Les universités de Nouvelle-Aquitaine préparent leur data center régional unique pour 2020

 |   |  1096  mots
Laurent Bordes est vice-président délégué au numérique de l'Université de Pau et des pays de l'Adour (UPPA) et de la Communauté d'universités et d'établissements (Comue) de Nouvelle-Aquitaine.
Laurent Bordes est vice-président délégué au numérique de l'Université de Pau et des pays de l'Adour (UPPA) et de la Communauté d'universités et d'établissements (Comue) de Nouvelle-Aquitaine. (Crédits : UPPA)
Créer un centre de stockage de données unique et mutualisé entre tous les établissements d'enseignement supérieur et de recherche de la région à l'horizon 2020/2021 : c'est le projet porté par Laurent Bordes, le vice-président délégué au numérique de la Communauté d'universités et d'établissements (Comue) d'Aquitaine. "Si on ne met pas en place rapidement ce type d'infrastructure moderne et sécurisée, on développera une fragilité potentiellement critique dans le contexte actuel de concurrence internationale !", prévient-il dans un entretien à La Tribune Bordeaux.

Laurent Bordes, professeur de mathématiques à l'Université de Pau et des pays de l'Adour (UPPA) est également le vice-président délégué au numérique de l'UPPA et de la Communauté d'universités et d'établissements (Comue) d'Aquitaine.

Comment les universités de Nouvelle-Aquitaine sont-elles organisées actuellement pour stocker leurs données numériques ?

Laurent Bordes : "Aujourd'hui, chaque université a son propre système de stockage et il y a même des situations où chaque laboratoire a son propre data center (centre de stockage de données, NDLR) au sein d'une même université. Cette situation pose des difficultés en termes de sécurité, de maîtrise et d'accès aux données et de coûts de fonctionnement puisque ces infrastructures sont très consommatrices en énergie. Aujourd'hui, le niveau de sécurité est globalement satisfaisant mais reste hétérogène en fonction des domaines. A l'échelle de l'ex-Aquitaine, nous avons répertorié 40 lieux de stockage de données disséminés sur les différents sites universitaires. Pour la seule Université paloise, nous avons 4 data centers que nous cherchons à rassembler et mutualiser."

Pourquoi la Comue d'Aquitaine et la Comue Leonard de Vinci (Poitiers et Limoges) veulent-elles aller vers un data centre unique ?

"Parce que toutes les universités et tous les établissements d'enseignement supérieur et de recherche de Nouvelle-Aquitaine ont bien compris l'intérêt de travailler ensemble sur ce sujet, au-delà des enjeux de périmètres et de regroupements. C'est une première ! Cela correspond à la fois à notre volonté de rationaliser nos infrastructures de stockage à l'échelle de la nouvelle région et à celle de l'Etat qui pousse aussi à la création de 13 data centers régionaux et de 4 data centers nationaux.

L'enjeu est extrêmement important parce que nos données et nos usages numériques augmentent de manière exponentielle. Aujourd'hui, la vidéo est utilisée dans presque tous les enseignements, les pratiques pédagogiques sont imprégnées de numérique et les laboratoires, notamment scientifiques, utilisent toujours davantage de capacités de calcul."

Mener un travail vers un data center plus moderne et industriel est donc incontournable ?

"Oui, absolument. Si on ne met pas en place rapidement ce type d'infrastructure moderne et sécurisée, on développera une fragilité potentiellement critique dans le contexte actuel de concurrence internationale universitaire et scientifique. Très concrètement, nous avons à Pau des formations de data scientists où l'on entraîne les étudiants à la gestion de gros volumes de données, le fameux big data. Si on ne suit pas au niveau de l'infrastructure et des capacités de calcul dédiées, ça remettrait clairement en cause ces travaux pratiques qui sont pourtant essentiels !

L'objectif est aussi d'aller vers davantage de sécurité en cohérence avec une volonté de garder la souveraineté sur nos données, qui peuvent être très sensibles. Il y a toute une production scientifique nationale à protéger."

Où en êtes-vous du processus de création d'un data centre régional unique ?

"L'Etat a lancé un appel à projet l'an dernier pour favoriser l'émergence d'un data center unique dans chaque région mais nous n'avons pas été retenu parce que notre projet visait d'abord à rationaliser notre parc via une phase transitoire autour de sept salles d'hébergement en Nouvelle-Aquitaine avant d'aller vers le data center unique. Cela s'explique par un prérequis indispensable qui n'est pas toujours bien compris, notamment par certains services de l'Etat : avant d'avoir un data centre unique, il faut un réseau régional qui tienne la route et permette de garantir un accès identique aux données. Aucun établissement n'acceptera de transférer ses données à 200 à 300 km si cela entraîne une perte de la qualité de services. Et c'est bien légitime. Or, pour l'instant, l'infrastructure réseau régionale est déficiente. Renater [Réseau national de télécommunications pour la technologie de l'enseignement et la recherche] n'est déployé qu'à Bordeaux, Poitiers, Limoges et Pau. Mais nous y travaillons en parallèle du projet de data center régional.

Un nouvel appel à projets doit être présenté dans les prochaines semaines pour lequel nous allons à nouveau candidater avec, cette fois, l'objectif clair de créer une infrastructure régionale unique. L'objectif est de s'accorder, d'ici le mois de juin, sur le modèle économique, le lieu, le modèle juridique et les services proposés. Ensuite il faudra compter entre deux et trois ans avant la mise en service qui devrait donc intervenir à l'horizon 2020, voire 2021."

Quels sont les critères de sélection du site qui hébergera cette nouvelle infrastructure ?

"Le futur site devra notamment être relié à une infrastructure routière ; être connecté au très haut-débit ; proposer des conditions satisfaisantes de protection et de sécurité ; avoir du foncier disponible pour des extensions et ne pas être situé en zone sismique. Dans mon esprit, une localisation à Bordeaux ne serait pas absurde en tant que centre de gravité de la région Nouvelle-Aquitaine. Je considère que Pau n'a pas vocation à accueillir cet équipement mais Poitiers et Limoges sont aussi des candidats potentiels.

En ce qui concerne le coût, il dépendra largement des services retenus donc il n'est pas encore connu mais il nécessitera très probablement un tour de table financier au-delà des seules acteurs de l'enseignement supérieur, notamment du côté de la Région, de l'Etat et de l'Union européenne."

L'exploitation de ce data center sera-t-elle privée ou publique ?

"Tout n'est pas encore arbitré mais l'idée de ce projet est bien de construire une infrastructure publique qui sera la propriété des universités et établissements de Nouvelle-Aquitaine et dont l'exploitation sera assurée par leurs personnels et leurs moyens financiers. D'autant que ce futur centre régional a vocation à être utilisé par d'autres acteurs publics tels que les hôpitaux et les collectivités locales. Il y a en toile de fond un énorme potentiel de mutualisation."

///////////////////////////////////

Enquête régionale sur les conditions de vie des étudiants

La Comue d'Aquitaine, en partenariat avec la Comue Léonard de Vinci, vient de lancer jusqu'au 15 avril une enquête auprès des 120.000 étudiants de Nouvelle-Aquitaine pour scruter leurs conditions d'études, leur vie quotidienne et les difficultés qu'ils rencontrent. Chaque étudiant recevra un courriel sur sa boîte de réception étudiante pour répondre à cette vaste enquête qui porte sur 7 thématiques : études, loisirs, logement, transports, bien-être, jobs étudiants et budget.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :