La silver économie, ni eldorado ni marché unique

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Mélissa Petit, sociologue et fondatrice de Mixing Generations
Mélissa Petit, sociologue et fondatrice de Mixing Generations (Crédits : DR)
La silver économie est un sujet protéiforme encore trop résumé à un marché unique et considéré comme un eldorado facilement atteignable. Docteur en sociologie, spécialiste des seniors et des enjeux du vieillissement, fondatrice du cabinet Mixing Generations et de la startup Lily facilite la vie, Mélissa Petit livre sa vision des économies du vieillissement à la veille de la tenue à Bordeaux de Longevity by Saps, événement dédié au sujet.

Comment le vieillissement est-il devenu un marché ? Grâce à l'allongement de l'espérance de vie, aux usages d'une génération bien précise ?

"Tout cela à la fois. Les premiers facteurs sont l'allongement de l'espérance de vie et l'arrivée de la génération des baby boomers qui impulsent de nouveaux modes de vie. Autre facteur, la création de la filière silver économie en 2013 par Michèle Delaunay (alors ministre déléguée chargé des Personnes âgées et de l'autonomie, NDLR) qui a contribué à sa structuration et a permis de mieux identifier le sujet."

On accole aussi à la silver économie la réputation d'être un marché où l'offre de produits et services est pléthorique, à travers beaucoup de startups notamment, mais où peu de choses se vendent vraiment. Pourquoi ?

"Les débouchés existent mais trop d'entreprises sont encore focalisées sur leur idée de départ, sur leur produit ou leur service, et ne pensent pas assez à leurs clients. Penser uniquement par le produit, ce n'est plus possible aujourd'hui. Qui est précisément ma cible et comment je vais l'atteindre, quels sont les bons modes de distribution, ce sont des questions qu'il faut absolument se poser. Lever les premiers fonds se fait de plus en plus facilement maintenant, quelques slides suffisent presque. Mais pour aller plus loin, il importe de s'interroger sur la cible, mener avec elle des entretiens récurrents pour s'assurer de l'utilité réelle et non fantasmée du produit ou du service, définir le bon prix... Le dirigeant doit aussi être capable de s'extraire de ses problématiques personnelles et familiales, qui sont souvent le point de départ de toute idée dans la silver économie, pour voir plus large."

Est-il encore possible de vendre quelque chose étiqueté "silver économie" ?

"Clairement, non. Je prends toujours l'exemple de ma mère : elle veut la dernière tablette Apple et certainement pas un téléphone pensé pour son âge. Cette génération a envie de dédramatiser les choses et cherche du dynamisme, pas à être enfermé dans un label « silver économie ». Ce dernier était une étape nécessaire pour lancer le marché, il faut maintenant passer à la suivante."

Parler du bien-vivre plus que du bien-vieillir

Doit-on d'ailleurs parler d'un ou de plusieurs marchés de la silver économie ?

"C'est tout le problème : on ne s'adresse pas à un groupe de population unitaire. Une des façons de voir les choses est de se baser sur l'âge : les baby boomers, très actifs, les personnages âgées en situation de dépendance, et l'entre-deux. Ce qui recouvre au final une grande variété et donc plusieurs marchés. Jusqu'à présent, on a sans doute, et c'est normal, trop ciblé la question la plus évidente, des besoins autour des soins et de la santé des plus âgés. Il est temps de parler du bien-vivre plus que du bien-vieillir, et aussi de se rendre compte que les marchés sont aussi très différents selon les territoires, qu'ils soient urbains, ruraux... De même, on parle beaucoup des sujets de prévention mais pas assez de la tranche 40 / 50 ans, de leurs attentes en matière de consommation... On doit penser les parcours de vie dans leur globalité."

Ces marchés sont-ils si importants qu'on veut bien l'entendre ou sont-ils menacés à terme par plusieurs facteurs tels que la diminution du pouvoir d'achat des ménages les plus âgés et les difficultés à financer la retraite ?

"Si les produits et services proposés sont utiles et servent dans la vie quotidienne, oui ce sera pérenne. Regardez ce qui se passe avec les smartphones : on fait tout pour en avoir un, quel que soit son niveau de vie."

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Mélissa Petit sera présente à Longevity by Saps, 3e édition de ce rendez-vous dédié aux acteurs de la silver économie. L'événement réunira les 15 et 16 mai au Hangar 14 à Bordeaux près de 2.000 professionnels pour le congrès, le salon et la convention d'affaires. Placée sous le triple patronage du ministère du Travail, du ministère de la Cohésion des territoires et du ministère des Sports, cette 3e édition a été largement étoffée avec une capacité d'accueil triplée, des experts nationaux et internationaux, un forum de l'emploi, un showroom, un espace lab permettant de tester en direct des solutions innovantes. Longevity by Saps se déploiera également à Lyon en mars 2019 et à Nantes en novembre de la même année.

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Commentaires
a écrit le 12/06/2018 à 8:42 :
Bonjour,
Le marché a dû s'ouvrir car de familles unies où l'on s'occupait des aînés, nous en sommes arrivés à tous vivre seuls ou en couple, pensant que c'est mieux: le monde de la surconsommation nous y a bien amené...
Donc de ce fait, un autre marché a dû surgir, et vite, la population étant exponentielle, la médecine faisant tant de progrès.
Pour ma part, j'ai voulu aider non pas seulement nos aînées mais l'ensemble des laissées pour compte et celles qui désirent se libérer de la lingerie traditionnelle.
Ayant travaillé pour les plus grosses ou grandes marques mondiales de la lingerie, je peux confirmer que quasiment personne ne veut aller sur le marché de nos aînés, tout ca parce que les médias ne promeuvent que la jeunesse, la beauté. C'est un marche a risque, les clientes etant "jeunes" ne veulent pas se savoir sur le marché de leurs aînées.., ce n'est pas glamour.
Quand un artiste vieilli, on le compare à sa jeunesse, pour bien l'enfoncer..c'est cela que voient nos enfants sur le web chaque jour.
On dénigre la vieillesse, elle fait peur.
Ca commence a changer, mais trop lentement...
Alors oui, pas de promotion de l'age d'argent mais comme pour les squelettes interdites de défilé, les médias devraient commencer par arrêter de dénigrer sur la vieillesse.
On y arrivera tous.
La mission de ma lingerie est de s'assurer que l'on se sentira toujours belle et digne, même avec une perte d'autonomie, provisoire ou permanente.
Ce qui est sûr c'est que perte d'autonomie n'a pas d'âge, sauf que la majorité se situe après 60 ans..
Cordialement

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