Comment l’Aquitaine usine le futur

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L'exemple de l'usine Eole de Turbomeca (2010) a initié la volonté du Conseil régional d'Aquitaine d'accompagner, voire d'encourager l'industrie aquitaine à moderniser son outil de production, son organisation. Bref, à basculer vers le concept d'Usine du futur
L'exemple de l'usine Eole de Turbomeca (2010) a initié la volonté du Conseil régional d'Aquitaine d'accompagner, voire d'encourager l'industrie aquitaine à moderniser son outil de production, son organisation. Bref, à basculer vers le concept d'"Usine du futur" (Crédits : DR)
Le ministre Emmanuel Macron peut choisir la terminologie qu’il veut pour décrire son programme de redynamisation de l’industrie française. En Aquitaine, c’est sous l’appellation "Usine du futur" et sous l’impulsion du Conseil régional que plus de 100 chefs d’entreprises industrielles planchent depuis ce matin à Cestas sur l’avenir de leurs industries.

Symboliquement, il aurait été difficile de faire mieux. En choisissant les locaux du groupe Lectra, à Cestas (33), pour organiser un séminaire sur la thématique de l'Usine du futur, le Conseil régional a fait mouche.En effet, Lectra, spécialisée dans les solutions (logiciels, équipements de CFAO...) de découpe de matériaux souples (211 M€ de CA, 1.470 collaborateurs), a fait, comme Monsieur Jourdain a dit, de la prose sans le savoir. Lectra a fait de l'Usine du futur sans le savoir.

Au début des années 2000, Lectra, qui réalise 92 % de son CA à l'export, s'est posée la question de la délocalisation de sa production d'outils de découpe en Chine qui, depuis, 1983 et sa création, est localisée en Gironde, tout près de Bordeaux. A l'issue d'une mission de plusieurs mois, la décision tombe : contrairement à son principal concurrent américain, Lectra fait le choix de la production made in France. Elle repense entièrement son outil productif (160 personnes) et son positionnement sur le marché premium, renforce son site R&D lui aussi situé à Cestas (260 ingénieurs) et lui consacre 180 M€ en 10 ans, à raison d'un peu plus de 9 % de son CA par an.

Le résultat est là, aujourd'hui, les coûts de production de Lectra sont plus faibles que ceux de ses concurrents qui ont fait le choix du made in China. Son positionnement prix et la qualité de sa production lui permettent de fidéliser des clients (prêt-à-porter, luxe, cuir, ameublement, automobile, aéronautique, matériaux composites...) qui lui permettent de bénéficier de 55 % de chiffre d'affaires récurrent chaque année.

Ce succès, on peut le rapprocher de celui de Messier-Dowty à Oloron-Sainte-Marie (64), dont la nouvelle unité d'assemblage lui a permis de diviser par quatre son cycle de production. Ou encore, un peu plus tôt de celui de Turbomeca et de son usine de Bordes (64), Eole, entièrement repensée avec l'aide du Conseil régional, à partir de 2005.

Livrée en 2010, Eole a permis au leader de la turbine d'hélicoptère de multiplier par deux sa productivité, de diviser par deux ses cycles de production et, de fait, de renforcer ses positions en Aquitaine. Autant d'exemples qui ont servi de base de test au dispositif Usine du futur mis en place par le Conseil régional en 2014, dans une région qui peut se targuer d'être une pionnière dans le domaine.

"Ne pas laisser l'Usine du futur aux grands groupes seulement !"

"On peut dire que l'aventure Usine du futur est née de ce projet Eole" rappelait ce matin Alain Rousset en ouverture du séminaire consacré à un programme qui tient particulièrement à cœur du président de région.

"L'Usine du futur, c'est la réponse à la crise économique et culturelle qui est celle de l'industrie. Ce programme que nous portons aujourd'hui est une idée originelle du Gifas, groupement des industries aéronautique et spatiale. Une idée que j'ai porté auprès du président Hollande. A l'issue d'un travail de galérien, notamment auprès de l'administration fiscale, le programme est né... mais ce sont les grands groupes, qui ont récupéré l'essentiel des moyens de l'enveloppe. Ces grands groupes qui ont des moyens, la possibilité de faire de l'optimisation fiscale, ont privé les PME et ETI, qui créent véritablement des emplois, de ces moyens" ajoute Alain Rousset.

"J'ai décidé que notre région allait s'occuper de faire en sorte de ne pas laisser le bénéfice de l'Usine du futur aux grands groupes seulement. L'Aquitaine avance sur le sujet, avec ses moyens et ceux de l'Europe."

"En Aquitaine, c'est Usine du futur et pas Industries du futur !"

