Route des lasers : chez Argolight tous les voyants sont au verre

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La lame de verre conçue par Argolight est fabriquée, découpée et travaillée au laser et sertie sur son support à Pessac.
La lame de verre conçue par Argolight est fabriquée, découpée et travaillée au laser et sertie sur son support à Pessac. (Crédits : Argolight)
Spécialisée dans la fabrique de verre pour le contrôle qualité des microscopes à fluorescence, l'entreprise Argolight, installée à la Cité de la photonique de Pessac, surfe sur une croissance à deux chiffres depuis sa création en 2013. Une illustration concrète de la transformation de la recherche fondamentale en recherche appliquée puis en produit commercial.

Le savoir-faire d'Argolight emprunte autant au physicien qu'à l'artisan verrier. Il se retrouve dans son produit phare, l'Argoglass, dont la formule maison est soigneusement tenue secrète. Ce verre technique de haute précision permet de contrôler la fiabilité dans le temps des microscopes à fluorescence utilisés par les différentes industries des sciences de la vie : laboratoires pharmaceutiques (Sanofi, Roche, Novartis) et cosmétiques (L'Oréal), fabricants de microscopes (Zeiss, Leica, Nikon, Olympus...), instituts de recherche publics et privés et même la Nasa pour équiper la Station spatiale internationale !

Un verre fabriqué en France

"Plus de 95 % de la valeur ajoutée de nos produits est fabriquée sur place, dans nos locaux de Pessac où le verre est découpé et travaillé au laser avant d'être serti sur son support. Seul le polissage a lieu en Ile-de-France", pointe Gautier Papon, docteur en physique et président du directoire d'Argolight, dont les 11 salariés sont installés à la Cité de la photonique de la Route des lasers (lire ci-dessous).

"Le cœur de notre outil, c'est une lame de verre test avec des motifs nanométriques colorés en 2D et en 3D qui sont très stables dans le temps et extrêmement précis pour contrôler l'optique des microscopes", détaille Gautier Papon, qui a co-fondé Argolight fin 2012 avec un autre docteur en physique de l'Université de Bordeaux, Arnaud Royon. Les motifs ne sont pas gravés dans le verre mais "inscrits en réorganisant les atomes de la matière par une chimie induite au laser", précise le dirigeant.

Argolight

Le verre conçu par Argolight est serti sur une lame pour tester les différentes qualités du microscope telles que la précision et la colorimétrie (Crédits : Argolight)

S'ajoute à cette lame de verre une solution logicielle pour récupérer et analyser les images. "Nous proposons un outil de contrôle qualité plus rapide, plus automatisé et plus fiable qu'une intervention humaine. Et nous sommes les meilleurs s'agissant de la stabilité dans le temps de notre outil qui peut durer une dizaine d'années et est garanti trois ans", assure Gautier Papon.

+884 % de chiffre d'affaires en 4 ans

Ces lames de verre nécessitent environ trois mois de production et se vendent entre 6.000 et 15.000 € pièce mais certains produits très spécifiques peuvent monter jusqu'à 35.000 €. En en produisant moins d'une centaine par an, Argolight s'est déjà assurée une croissance spectaculaire depuis sa création : +884 % de chiffre d'affaires en 4 ans pour dépasser 430.000 € l'an dernier.

Après quatre exercices à l'excédent brut d'exploitation (EBE) négatif de 2013 à 2016 "liés à un très gros investissement matériel en fonds propre dès le début de l'entreprise et un fort investissement en recherche et développement (R&D)", Argolight a dégagé un EBE positif en 2017 de 12.640 €. Assise sur une activité rentable malgré les gros investissements consentis, l'entreprise ne se fixe pas officiellement d'objectif précis si ce n'est une croissance d'au moins 50 % de son chiffre d'affaires cette année. "Cette croissance annuelle relative et récurrente est vraiment ce qui conduit notre stratégie aujourd'hui et qui nous force à avoir une vision de long terme sur la R&D", commente le dirigeant bordelais.

Alors qu'Argolight a élargi sa présence en contractant avec des distributeurs, la décision a également été prise de créer un poste en interne dédié au marketing et à la relation client, comme l'explique Gautier Papon :

"Nos distributeurs nous apportent une force de vente plus grande dans le monde entier mais, dans le même temps, on perd le contact avec nos clients qui est essentiel à nos yeux pour coller à leurs besoins et attentes. Nous commercialisons une innovation de rupture et nous devons donc absolument savoir ce que les clients veulent mais aussi ce qu'ils comprennent de notre offre. C'est indispensable pour orienter notre R&D et conserver un avantage sur la concurrence."

Environ 80 % de l'activité d'Argolight est réalisée à l'export dans une quinzaine de pays développés dont le marché homogène est dominé par une poignée de grands groupes internationaux. 5.000 microscopes à fluorescences sont vendus dans le monde chaque année, offrant à l'entreprise de Pessac un terrain de chasse considérable. Pour autant, pour le président du directoire d'Argolight, "le concurrent le plus dangereux c'est la non qualité, ce sont ceux qui ne font rien pour contrôler la fiabilité de leurs équipements."

Gautier Papon

De gauche à droite, Benoît Grange, adjoint au maire de Pessac, Isabelle Laporte, directrice générale de la Route des lasers, Gautier Papon, PDG d'Argolight, et Franck Raynal, maire de Pessac (Crédits : PC / La Tribune).

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La Route des lasers fait le plein

Fondée début 2006, la société d'économie mixte locale (SEML) Route des lasers est détenue à 29 % par la Région Nouvelle-Aquitaine, 29 % par Bordeaux Métropole, 7 % par le Département de la Gironde, 12 % par le Centre de l'énergie atomique (CEA), 10 % par la Caisse des dépôts et 13 % par d'autres acteurs (entreprises, banques et collectivités). Sa mission est de concevoir des bâtiments répondant au plus près des besoins et contraintes techniques des entreprises de la filière laser. Elle possède quatre sites :

  • Laseris 1 et 2, sur la commune du Barp, qui totalisent 22.000 m2 remplis à 95 % pour 35 entreprises et 350 emplois.
  • La Cité de la photonique, à Pessac, qui s'étale sur 18.500 m2 et réunit 28 entreprises pour 372 emplois. Son taux d'occupation est de 110 % en attendant l'ouverture d'un dernier bâtiment de 4.200 m2 d'ici la fin du mois.
  • La SEML a acquis fin 2017 les 11 hectares de l'ancien site de Thales, à Pessac-Bersol. 12.000 m2 supplémentaires seront disponibles à l'horizon 2020 à l'issue des travaux de rénovation et de démolition-reconstruction.

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