutiennent pas suffisamment l'essor de cette nouvelle filière :

"En Angleterre, on trouve des campagnes publicitaires pour encourager les fumeurs à passer à la cigarette électronique. En France, on dit doucement que c'est 'nettement moins dangereux'.  La France est le deuxième pays de fumeurs derrière l'Albanie et la Grèce. Il y a un pacte faustien entre l'Etat et le tabac, c'est cynique : plus de gens fument, moins il y a de retraites à payer. Ils ne veulent pas bousculer trop vite la dépendance au tabac et voir l'e-cigarette accélérer ce processus. En 20 ans de prévention, on est seulement passé de 34 à 33 % de prévalence."

Des nouveaux métiers

La filière de l'e-cigarette c'est aussi un panel de nouveaux métiers. Il y a les vendeurs spécialisés, les nez, les biochimistes des centres de recherche, experts des molécules aromatiques. Il y a des besoins en marketing particuliers puisqu'il faut mettre en avant le produit, sans avoir le droit de faire de la publicité. Il y a ceux qu'on appelle « les artisans modeurs », qui créent des produits de luxe, ou personnalisables.

"Certains deviennent des experts. En France, il y a une réelle expertise. Il y aurait par exemple un avenir possible dans le domaine pharmaceutique, la vape pourrait être un nouveau vecteur de principes actifs", imagine Charly Pairaud.

/////////////////////////////////////////

La Fivape organise en partenariat avec Afnor normalisation, lundi 28 mai, un forum ouvert, « Vape in Progress » dans les locaux de l'Inseec à Bordeaux, Hangar 18, de 9h30 à 17h15. Les conférences sont destinées aux acteurs économiques de la filière dont le chiffre d'affaires est estimé à un milliard d'euros en 2017. Le programme ici.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 24/05/2018 à 14:50 :
Bonjours,
Comment peux t on faire de la fumée sans monoxyde de carbone ? ???
Puisque le monoxyde de carbone est de la fumée.
Il serait justicieux pour des journalistes ou autres personnes écrivant se genre de texte de rester très précis sur les termes employés.
La vapeur est de la vapeur et la fumée reste de la fumée.
Dans les spectacles si c’était de la fumée qui sortait de la machine, je pense qu’elle serait interdite....et surtout ça n’aurais pas la même odeur.
15 min dans un fumoir à jambon ne fais pas le même effet que 15 min dans un hamman... Un tiré par les cheveux mais ça peux aider à prendre conscience de l’importance des termes utilisés.
Philippe.
Réponse de le 25/05/2018 à 14:09 :
Bonjour,

Nous avons pris en compte votre remarque. En revanche, pour la fumée ds spectacles, on utilise bien des "machines à fumée". Et le Larousse confirme les différentes acceptions du mot fumée, y compris pour désigner de la vapeur d'eau ou même de la fumée sans monoxyde de carbone.

En vous remerciant de votre attention,

Bien cordialement

La rédaction.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :