Nicolas Gaume : "La transformation numérique est une question de survie"

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Nicolas Gaume, directeur de la division DX de Microsoft France
Nicolas Gaume, directeur de la division DX de Microsoft France (Crédits : Microsoft France)
[#Biznext] Directeur de la division DX de Microsoft France, Nicolas Gaume est en charge des partenariats avec l’écosystème entrepreneurial et de l’accompagnement des startups. Figure du web et du jeu vidéo, l’ancien patron d’Ubisoft et de Kalisto est un observateur averti de la transformation numérique de notre paysage. Il assurera la keynote de Biznext Bordeaux le 17 décembre.

Nicolas Gaume, quel est votre rôle au sein de Microsoft France, que vous avez intégré au début de l'année ?
"Je dirige la division DX, Developer eXperience, c'est-à-dire que je suis en charge des partenariats avec les éditeurs de logiciels et d'applications, et plus globalement avec tous ceux qui utilisent les technologies de pointe de Microsoft, comme Dassault par exemple. Et par extension la recherche avec notre centre de Saclay consacré au machine learning (apprentissage automatique, champ d'étude de l'intelligence artificielle, NDLR), et l'accompagnement des startups à travers les programmes de Microsoft. Je suis par ailleurs membre du comité de direction."

Beaucoup de géants s'impliquent dans le suivi des jeunes pépites. Quelles sont les spécificités de Microsoft France ?
"Déjà, il s'agit d'un axe ancien, qui remonte à plus d'une dizaine d'années. Nous avons suivi de nombreuses startups dans leur parcours, dont la plus emblématique est Criteo. Microsoft France a fait le choix de ne pas investir en capital mais de stimuler le bas de bilan. Notre programme Bizspark offre ainsi un accès gratuit à près d'un millier d'applications et produits Microsoft. Plus de 1.400 startups françaises à fort potentiel en bénéficient et peuvent ainsi se concentrer sur l'essentiel : leur projet. Notre accompagnement peut aussi passer par l'accès à l'expertise et au réseau de nos forces de vente, pour aider les jeunes pousses à accélérer leur croissance. Nous travaillons également dans le cadre de partenariats avec des accélérateurs et incubateurs, dont Technowest dans la région bordelaise, et disposons de notre propre accélérateur dans le quartier du Sentier à Paris."

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Le monde loue les compétences techniques des Français mais le nombre de jeunes pousses qui explosent est encore beaucoup trop faible. Comment l'expliquez-vous ?
"La technique, c'est un élément de succès. L'autre partie, c'est l'exécution et nous sommes sans doute pénalisés par des structures sociétales et sociales un peu plus lourdes qu'ailleurs, qui présentent par ailleurs des avantages. J'ajouterai que l'environnement n'est pas très stable. Je pense par exemple au statut de Jeune entreprise innovante, qui a été remis en cause deux fois ces dernières années, la fiscalité changeante, le crédit impôt compétitivité recherche qui est systématiquement contesté par l'administration fiscale, entraînant des contrôles lourds pour des structures de 10 ou 15 personnes... Enfin, nous avons longtemps manqué d'ambition. C'est la culture du rester petit, on cherche à adresser son marché national. Mais il faut souligner que la situation change réellement. Il y a de plus en plus de sociétés qui émergent. Je constate une véritable accélération."

Aujourd'hui, on peut devenir hôtelier sans posséder un seul hôtel, favoriser la mobilité sans posséder une flotte de véhicules. Chaque secteur craint de se faire "uberiser". Qu'est-ce que cette situation vous inspire ?
"On peut relever une certaine schizophrénie qui vient de notre impatience. Jadis on achetait un produit. Puis on a acheté un produit qui était aussi une marque, portant des valeurs précises. Puis un produit qui était aussi une marque et en même temps un service. Aujourd'hui, on cherche en plus une expérience, quelque chose de plus ciblé, de plus personnalisé, d'intime. Nous voulons tout, tout de suite et mieux, toutes générations confondues. En partant de ce constat, on peut dire que la disruption de l'économie touchera tous les pans de notre économie. Mais dans le même temps, l'opinion est attachée au petit sabotier qui exerce seul dans son atelier. Même si plus personne ne porte de sabots !"

Cette schizophrénie, est-ce qu'on ne la retrouve pas également dans l'attitude des pouvoirs publics, qui soutiennent à la fois l'émergence de startups qui se destinent à créer des ruptures tout en tentant de figer dans leur état actuel des secteurs traditionnels dont les modèles sont malmenés ? Uber versus les taxis, c'est un bon exemple...
"Il est vrai que les pouvoirs publics n'ont pas fait de choix forts. Choisir, c'est aussi s'engager et le faire sur du long terme. Une mutation d'un pan d'économie ne se fait pas d'un coup dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier.
La question de l'adaptation des entreprises est fondamentale. Il est d'ailleurs intéressant de voir que Paris est un des endroits où Uber marche le mieux dans le monde et est le plus rentable, alors qu'en Allemagne, il est quasiment devenu une simple plateforme de réservation de taxis traditionnels. Ces derniers avaient anticipé l'arrivée d'une nouvelle concurrence, travaillé sur la qualité de leur service. En France, certains comme G7 ont su s'appuyer sur le numérique pour beaucoup évoluer. La transformation numérique des entreprises n'est pas une question de compétitivité, c'est une question de survie."

Bio express.

Fils d'hôteliers d'Arcachon, petit-fils d'un promoteur immobilier du Bassin, Nicolas Gaume est bien connu des Aquitains pour avoir fondé très jeune à Bordeaux la société Kalisto Entertainment, dont il sera le PDG entre 1990 et 2002. Le studio de jeux vidéo a connu un âge d'or avec son spectaculaire crash et sa liquidation, sur fond de contentieux judiciaire (Nicolas Gaume sera exempté de faute commise par la cour d'appel de Bordeaux en 2009).
Nicolas Gaume dirige ensuite les studios parisiens d'Ubisoft Entertainement en 2003, avant de créer le département Jeux vidéos et applications au sein de Lagardère Active. En 2008, il co-fonde et dirige Mimesis Republic, société de développement de services et applications pour les réseaux sociaux. Il co-crée et préside ensuite le Syndicat national du jeu vidéo. Avant de devenir directeur de la division Developer eXperience de Microsoft France en janvier 2015, Nicolas Gaume était consultant et expert en stratégie digitale pour différents clients médias, investisseurs, entreprises, parmi lesquels Google.

Biznext Bordeaux

Biznext, 150 minutes pour décoder l'économie 4.0, le 17 décembre à partir de 18 h à la Cité mondiale de Bordeaux. Au programme : une keynote sur la transformation numérique des entreprises par Nicolas Gaume, directeur de la division DX de Microsoft France, 5 masterclass durant lesquelles le public pourra directement poser ses questions aux experts, et une remise de prix. Inscription gratuite et obligatoire.

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