Marché de l'emploi : faut-il un accompagnement dédié aux femmes ? (4/7)

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Le salon Profession'L qui s'est tenu à Bordeaux les 8 et 9 mars 2018 est dédié aux femmes en évolution sur le marché de l'emploi.
Le salon Profession'L qui s'est tenu à Bordeaux les 8 et 9 mars 2018 est dédié aux femmes en évolution sur le marché de l'emploi. (Crédits : Agence APPA)
Si les opérateurs publics de l'emploi refusent en général de mettre en place des actions réservées aux femmes, des associations prennent le relais pour accompagner ce public aux problématiques et aux attentes souvent spécifiques. Tour d'horizon dans l'agglomération bordelaise.

Moins médiatique que l'incubateur les Premières, le Centre d'information sur les droits des femmes et des familles de Gironde (CIDFF 33) et ses 17 salariées viennent en aide à des femmes, souvent isolées, au parcours professionnel chaotique et aux revenus plutôt précaires. Âgées de 30 à 55 ans, elles sont souvent diplômées (Bac+2) et, dans 40 % des cas, issues d'un parcours migratoire. Orientation, formation, création d'entreprise, reconversion professionnelle : le panel d'action du CIDFF 33 est très large, 100 % gratuit et vise d'abord à remédier à la perte de confiance qui caractérise beaucoup de femmes en recherche d'emploi. « Il y a un enjeu de prise de parole, d'écoute et d'échanges d'expériences pour comprendre que d'autres femmes sont dans des situations similaires. Cela permet de dédramatiser et de dépersonnaliser leur situation individuelle », juge Marie-Françoise Raybaud, la directrice de l'association.

Des visites d'entreprises réservées aux femmes

Depuis 2013, le CIDFF porte ainsi un programme spécifique à la reconversion des femmes vers les métiers masculins tels que BTP, mécanique, industrie, transport et logistique, espaces verts, déchets, etc. « Pendant quatre mois, les femmes effectuent des visites d'entreprises qui leur sont réservées, ainsi que des stages et des rencontres professionnelles. C'est un parti pris mûrement réfléchi car nous avons remarqué que lors de visites mixtes, les femmes ne s'inscrivent pas, jugeant que ça ne sert à rien puisqu'il s'agit de métiers masculins », justifie la directrice du CIDFF 33, soulignant que « cette opération vise clairement à convaincre les femmes que ces entreprises sont réellement prêtes à les recruter. » Une centaine de femmes y ont participé l'an dernier tandis qu'une centaine de projets de création d'entreprise ont été soutenus par le CIDFF... dont 20 % portés par des hommes. « Dans ce cas, on les sensibilise de la même manière que les femmes sur les questions du partage du temps professionnel et personnel et des responsabilités familiales. En général, ça les fait réfléchir ! », sourit Marie-Christine Bustin, coordinatrice et conseillère emploi au sein de l'association.

Perte de confiance professionnelle, manque d'ambition financière, biais éducatifs, culturels et familiaux : autant de problématiques féminines bien identifiées par Anne-Cécile Banos, la responsable de l'antenne bordelaise de Force Femmes. Cette association, installée aux Chartrons, cible l'accompagnement des femmes de plus de 45 ans et inscrites à Pôle emploi depuis moins de deux ans. « Nous proposons des formations gratuites avec un objectif de soutien moral, de retour à l'emploi et de création d'entreprises. Le tout dans une logique poussée de mise en autonomie, c'est-à-dire qu'on ne fait rien à leur place », expose la responsable locale. 140 femmes ont ainsi été accompagnées l'an dernier à Bordeaux. « La reconversion professionnelle est très présente à cet âge-là qui coïncide souvent avec la fin d'une séquence de vie professionnelle, maritale ou familiale », poursuit Anne-Cécile Banos. Environ un tiers des participantes souhaite en effet changer de secteur d'activité, notamment par le biais de la création d'entreprise individuelle : les consultations à Force Femmes sur ce sujet ont bondi de 115 % à Bordeaux l'an dernier !

Une étape nécessaire

Malgré son statut public, la ville de Talence, où 62 % des demandeurs des emplois sont des femmes, a fait le choix politique de lancer une initiative expérimentale dédiée aux femmes avec le Plan local pour l'insertion et l'emploi (PLIE) Portes-du-Sud (Talence  /Villenave-d'Ornon / Gradignan). Depuis le mois de février, dix femmes très éloignées du marché de l'emploi sont suivies pendant dix semaines. « Elles sont au chômage depuis plus d'un an, souvent beaucoup plus, avec un niveau de formation inférieur au Bac dans 80 % des cas et beaucoup de femmes monoparentales. L'idée est de les amener à exprimer leurs compétences, leur parcours et leurs velléités professionnelles », éclaire Frédéric Saunier, le directeur du PLIE. Au programme : des enquêtes métiers réalisées en binôme, des prises de parole en public et des formations. « Il y a un enjeu de valorisation personnelle et professionnelle, de reprise de confiance en donnant du sens et de nouveaux horizons professionnels, y compris sur des métiers a priori masculin », témoigne Françoise Issartier, la directrice du service municipal de l'emploi de Talence.

Si ces structures ont leur légitimité et leur utilité, elles doivent cependant, comme les réseaux professionnels féminins, s'envisager comme une étape et « rester un sas vers le monde économique réel qui est mixte », remarque Sophie Garin, dirigeante d'une entreprise de manutention dans le Sud Gironde et élue à la Chambre de commerce et d'industrie. « D'autant que le genre n'est pas toujours le marqueur principal, ni la clef de lecture pertinente d'un parcours professionnel », ajoute Gérald Maury, le directeur du Centre interprofessionnel du bilan de compétence de Gironde (CIBC 33).

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Cet article est le 4e d'une série de 7 déjà parus dans le dossier dédié à l'emploi des femmes dans la métropole bordelaise, en kiosque le 23 mars dernier. Le site de La Tribune les publiera au fil des prochains jours.

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