Pépinières : la face cachée de la planète vin

Du 18 au 20 octobre, Bordeaux accueille le congrès de la Fédération française des pépinières viticoles (FFPV). Une fédération, présidée par un Bordelais, qui entend sortir de son relatif anonymat pour rappeler la place de leader mondial qu’elle met au profit du rayonnement planétaire du vin français.

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Avec 220 millions de plants greffes en 2016, la filière française de la pépinière viticole est de loin la première au monde, et elle entend désormais le faire savoir.
Avec 220 millions de plants greffes en 2016, la filière française de la pépinière viticole est de loin la première au monde, et elle entend désormais le faire savoir.

C'est la première au monde, et elle représente, à elle seule, 40 % de l'offre européenne. Elle, c'est la profession de pépiniériste viticole français qui sera très largement représentée à Bordeaux, du 18 au 20 octobre, à l'occasion du congrès de la Fédération des pépinières viticoles (FFPV) qui regroupe 400 adhérents.
Si la filière compte 980 professionnels dans quatre métiers - l'exploitation de vignes mères de porte-greffes, l'exploitation de vignes mères de greffons, la production de plants et le négoce de plants - les adhérents de la FFPV représentent quand-même en volume la quasi-totalité de la production française qui s'élève à 220 millions de plants chaque année.
Un secteur qui représente le premier vrai maillon de la filière viticole depuis 1870 grâce à la solution trouvée par les premiers pépiniéristes, de la technique de l'hybridation par greffage des variétés françaises avec des variétés américaines. Une innovation qui a permis la création des premiers cépages de vignes capables de mettre fin à l'invasion du phylloxera qui anéantissait les vignobles de toute l'Europe.

La R&D autofinancée

"L'histoire de notre métier repose de fait sur la R&D, sur l'innovation", souligne David Amblevert, président de la Fédération française des pépiniéristes dont la société, installée à Sainte-Florence, en Gironde, produit elle-même 2 millions de plants chaque année.
"Nous sommes toujours en pointe au niveau mondial sur la recherche et le développement de nouveaux produits. L'organisme de recherche centralisé, qui associe IVF et l'INRA via la marque commune ENTAV-INRA, que nous, pépiniéristes et viticulteurs finançons à parité, dispose du plus gros budget du monde pour la recherche variétale sur vigne. Il n'y a pas beaucoup de professions qui financent ainsi la recherche de leur secteur."

Une recherche qui vise à répondre aux enjeux du changement climatique, d'une part, mais aussi à un des enjeux forts de l'aval du secteur. Un enjeu qui s'impose de plus en plus fort aux viticulteurs : la diminution des intrants.

"Pas que des simples fournisseurs !"

"Nous sommes totalement associés à la production viticole dans cet objectif de mise au point des techniques qui permettront de réduire les intrants. Notre recherche nous permet de proposer du matériel végétal qui, dans la lutte contre le mildiou par exemple, peut permettre de passer de sept traitement en moyenne à deux. Nous sommes en train d'obtenir l'agrément ministériel pour ce matériel végétal. Bordeaux sera le dernier congrès à traiter de cette thématique au futur !", assure le président de la FFPV.

"Nous ne sommes pas de simples fournisseurs. Nous sommes des partenaires de la viticulture," ajoute le président d'une profession qui s'engage parfois pour 40 ans auprès des viticulteurs.

"Nous les accompagnons tout au long de la vie du plant de vigne. Bien que le coût d'une plantation soit relativement faible comparé à l'ensemble des charges de la viticulture, les enjeux sont énormes et le marché de la pépinière est étroitement lié à celui du vin. Cette année, des acteurs majeurs de la filière, à l'image de l'ancien président du CIVB, Bernard Farges, sont directement impliqués dans notre congrès. Nous faisons tomber les barrières qui existaient encore entre nous et les producteurs des vins. Nous sommes une seule et même famille, engagée dans les mêmes combats de la qualité, de l'environnement et de l'efficacité des vignes, comme par exemple dans la lutte contre le dépérissement des vignes qui est une très grande problématique de la production viticole", poursuit David Amblevert, qui n'oublie pas qu'il est lui-même viticulteur.

13 M€ d'euros à l'export... seulement

Si elle est le plus important producteur de plants au monde, la filière n'est cependant pas une très grande exportatrice avec à peine 10 % du volume vendu hors de l'Hexagone, soit un chiffre d'affaires annuel de 13 M€ environ sur les 200 M€ réalisés annuellement par la filière de la pépinière viticole.

"Nous exportons moins que par le passé. D'abord parce que la demande française est très forte, il est déjà difficile d'y répondre tellement la dynamique des plantations et de restructuration des vignobles, sous l'influence notamment des fonds européens, est forte ces dernières années. Et puis, il fait reconnaître aussi que nous représentons une filière d'excellence, que nos prix ne sont peut-être pas les plus compétitifs par rapport aux voisins italiens principalement, ou encore espagnols. Nos exportations vont plutôt vers des vignobles prestigieux, soucieux de s'offrir nos atouts techniques et sanitaires, notre traçabilité", assure David Amblevert.

Une qualité qui permet à la production française d'être la seule à pouvoir exporter dans certains pays, comme le Canada, ou encore la Chine... même si pour le moment ces deux marchés sont en veille, afin de pouvoir satisfaire la demande hexagonale.

La pépinière 2.0 façon "usine du futur" ?

Une qualité que la production s'escrime à pousser un peu plus loin encore.

"Avec l'aide de la Région Nouvelle-Aquitaine, il y a deux ans, nous avons lancé un plan de modernisation des structures de production. Ce dispositif à cinq ans, baptisé PEPI 2020, va permettre à la profession d'évoluer encore. De moderniser sa production, de gommer une partie de la pénibilité de notre activité en automatisant certaines tâches, d'améliorer les conditions de travail et donc de gagner en compétitivité, tout en poussant encore plus loin la qualité sanitaire de notre production."

Bref, ce dispositif en cours de déploiement c'est un peu comme si la filière des pépinières viticoles tentait de greffer sur ses plants de vigne le concept d'usine du futur...

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Commentaire 1
à écrit le 03/10/2016 à 22:11
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L'hybridation a permis de mettre fin à l'invasion phylloxérique ! Mais c'est génial !

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