CES 2018 : Numii/AIO se rêve en acteur incontournable de la santé au travail

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Constitué d'un robot capteur connecté, Numii peut mesurer en quelques secondes la morphologie et les mouvements d'une personne.
Constitué d'un robot capteur connecté, Numii peut mesurer en quelques secondes la morphologie et les mouvements d'une personne. (Crédits : AIO)
Installée à Pessac, la société AIO propose d'appliquer les techniques de capture de mouvement et de traitement de données aux questions de santé au travail dans l'industrie. Présente au CES 2018 de Las Vegas, du 9 au 12 janvier, l'entreprise y présentera Numii, son nouvel outil connecté de mesure en temps réel qui vise à limiter les troubles musculo-squelettiques en créant une base de données en open source.

La santé au travail est devenue un enjeu sociétal important alors que les entreprises françaises et européennes, et plus particulièrement les industries d'assemblage, sont confrontées à l'allongement du temps de travail, aux départs à la retraite tardifs et au vieillissement de la population ouvrière. C'est de ce constat qu'est partie la réflexion de Cyril Dané, le patron d'AIO, entreprise créée en 2007 à Léognan et installée à Pessac depuis 2015. L'objectif de son nouveau produi, baptisé Numii, est de réduire les troubles musculo-squelettiques (TMS) liés à l'activité professionnelle en générant des données à grande échelle sur les postures et les mouvements des ouvriers de l'industrie.

"Les gens sont usés et fatigués", commence Cyril Dané. "L'industrie s'en préoccupe mais n'en a pas les moyens. Il y a un ergonome pour 4.000 personnes avec un coût énorme. Ce qui est trop peu. Nous utilisons des relevés manuels qui ont entre 40 et 60 ans de pratique ! En 25 ans, j'ai visité plus de 2.000 usines dans toute l'Europe et le constat est toujours le même. Numii s'adresse donc aux 25 millions de travailleurs en France et aux travailleurs et entreprises du monde entier."

Fruit de deux ans de travail avec l'Institut national de recherche en informatique et automatique (Inria), installé dans les Yvelines, et son équipe AUCTUS, spécialisée dans le domaine de la robotique collaborative, Numii ambitionne de chambouler le monde de la santé au travail à plusieurs niveaux.

"Le développement de nouveaux outils est important pour réduire la pénibilité au travail, surtout sur les métiers très exposés dans le bâtiment et l'industrie", précise David Daney, chercheur à INRIA et responsable de l'équipe AUCTUS . "Notre partenariat avec AIO nous permet d'explorer comment, à partir de plusieurs capteurs plus économiques et au traitement des données, on peut générer de nouveaux modèles biomécaniques enrichis avec l'intelligence artificielle. Numii va permettre une observation à grande échelle qui aura un effet concret sur la santé des personnes et sur son coût pour la société. L'exploitation des données devraient aussi mieux permettre de concevoir les outils industriels de demain, notamment l'interaction homme-robot."

Selon l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, les problèmes de santé au travail ont coûté  3,3 % du PIB européen en 2016, soit 467 Md€. En France, la même année, le nombre de TMS indemnisés ont représenté environ 1 Md€ et plus de 10 millions de jours d'arrêt maladie, selon la Caisse nationale d'assurance maladie.

Comment fonctionne Numii ?

« Numii mesure, traite et collecte des données pour générer une base unique de données sur la santé au travail », affirme Cyril Dané. Physiquement Numii ressemble à une tête de robot fixée à un pied d'appareil photo et connectée à une tablette. En quelques secondes, il mesure l'ossature de la personne qui se trouve devant son capteur. Il est aussi capable de mesurer les efforts des travailleurs, qu'ils soient en mouvement, statiques ou encore répétitifs. Le rendu est visible en temps réel.

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Composé d'un ordinateur, d'une carte infrarouge et de capteurs, Numii détermine le poids de chaque partie du corps et repère les angles articulaires et les centres de gravité « qui permettent de savoir si vous avez un poids dans la main ». La surface couverte est de 5m2 mais plusieurs Numii peuvent être connectés pour prendre des mesures sur des espaces plus larges.

