Cartoon Movie : "L'Europe doit convaincre ses jeunes talents de ne pas céder au rêve américain"

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Marc Vandeweyer est le DG de Cartoon Movie qui réunit entre 800 et 900 professionnels de l'animation de 41 pays à Bordeaux du 7 au 9 mars 2018.
Marc Vandeweyer est le DG de Cartoon Movie qui réunit entre 800 et 900 professionnels de l'animation de 41 pays à Bordeaux du 7 au 9 mars 2018. (Crédits : Cartoon Movie)
Alors que les productions françaises et européennes rivalisent désormais avec leurs concurrentes américaines et japonaises, Marc Vandeweyer alerte sur la fuite des compétences constatée dans la filière animation (séries TV, longs métrages, jeux vidéo). Le directeur général de Cartoon Movie, événement qui réunit plus de 800 professionnels à Bordeaux du 7 au 9 mars 2018, espère par ailleurs nouer "un partenariat de long terme" avec l'écosystème local.

Quel est l'objectif du salon professionnel Cartoon Movie ?

"L'association qui porte Cartoon Movie a été créée en 1988. A l'époque, rien n'existait en termes d'animation au niveau européen. Les séries TV étaient des productions purement nationales et les longs-métrages étaient rares. Il a fallu tisser les liens entre les acteurs pour lancer la machine des productions transnationales et créer un vrai marché européen. Aujourd'hui, les coproductions européennes dans l'animation sont devenues très nombreuses et les résultats suivent. Une récente étude de l'Observatoire européen de l'audiovisuel vient de montrer que les films coproduits au niveau européen génèrent trois fois plus d'entrées que le films nationaux européens et sont diffusés dans deux fois plus de pays !

Aujourd'hui, Cartoon Movie rassemble entre 800 et 900 professionnels de 41 pays. C'est un évènement BtoB qui permet la rencontre entre les équipes des créateurs et des producteurs et celles des distributeurs et financeurs. Cela a un effet accélérateur sur la quantité et la qualité des productions françaises et européennes ainsi que sur leur valeur à l'export. Il y a une émulation très positive."

Où se situe l'Europe sur la carte mondiale de l'animation en 2018 ?

"Désormais les productions d'animation européennes - séries comme longs-métrages - sont de haut niveau et rivalisent complètement avec leurs concurrentes américaines et japonaises sauf, il est vrai, avec Pixar, d'un côté, et le studio Ghibli, de l'autre, qui restent encore un cran au-dessus même si ce n'est plus systématique."

Quels sont les atouts européens face aux grosses productions américaines ?

"Les séries et long-métrages européens font preuve de plus d'audace dans le contenu et de plus d'originalité et de prise de risque sur l'aspect technique. C'est une force face à des productions américaines très formatées et attendues. Mais il reste encore à déformater le grand public et le convaincre de la grande qualité des œuvres européennes. Sur ce point, il y a un enjeu financier très important pour rivaliser avec la force de frappe marketing des blockbusters américains qui reste inégalable pour l'instant. C'est une machine qui écrase tout mais il faut résister et se démarquer auprès du grand public. Le bouche-à-oreille ne fonctionne plus aussi bien qu'avant et il faut donc des moyens budgétaires."

Comment se situe la France au sein du marché européen de l'animation ?

"Il y a un historique très fort de l'animation en France qui fait partie depuis longtemps du top 4 sur les séries TV avec les Etats-Unis, le Japon et le Canada. Sur le long métrage, l'essor est réel mais plus récent. Aujourd'hui, la France pèse plus d'un tiers du marché européen et s'appuie sur des savoir-faire, des écoles et des formations de haut niveau."

Quel est le risque de voir ces compétences partir à l'étranger ?

"Il est réel et important. On parle de chasse aux talents. Aujourd'hui, un jeune qui sort d'une école d'animation, il va au festival de Cannes pour essayer de se faire repérer par une major américaine, d'être recruté et de vivre le rêve américain ! Pour limiter cet effet, on a créé en 2015 le Cartoon springboard [tremplin] qui permet à des jeunes sortis d'école depuis moins de cinq ans de venir présenter leur propre projet à des producteurs et distributeurs européens.

L'Europe doit convaincre ses jeunes talents de ne pas céder aux sirènes du rêve américain. Aux Etats-Unis, ils ne seront qu'exécutants alors qu'en Europe, avec le tissu de producteurs et de diffuseurs indépendants, ils pourront être maîtres de leur destin et de leur projet, ce qui n'arrivera jamais aux Etats-Unis, jamais ! Le parcours européen de création de projet est plus difficile, il faut être honnête, mais il est aussi plus riche et épanouissant. D'un côté les jeunes talents doivent être motivés et oser se lancer et, de l'autre, les financeurs et producteurs européens doivent être au rendez-vous. Le prochain tremplin aura lieu à Valenciennes (Nord) du 4 au 6 décembre 2018."

C'est la deuxième édition de Cartoon Movie qui se tient à Bordeaux. Envisagez-vous une relation dans la durée ?

"Oui, si j'en crois les récents échanges avec Bordeaux Métropole et la Région Nouvelle-Aquitaine, ce sera un choix de long terme. Il y a une vraie complémentarité entre Cartoon Movie et la politique locale très volontariste pour soutenir et défendre les industries créatives et numériques. La création de la grande région Nouvelle-Aquitaine, qui est la 2e région de l'animation après l'Ile-de-France, a été un déclencheur en permettant d'asseoir le binôme entre Bordeaux et le pôle image Magelis d'Angoulême. J'ai le sentiment que Cartoon Movie a trouvé sa place naturelle au sein de cet écosystème très fort. Le studio Solidanim vient de s'installer à Bordeaux et d'autres suivront prochainement."

Le jeu vidéo est aussi un secteur qui a le vent en poupe à Bordeaux. Est-ce une opportunité pour le monde de l'animation ?

"Les passerelles entre ces deux secteurs sont naturelles et évidentes... mais beaucoup moins faciles à construire que je ne l'espérais. Les grandes structures et grands studios réalisent tout en interne, que ce soit pour un film ou un jeu vidéo. Or, les professionnels qui viennent à Cartoon Movie sont plutôt des indépendants. Ce n'est pas évident de faire se rencontrer ces deux profils. Mais ce sont deux univers qui commencent à travailler ensemble et les perspectives sont très prometteuses."

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Commentaires
a écrit le 08/03/2018 à 18:45 :
L'Europe est un repoussoir abjecte pour les jeunes, dumping fiscal, dumping sociale, inaudible sur le plan internationale elle voit l'extrême droite revenir un peu partout.

Pourquoi leur voulez vous tant de mal aux jeunes de rester avec Mike le poulet sans tête ?

C'est loin d'être fun tout ça hein et le pire c'est que ça ne le veut pas être fun, ça veut continuer de diriger pour des rentiers.

Non les jeunes ont hélas, mille fois hélas, raison, soit il faut rester pour lutter contre l'extrême droite qui revient et ses thuriféraires néolibéraux, soit il faut partir et les états unis en ce qui concerne la réussite économique, ben il n'y a pas photo hein.

Et vous ? Vous préfèrerez pour la prochaine course une mule ou un étalon ?

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