Vignobles : Peter Kwok, le "K" à part des investissements asiatiques

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Peter Kwok et sa fille, Karen, dans les vignes plantées en terrasses de Château Tour Saint-Christophe (Saint-Emilion Grand Cru)
Peter Kwok et sa fille, Karen, dans les vignes plantées en terrasses de Château Tour Saint-Christophe (Saint-Emilion Grand Cru) (Crédits : Appa)
Pionnier de l’investissement asiatique dans les vignobles du Bordelais, le milliardaire hongkongais d’origine vietnamienne Peter Kwok est engagé, via sa société Vignobles K, dans une démarche d’acquisition et de valorisation de vignobles. Sa stratégie est à 100.000 lieues de l’image caricaturale qu’on colle généralement aux investisseurs de son continent...

Quand un asiatique organise en Bordelais une cérémonie officielle pour l'inauguration d'un chai, l'achat d'un vignoble, une réception de travaux...  il est assez rare que tout ce que Bordeaux compte de plus grands négociants fasse le déplacement. C'est pourtant ce qui s'est passé jeudi 15 septembre, en Saint-Emilion, après que le banquier d'affaire hongkongais Peter Kwok et sa famille aient lancé une invitation pour l'inauguration des travaux réalisés à Tour Saint-Christophe. Une propriété qui est désormais le quartier général du groupe Vignobles K que les Kwok bâtissent depuis près de vingt ans en enchaînant les acquisitions dans le Saint-Emilionnais.

Si la place bordelaise était aussi bien représentée aux côtés de Peter Kwok, c'est que cet investisseur, en plus d'être un pionnier asiatique du vignoble bordelais puisqu'il a réalisé sa première acquisition en 1997 à Saint-Emilion, s'appuie sur les traditions, l'architecture, le patrimoine et les usages commerciaux locaux pour développer son affaire. En clair, pas question comme c'est souvent le cas pour les nombreux investisseurs asiatiques, principalement chinois, qui ont acquis des vignobles ces dernières années, d'expédier par conteneurs la totalité de la production en Chine. Peter Kwok passe par la place bordelaise pour commercialiser sa production à travers le monde... et à 20 % seulement en direction de la Chine "contre 80 % il y a 5 ans" souligne-t-il.
Forcément, ça a de l'écho dans le microcosme commercial. D'autant plus que Peter Kwok est ambitieux.

La genèse de son goût pour... le patrimoine français

Le Hongkongais n'oublie pas ses racines, elles sont au Vietnam et elles expliquent en partie son histoire d'amour avec le vin français.

"Il faut savoir que je viens d'un  pays où la culture française est forte. Le Vietnam a été une colonie française jusqu'en 1945 !", sourit Peter Kwok. Sa passion pour le vin viendra plus tard, après sa première acquisition de vignoble, en 1997, le château Haut Brisson, Saint-Emilion grand cru.

"Initialement, en 1995, je cherchais une maison, dans un lieu agréable, plutôt en France, à mi-chemin entre Hong-Kong et les USA où étudiaient mes enfants, pour pouvoir passer du temps avec eux pendant l'été... "

Et cette maison se transforme en château... puis en châteaux, 6 désormais (La Tour Saint Christophe, Enclos Tourmaline, Haut Brisson, La Patache, Enclos de Viaud, Le Rey) , totalisant à ce jour 60 hectares de vignes.

"J'adore la culture française, son histoire. Le vin fait partie de tout cela", lâche celui qui passe pour être un véritable sage aux yeux des 24 salariés de Vignobles K.

Une image qui semble justifiée au regard, aussi, de la nature des investissements consentis par l'homme d'affaires depuis ses premiers pas en Bordelais.

"J'ai toujours à cœur d'améliorer le potentiel de notre production. Plus les années passent et plus les acquisitions, les travaux réalisés, les recrutements de très haut niveau qui me permettent de m'appuyer sur une très bonne équipe, ont été mis au service du vin, de sa montée en gamme", souligne Peter Kwok.

Une montée en gamme de la production rendue possible par le travail de l'équipe conduite par un directeur général, Jean-Christophe Meyrou :

"Peter Kwok est capable de privilégier les terres les plus nobles, de vendre sans discuter celles qui ne participent pas de l'élévation continue de la qualité."

Une  montée en gamme qui s'accompagne aussi d'une revalorisation systématique du patrimoine architectural acquis au fil des années. La rénovation des bâtiments, toute en nuance, chic et non ostentatoire, efficace, et la réhabilitation du vignoble et des terrasses en pierres du Château Tour Saint-Christophe inaugurée hier en témoignent.

"J'ai à cœur de respecter ce qui fait l'identité du vignoble. Je tiens à rester dans la tradition, c'est elle qui nous conduira à l'amélioration permanente de nos vins."

D'autres acquisitions à venir

Une amélioration continue, qui concernera sans doute prochainement château Le Rey, dernière acquisition en côte de Castillon, sur les mêmes coteaux que ceux de Saint-Emilion, qui est à l'image de sa stratégie... en mouvement perpétuel.
 Quand on le questionne sur l'éventuelle fin de ses investissements en Saint-Emilionnais, l'homme d'affaires répond clairement :

"Nous ne sommes qu'au début de l'aventure. Plus j'en apprends sur le vin au fil des acquisitions et des travaux de l'équipe, et plus j'ai envie d'en apprendre. Les acquisitions réalisées au fil du temps sont juste dans la continuité de notre quête d'amélioration de nos productions. Autour de moi, à commencer par ma fille Karen et mon gendre, tout le monde est dans le même état d'esprit."

Karen qui maîtrise bien le français - "Je tenais beaucoup à ce qu'il en soit ainsi" souligne son papa - confirme.

"Cette passion, mon père nous l'a transmise, mais il l'a transmise aussi à la génération qui vient. Mon fils, qui a un tout petit peu plus d'un an, semble déjà vouloir goûter les raisins !"

Pour ceux qui en doutaient encore, le nom de Kwok semble à même de s'installer durablement dans le paysage viticole bordelais.

"Il a parfaitement intégré que l'agriculture c'est du long terme. Que sans terroir on ne réalise pas de grands vins", glisse Jean-Christophe Meyrou.

Saint-Emilion pour la retraite ?

La vie de Peter Kwok oscille actuellement  entre Hong-Kong, ses palaces au Tibet ou en Chine, et Saint-Emilion... où il se pourrait bien qu'il s'installe plus longuement l'âge aidant.

"Je ne suis pas encore prêt...  pour le moment", lâche-t-il dans un sourire.

En attendant Peter Kwok continue de faire ce qui lui réussit plutôt en Bordelais.
Observer, s'adapter aux us et coutumes viticoles locales, décidé sans oublier de suivre les conseils, ceux de son équipe, mais aussi ceux qui, comme Michel Rolland, participent à l'élaboration de ses vins. Une attitude qui séduit celles et ceux qui l'approchent et qui explique aussi sans doute en partie l'affluence à la cérémonie d'inauguration de Tour Saint-Christophe.

"Je connais un peu de monde en Bordelais, mais je n'ai pas le temps de nouer véritablement des amitiés. Je passe trop peu de temps à chaque fois", expliquait-il dans l'après-midi à La Tribune.

Hier soir, dans son chai flambant neuf, il ne manquait pourtant pas d'amis... Il faut bien reconnaître qu'au milieu des investisseurs asiatiques de plus en plus présents dans le vignoble bordelais, il a quelque chose de vraiment spécial, K.

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