"On va pouvoir comprendre exactement comment les gens travaillent, comparer et améliorer leurs mouvements ou au contraire les cumuler pour identifier les gestes les moins blessants. Et pourquoi pas y ajouter de la co-botique [robotique collaborative] pour mieux les aider. Il s'agit aussi de créer de nouveaux usages", promet Cyril Dané

Des possibilités d'une grande utilité, si l'on en croit Jean-Marc Salotti, professeur des universités à Bordeaux INP et spécialiste des facteurs humains :

"Par exemple, lors d'un mouvement, le cou accompagne les rotations de l'épaule et contribue à stabiliser la posture des membres supérieurs. L'épaule oriente le mouvement dans l'espace, le coude règle la longueur d'atteinte et le poignet et la main assurent la finalité du mouvement. Nos résultats contribuent au développement du modèle d'intelligence artificielle de Numii."

Les captations peuvent durer une minute ou toute une journée. Elles prennent en compte notamment la température et le bruit environnant.

Quels avantages pour l'industrie et le BTP ?

Les clients visés par Numii sont des entreprises dotées de démarches RSE (responsabilité sociétale des entreprises). "Les acteurs du BTP ou de l'industrie ont tout intérêt à montrer qu'ils mènent des actions vertueuses en termes de santé", souligne Cyril Dané, qui précise que toutes les données collectées par Numii restent la propriété des entreprises clientes.

"Numii permet un suivi individuel en temps réel dans votre vie d'entreprise. Si vous avez été suivis pendant 6 mois et que vous développez tel type de TMS, nous pourrons nous référer à vos conditions de travail en fonction de votre corps. L'objectif est de pouvoir faire des choix pertinents pour modifier le poste ou la méthode de travail."

Le cloud pour mieux répertorier l'apparition de maladies

Toutes les données collectées sont consignées et anonymisées dans un cloud pour permettre à la recherche de mener des retours sur expérience. L'objectif de Numii est donc in fine de devenir une norme pour toutes les situations similaires permettant aux entreprises de faire les bons choix d'investissements pour préserver la santé de leurs salariés. « Nous cherchons à construire des outils de comparaison. La logique de Numii, c'est mesurer pour progresser ». Au total, les équipes d'AIO espèrent récolter plus d'un million de mesures d'ici la fin de l'année 2018.

"Nous voulons mettre ces données en open source. Notre démarche est entrepreneuriale avec la commercialisation des captations, mais également humaniste avec l'ouverture des données gratuitement à tous les experts de la santé.", assure Cyril Dané. "Ainsi, on pourra, par exemple, analyser les gestes des aides-soignants lorsqu'ils portent un malade ou des livreurs quand ils portent des colis."

Les hôpitaux, les CHSCT (comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail) ou encore les ergonomes auront la possibilité de travailler sur des expertises qualitatives. Avec Numii, Cyril Dané compte bien se positionner comme un « mesureur incontournable de la santé au travail ».

Le CES, une vitrine internationale

Et Cyril Dané, compte bien faire mouche auprès des investisseurs et entreprises du monde entier lors du CES de Las Vegas aux côtés de 39 autres pousses de Nouvelle-Aquitaine au sein d'une délégation unique fédérée autour de la Région. :

"On vient chercher de la visibilité et de la notoriété, pour cet enjeu de santé publique. On veut montrer au monde entier qu'on a créé une base de données sur l'humain et qu'il faut qu'elle profite à tous. Aujourd'hui avec les GAFA [Google, Amazon, Facebook et Apple], nous avons des millions de données sur nos déplacements, goûts et besoins. Il y en a sur la santé mais elles sont tournées vers les loisirs. Il y a donc une place à prendre. Pour le moment, nous travaillons avec l'automobile, qui est l'industrie la plus mature. Demain, ce sera sur l'ensemble des métiers."

Numii est mis à disposition gratuitement dans les entreprises qui en font la demande mais une caution de 3.000 € est demandée. Ensuite, Numii sera tout d'abord commercialisé sous forme d'abonnement mensuel, à hauteur de 25 à 30 euros par capture. AOI s'appuiera sur ces rentrées financières pour fabriquer d'autres Numii à la demande. La mise sur le marché devrait démarrer d'ici à la fin du premier semestre 2018.

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