Forum Climat COP21 Bordeaux : "L'économie de demain sera circulaire ou ne sera pas"

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La première session Changement climatique, quels enjeux et quelles opportunités ?, animée par Pascal Rabiller, rédacteur en chef adjoint de La Tribune - Objectif Aquitaine, rassemblait Jean-Louis Bergey (Ademe), Alex Receveau (Ceser Aquitaine), Grégoire Maës (Suez Eau France), Corinne Mailles (Telespazio).
La première session "Changement climatique, quels enjeux et quelles opportunités ?", animée par Pascal Rabiller, rédacteur en chef adjoint de La Tribune - Objectif Aquitaine, rassemblait Jean-Louis Bergey (Ademe), Alex Receveau (Ceser Aquitaine), Grégoire Maës (Suez Eau France), Corinne Mailles (Telespazio). (Crédits : Appa)
Quels enjeux et opportunités du changement climatique ? C’est sur cette question que s’est ouverte la première session du Forum Climat COP21 Bordeaux, organisé hier mardi par La Tribune - Objectif Aquitaine au stade Matmut Atlantique.

Encourager l'économie décarbonée, promouvoir l'économie circulaire qui deviendra inéluctable avec la raréfaction des ressources et la problématique des déchets, avancer vers des produits, des techniques que l'on ne connaît pas encore, mais avancer quand même : les débats menés autour de la question "Quels enjeux et opportunités du changement climatique ?" ont mis en avant le caractère inéluctable d'une mutation de l'économie.

"L'économie de demain sera circulaire ou ne sera pas", estime Alex Receveau, membre du Conseil économique, social et environnemental (Ceser) Aquitaine, spécialiste des questions du développement durable et de l'économie circulaire. Deux raisons invoquées : la raréfaction des ressources, la disparition d'une partie de la biodiversité et donc une baisse des moyens pour produire.

"Il sera nécessaire de réutiliser les ressources et de remettre une partie de ce que l'on jetait dans le circuit. Ce qui rejoint le problème des déchets et de la fiabilité de cette filière : un vrai problème politique", reconnait Alex Receveau.

Rappelant que pour lui la taxe carbone sera inévitable, il a insisté sur le nécessaire retour au bon sens, celui du partage, du prêt, etc. : "On risque de ne pas pouvoir faire autrement dans les années qui viennent."

Reste la question de l'acceptabilité sociale, illustrée par l'exemple de Monoprix qui, il y a 20 ans s'était lancé, sans succès, dans les produits en vrac :

"Aujourd'hui ça marche parce que les gens ont évolué, il faut un peu d'humanité dans tout cela, le temps aussi est important. Si l'on veut répondre aux défis, il faut s'interroger pour influer une dynamique collective."

"Extrêmement déstabilisant"

Acquiesçant à ce nécessaire retour au bon sens, Jean-Louis Bergey, directeur régional de l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), rappelle que ce changement trouve également des opportunités puisqu'il s'agira d'"imaginer d'autres produits, d'autres énergies, soit des opportunités de marché, ce qui va permettre de faire tourner la machine dans le bon sens." De nouveaux produits donc, mais aussi une autre façon de produire et de nouvelles habitudes de travail. Le directeur régional de l'Ademe citait ainsi le cas de l'entreprise laboratoire Meda Pharma, à Mérignac, unique unité de production européenne de Betadine, qui a entièrement refondu le cahier des charges imposé à son service achats. Ou encore le cas de la viticulture, avec des travaux en cours à l'Inra sur les cépages adaptés à la hausse des températures :

"C'est extrêmement déstabilisant : il va falloir avancer vers des choses que l'on ne connaît pas mais il faut avancer quand même".

C'est sur cet exemple de la viticulture qu'a rebondi Corinne Mailles, directrice générale adjointe de Telespazio, pour expliquer les applications du spatial dans l'activité économique. Applications qui restent à développer, puisque si les télécommunications sont matures (sujet utilisé à 80 % de ses capacités), l'observation de la terre reste un domaine très institutionnel (utilisé à 20 %). Sur les conséquences du changement climatique, "le spatial peut être une réponse : l'observabilité permet de savoir, de connaître, de guider. Nous pouvons être un éclaireur de route, là il ne s'agit pas de rétro-économie, mais d'innovation." Créé par Thales et Finmeccanica, la société se trouve face à un défi : démultiplier l'usage de ses capteurs.

"Pour faire décoller l'usage du spatial, on a besoin de s'ouvrir donc on a conçu notre premier Earthlab ici, en Aquitaine, sur l'Aérocampus, pour renverser le modèle traditionnel du spatial qui est déconnecté de l'usage. il faut décloisonner le monde du spatial pour le frotter au monde des utilisateurs. Le cas de la vigne en est un exemple avec un projet mené avec le cluster drones aquitain Aetos, puisque ces observations depuis le ciel permettent de mieux gérer les intrants dans les vignes selon les parcelles, et de proposer une cartographie pour aider les viticulteurs à comprendre où ils ont besoin de mettre plus ou moins d'intrants."

L'expérience menée à Buzet a permis d'économiser 20 à 30 % d'intrants. Un schéma gagnant-gagnant, rappelle Corinne Mailles.

Le défi du XXIe siècle

Un facteur déterminant, alors que Jean-Louis Bergey rappelait par exemple un peu plus tôt que l'on "risque une pénurie de phosphates d'ici 20 à 30 ans". Un exemple de raréfaction parmi d'autres des ressources. Grégoire Maës, directeur région Bordeaux Guyenne de Suez Eau France, assurait ainsi que "après la révolution digitale, nous sommes à l'aube d'une révolution de la ressource qui va nous impacter au quotidien et nous obliger à nous remettre en question", citant par exemple l'explosion démographie et l'urbanisation croissante qui font que demain, 70 % de la population vivra en ville, contre 50 % aujourd'hui. Ce qui va de fait poser un problème de ressources mais également de gestion des déchets :

"Le schéma j'extrais, je produis, je consomme, je jette, c'est fini. Il faut donc limiter les déchets : les gérer plus, les gérer mieux, les transformer en matière première secondaire."

Aujourd'hui 2,5 % de l'eau sur terre est potable :

"La ressource en France est devenue fragile, donc notre défi est de fournir une eau potable de qualité aux habitants et à l'industrie. Notre deuxième défi est de se protéger contre les problèmes climatiques de plus en plus nombreux comme les inondations. L'hygiène était le défi du XIXe siècle, le confort urbain celui du XXe, le dérèglement climatique sera celui du XXIe."

Pour Suez cela se traduit par trois grandes ambitions : atténuer les causes du dérèglement climatique par la baisse des gaz à effet de serre, s'adapter aux conséquences de ce dérèglement en proposant des solutions résilientes à ses clients, développer un modèle climato-responsable en prenant en compte le coût carbone.

En clôture de cette première session, Arnaud Desrentes a été invité à présenter l'activité de sa société, Exoès, qui propose de récupérer la chaleur des pots d'échappement des véhicules pour réduire leur consommation de carburant. Avec sa technologie, Exoès revendique une économie de 2.700 € par an et par camion, une réduction de 5 % de consommation de carburant (environ 2.500 l par an et par camion), un gain près de 6 tonnes de CO2 par an et par camion. Evoquant le scandale Wolkswagen qui va coûter plusieurs dizaines de milliards d'euros au constructeur automobile allemand, il a estimé qu'ils "auraient mieux fait d'investir dans les startups" avant d'interpeler l'auditoire :

"L'important n'est pas ce que l'on sait, mais ce que l'on fait avec ce que l'on sait : mesdames et messieurs, vous savez ce que l'on fait..."

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