Denis Jacquet : "S'adapter à l'ubérisation sans céder à tout"

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(Crédits : DR)
Président et cofondateur de l'Observatoire de l'ubérisation, Denis Jacquet livre son regard sur ce phénomène qui affecte l'économie française. Il dresse des pistes pour aller vers "un capitalisme apaisé" redistribuant mieux les richesses et plus favorable aux indépendants. Denis Jacquet sera sur la scène de Biznext à Bordeaux le 8 décembre.

Diplômé d'HEC et d'une maîtrise de Droit des affaires, Denis Jacquet est passé par Baker & Mac Kenzie avant de rapidement créer sa première société, H2I, dans l'immobilier d'entreprise alors en pleine crise. Se définissant lui-même comme "drogué de l'entrepreneuriat", il restructure en 1997 le n°1 de la formation à distance, et développe dans 8 pays Edufactory, qu'il dirige toujours. Parallèlement, il fonde "Parrainer la croissance", association qu'il préside et qui est dédiée à la croissance des PME et à leur internationalisation. En 2014, il crée avec Grégoire Leclerc, président de la Fédération des autoentrepreneurs, l'Observatoire de l'ubérisation, qui a vocation à réunir autour d'une même table "ubérisateurs et ubérisés". Le duo vient de publier un livre, Ubérisation : un ennemi qui vous veut du bien ?, aux Editions Dunod.

Denis Jacquet interviendra lors de Biznext, événement dédié à l'économie de demain organisé le 8 décembre à Bordeaux par La Tribune : programme et inscriptions ici.

En tant que chef d'entreprise et président de l'Observatoire de l'ubérisation, quel est votre regard sur ce phénomène ?

"Ce qui me frappe, c'est que la France est très sensible à l'ubérisation. Après les Etats-Unis, c'est même l'un des pays les plus touchés. En trois ans, des entreprises telles qu'Uber sont devenues des géants mondiaux capables d'étouffer les velléités d'acteurs nationaux. Et la France est très mal équipée pour avoir ses propres géants. Le fossé se creuse entre les politiques qui jouent l'autruche et s'entêtent dans leur aveuglement, voire parfois leur bêtise, et nos concitoyens qui ont compris que l'ubérisation est un système qu'on peut essayer moyennant certains aménagements."

Vous soulignez notamment que l'ubérisation a certains bienfaits...

"Et c'est vrai. Contrairement à ce que veulent faire croire les bobos parisiens qui parlent de paupérisation, le fait de devenir coursier, pour certains jeunes issus de l'immigration par exemple, c'est la possibilité de passer du RSA à une paie de 1.500 € qui tombe tous les mois, avec tout ce que ça implique en matière d'insertion dans la société. Excusez-les de vouloir gagner deux ou trois fois plus qu'avant. Est-ce que c'est un système parfait ? Non. Mais il mérite d'être essayé."

Que faut-il changer ?

"Notons d'abord comment sont appelées ces plateformes. Les barbares, les prédateurs... Cela montre bien comment on considère les entreprises du numérique. Au-delà de ce sujet, nous parlons d'entreprises qui n'ont plus ou presque de salariés et qui captent la valeur créée par d'autres. Ca ne peut pas durer car le côté anormal, c'est que les gens se battent à armes inégales. Ces modèles de l'ubérisation sont construits sur le contournement des lois. C'est une question fantastique à explorer : comment on s'adapte sans céder à tout ? Le coursier payé 10 € de l'heure sans couverture sociale, ce n'est pas possible.
Je ne suis pas forcément pour casser les géants. Si Google et Facebook en sont arrivés là, c'est qu'ils le méritent quelque part et je leur dis bravo. Même si Google a une volonté plus dictatoriale : si vos comportements, vos achats, votre santé... dépendent d'un seul acteur, je ne suis pas sûr qu'il s'agisse encore de démocratie. Mais si nous voulons faire émerger de nouveaux acteurs mondiaux, suivant des règles différentes, il faut investir massivement et accepter de perdre de l'argent. Les startups françaises du numérique ont levé 1,8 milliard d'euros en 2015, aux Etats-Unis c'est 52 milliards, en sachant pertinemment qu'une entreprise sur 12 réussit vraiment."

Mais comment pousser ces acteurs de l'ubérisation à changer de règles du jeu ?

"Prenons le cas des livreurs à vélo. La pénurie pointe à Paris : si vous êtes coursier, vous pouvez avoir 30 propositions par jour. Problème : ce sont des jobs mal payés, mal protégés. Au sein de l'Observatoire de l'ubérisation, nous allons proposer que les plateformes augmentent leurs prix. Pas de beaucoup : mettons 3 à 5 €, une partie allant au livreur, une partie à l'entreprise. Toutes ces plateformes perdent de l'argent. Confrontées à ceci plus à la pénurie de livreurs, nous leur disons : non seulement vous gagnerez plus d'argent mais les livreurs, qui ont le choix, viendront chez vous puisque vos conditions sont meilleures. Un acteur comme Amazon, quand il verra que tous sont partis à la concurrence, sera obligé de faire de même. Quant au client, il se dira que pour rester au chaud dans son canapé, sans avoir à se déplacer, finalement 3 € de plus ce n'est pas un drame. A l'Observatoire, nous proposons également que les indépendants deviennent actionnaires des plateformes. Nous plaidons pour une nouvelle forme de capitalisme, plus juste car redistribuant mieux les richesses, et plus apaisé."

Biznext Bordeaux, le jeudi 8 décembre à partir de 17h30 au Centre de congrès de la Cité mondiale, parvis des Chartrons, Bordeaux.

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