A Aérocampus, les présidents de région ciblent la réforme de l'apprentissage

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Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine, et Hervé Morin, président de la Normandie et de l'association Régions de France, ont visité le site d'Aérocampus à Latresne, mercredi 16 mai 2018.
Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine, et Hervé Morin, président de la Normandie et de l'association Régions de France, ont visité le site d'Aérocampus à Latresne, mercredi 16 mai 2018. (Crédits : PC / La Tribune Bordeaux)
Mettre en avant la formation professionnelle et l'apprentissage : c'est l'objectif conjoint d'Alain Rousset et d'Hervé Morin, les présidents des régions Nouvelle-Aquitaine et Normandie. Lors d'une visite à Aérocampus, en Gironde, les deux élus régionaux ont tiré à boulets rouges sur le projet de réforme du gouvernement. Parallèlement, Aérocampus veut jeter des ponts avec la filière nautique.

Une visite très politique. Le centriste Hervé Morin, président du Conseil régional de Normandie et de l'association Régions de France, était en Gironde, mercredi 16 mai, à l'invitation d'Alain Rousset, le patron socialiste de la région Nouvelle-Aquitaine, pour visiter Aérocampus, à Latresne. Parcourant les nombreux équipements du site de formation spécialisé dans l'aéronautique et spatiale (hébergements, salles de conférences, hangars et plateaux techniques, salle de réalité virtuelle, etc.), les deux élus locaux en ont profité pour tirer en rafales sur la réforme de la formation professionnelle et de l'apprentissage portée par le gouvernement.

Alain Rousset Hervé Morin

Hervé Morin (à gauche), Alain Rousset (à droite) et Jérôme Verschave (à côté d'Alain Rousset), le 16 mai au sein d'Aérocampus, à Latresne (crédits : PC/ La Tribune)

"Désertifier des pans entiers du territoire"

Celle-ci vise notamment à revoir à la baisse le rôle des régions dans la gestion des centres de formation des apprentis (CFA) au profits des organisations patronales et des branches professionnelles. Alors que pour Hervé Morin, il est indispensable de préserver les prérogatives centrales des régions en la matière :

"Il faut rappeler le rôle majeur des régions dans la formation professionnelle et l'apprentissage. Elles agissent au plus près du terrain et des entreprises. La collectivité régionale est l'initiateur, le pivot, le moteur d'une structure comme Aérocampus. A l'opposé, le projet du gouvernement qui sera piloté de Paris aura pour conséquence de désertifier des pans entiers du territoire, comme les quartiers difficiles et les zones rurales, qui n'auront plus de structures de formation."

L'élu centriste estime que "la logique de marché défendue par le gouvernement fonctionnera pour les grandes agglomérations, les métropoles et les filières d'excellence tandis que le reste sera délaissé car pas assez rentable. Il y aura une fracture sociale et territoriale." Une critique pleinement partagée par Alain Rousset, lui même président de l'Association des régions de France de 2004 à 2016 et farouche partisan de la décentralisation régionale. Rôdé à ce type de combat politique, il se montre, lui aussi, très offensif :

"Ce projet de réforme est doublement centralisé par l'Etat et par les branches professionnelle. Il y a un risque clair de fermetures de certains CFA et de compétition en branches professionnelles. Demain, les régions n'auront plus la possibilité d'aider les CFA les plus fragiles. Si on ferme ces centres, que va-t-il se passer à Felletin, à Ussel ou à Bazas ? Alors même que le CFA de Chasseneuil, en Charente, que nous avons rénové, a accueilli 17 % d'apprentis en plus à la dernière rentrée. Sans structures de formation, les entreprises ne viendront pas, voire partiront à leur tour."

Pas de turbulences pour Aérocampus...

Seul lot de consolation pour l'élu de Nouvelle-Aquitaine, la structure unique qu'est Aérocampus ne devrait pas pâtir de la réforme tant elle a gagné en importance au sein d'une filière d'excellence considérée comme stratégique. D'autant que depuis sa création en 2011, l'association qui pilote Aérocampus - réunissant la Région, les industriels de la filière aéronautique et spatiale, l'université, les grandes écoles et les organismes de formation - a gagné en autonomie financière. Son budget 2017 était ainsi de 10,5 M€, dont 2,5 M€ de subvention régionale. 70 % du chiffre d'affaires est réalisé dans le civil contre 30 % dans le militaire, dans le domaine de la formation initiale et continue, de l'organisation de séminaires et de prestations de conseil. A l'international, un secteur qui est en plein développement, la proportion s'inverse avec 80 % du chiffe d'affaires issu du secteur militaire.

L'an dernier, 270 élèves ont étudié à Aérocampus, dont 160 apprentis. Le campus affiche 100 % de réussite au Bac et BTS et 82 % de mentions Bien et Très bien. 280 salariés travaillent sur ce site de 26 hectares qui a accueilli 65.000 personnes en 2017 pour des formations d'au moins une journée.

... qui se positionne aux Bassins à flot

Fort de cet essor impressionnant en seulement sept ans, Aérocampus veut désormais tisser des liens avec la filière nautique et l'industrie navale autour de l'appellation "Initiative naval campus" en lien avec le Groupement d'industries des constructions et activités navales (Gican). "La crise économique de ces dernières décennies a entraîné la fermeture de nombreuses écoles et structures de formation mais aujourd'hui l'activité nautique reprend à tous les niveaux et il y a une problématique forte de formation dans cette filière. Or, il y a des passerelles évidentes entre les métiers de l'aéronautique et de l'industrie nautique", explicite Jérôme Verschave, le directeur général d'Aérocampus. Une structure jumelle, baptisée Naval campus, devrait ainsi voir le jour à Brest (Finistère) et labelliser des centres de formation sur la façade Atlantique. En Nouvelle-Aquitaine cela devrait concerner la future antenne d'Aérocampus aux Bassins à flot, à Bordeaux, qui est pressentie pour s'installer en 2019 dans les locaux du futur musée de la Mer et de la Marine du promoteur Norbert Fradin.

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