La région a donc, en février 2014, puis en 2015, lancé des appels à manifestation d'intérêt auprès des entreprises. Une structure d'audit et d'analyse interne à la Région a été créée. Cette structure a planché sur les projets de développement industriel qui concernait trois axes : l'outil de production, l'organisation industrielle et les ressources humaines. Elle a retenu 110 projets d'entreprises, sur 140 dossiers de candidatures déposés, à 74 % des PME et à 26 % des ETI, qui ont toutes ou presque à ce jour, bénéficié d'un pré-diagnostic financé à 100 % par la Région et réalisé par le cabinet École pop (Nantes et Mérignac).

"Je crois énormément à la lutte pour la productivité. Cela ne veut surtout pas dire lean management dont on a connu les excès parfois. Ce programme Usine du futur, qui permet à l'Aquitaine de reconstruire ses usines, qui attire aussi des usines, le gouvernement a décidé de le rebaptiser Industries du futur... Macron fait ce qu'il veut mais nous on en reste à Usine. C'est le mot auquel le dispositif Usine du futur va rendre ses lettres de noblesse."

Parmi les 100 entreprises présentes durant ce séminaire, certaines ont pu témoigner de leurs efforts pour redonner ces lettres de noblesse qu'évoque Alain Rousset. C'est le cas d'ACA, PME d'Eysines, accompagnée par le dispositif pour faire de son usine C2M (Car made in Médoc) le leader national de l'adaptation de véhicules pour handicapés.
C'est aussi le cas d'ASTF, PME de Mérignac (100 personnes) qui présentera, en septembre, un démonstrateur d'usine mobile robotisé qui lui permettra de devenir un acteur majeur de la réalisation de modules pour champs de concentration solaire à base de miroirs... Ventana, PME  béarnaise  spécialisée dans la fonderie (450 personnes, 50 M€ de CA), a également évoqué "son" usine du futur. Une unité de production qui ouvrira ses portes mi-2017 pour répondre à un nouveau client qui va lui permettre de réaliser 25 M€ supplémentaires...

"Notre process est à 70 % manuel. Avec le programme Usine du futur, nous travaillons sur un process robotisé qui va faire baisser ce ratio à 30 %" expliquait Gérard Russo, dirigeant de Ventana.

Au regard de ces exemples, on comprend que l'Usine du futur, au moins en Aquitaine, c'est déjà presque le passé.

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a écrit le 08/06/2015 à 6:38 :
Beau projet et belle maquette. Ce projet fera du bien à la Région et sans doute à l'économie et au Prestige Nationale. Cependant, j'aurai aimé lire dans ce projet grandiose l'ouverture d'un volet sur l'investissement pédagogique interne tant pour les employes, ouvriers et autres personnels que celui des personnes de l'extérieur afin de développer ou d'apprendre le savoir-faire 'étude/pratique' car selon moi et mon expérience, le travail bien fait, soigné et donc de bonne qualité ne s'obtient pas par des diplômes mais par l'amour du travail de l'agent,de l'ouvrier etc.... Certes les diplômes sont utiles pour confirmer une base dans certains niveaux de compétences, mais ce n'est pas le point essentiel. Car notre Société a besoin de bons ouvriers et employés (homme ou femme) et non des postulants bourrés de kilos de titres de toute natures. Et cette formation interne et indépendante, sponsorisée dans l'enceinte même du projet, doit être ouverte au public et aux personnels (sans limitation d'âge ou d’une quelconque barrière pour y accéder) apportera une plus value non négligeable pour des décennies tant au niveau régionale que celui du Conseil d'Administration et aux Actionnaires et Investisseurs ainsi qu'aux clients et fournisseurs des services de tout bord. Et là, la vraie innovation durable sera évidente pour tous. Je terminerai en disant pour le bassin de l'emploi en France, le choix sera donné à la préférence nationale et ceci sans pensée politicienne, simplement un droit de poursuivre une formation et de travailler sur son sol de naissance.
a écrit le 08/06/2015 à 6:21 :
Beau projet et belle maquette. Ce projet fera du bien à la Région et sans doute a l'économie et au Prestige Nationale. Cependant, j'aurai aimé lire que ce projet grandiose ouvre un volet sur l'investissement pédagogique interne tant poue les employes, ouvriers et autres personnels que celui des personnes de l'exterieur afin de developper ou d'apprendre le savoir-faire 'étude/pratique' car selon moi et mon expérience le travail bien fait, soigné et donc de bonne qualité ne s'obtient pas par des diplômes mais par l'amour du travail de l'agent,de l'ouvrier etc.... Certes les diplômes sont utiles pour confirmer une base dans certains niveaux de compétences. Car notre Société a besoin de bons ouvriers et employés(homme ou femme) et non des postulants bourrés de kilos de titres de toute natures. Et une formation interne et indépendante sponsorisée dans 'enceinte même du projet ouverte au public et aux personnels (sans limitation d'âge ou d’une quelconque barrière pour y accéder) apportera une plus value non négligeable pour des décennies tant au niveau régionale que celui du Conseil d'Administration et aux Actionnaires et Investisseurs ainsi qu'aux clients et fournisseurs des services de tout bord. Et là, la vraie innovation durable sera évidente pour tous.

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