Destruction du patrimoine mondial ? Un plan B en Dordogne !

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Le degré d'expertise et de précision de l'Atelier des fac-similés du Périgord doit lui permettre de rayonner dans le monde entier et de palier, le cas échéant, les destructions du patrimoine de l'humanité
Le degré d'expertise et de précision de l'Atelier des fac-similés du Périgord doit lui permettre de rayonner dans le monde entier et de palier, le cas échéant, les destructions du patrimoine de l'humanité (Crédits : AFSP)
A l’heure où le monde s’émeut de la destruction ou des menaces de destruction volontaire qui pèsent sur des pans entiers du patrimoine de l’humanité, comme feu les statues du musée de Ninive (Mossoul), les bouddhas de Bâmiyân (Afghanistan), le site d’Hatra et la cité antique de Nimrud (Irak) ou encore Palmyre en Syrie, il y a, en Dordogne, à Montignac, des compétences et des techniques éprouvées capables de rendre, au grand public, ce que des fondamentalistes veulent gommer du paysage. Le plan B de l’humanité est à Montignac, dans l’Atelier des fac-similés du Périgord. Explications.

Fondée en 1997, filiale depuis 2008 de la société d'économie mixte Semitour Périgord (gestionnaire de sites culturels, d'hébergement et de loisir, première entreprise touristique de Dordogne), la société L'Atelier des fac-similés du Périgord (AFSP) est née d'un projet lancé en 1983 de reproduction, grandeur nature, de la grotte de Lascaux. Cette réalisation, baptisée Lascaux 2, n'a pas fait que servir de base fondatrice de l'AFSP, elle a aussi changé la donne concernant la façon d'appréhender la conservation du patrimoine.
C'est en tout cas la conviction d'André Barbé, directeur de Semitour et de L'AFSP.

"La réalisation à Montignac de cette réplique fidèle de Lascaux a inventé un modèle nouveau de conservation du patrimoine. On a innové dans ce domaine en permettant au grand public d'avoir accès à un lieu identique à l'original, alors que celui-ci est devenu invisible pour lui. Cette approche de la gestion a tout changé pour l'atelier."

Le "voile de pierre" technique révolutionnaire et unique au monde

Les 10 millions de visiteurs, chiffre au cumulé que Lascaux 2 atteindra cette année, lui donnent raison.

"La prouesse de nos artistes et techniciens constitue en elle-même une motivation pour nombre de visiteurs. Il y a quatre ans, nous avons repeint Lascaux 2. Cette simple opération a boosté la fréquentation. Beaucoup de visiteurs sont revenus voir ce que cela donnait après l'intervention de l'atelier. On est bien au-delà de la découverte des ornements..."

Les chantiers de Lascaux 3, réplique itinérante, dévolue à l'international, et surtout l'actuel chantier de "Lascaux IV", la réplique qui s'étendra sur 900 m2 dans le Centre international d'art pariétal de Montignac-Lascaux (ouverture en juillet 2016), offre à L'AFSP une vitrine mondiale à son savoir-faire désormais unique au monde. Une expertise que, désormais, André Barbé, arrivé à la tête de L'AFSP en juillet dernier, entend vendre dans le monde entier.

Plus de limite à la reproduction des œuvres... et des supports ?

"Au fil du temps, nous avons déployé des techniques et technologies qui nous ont permis de déposer un brevet mondial. Nous avons aussi beaucoup investi dans nos outils et techniques chaque année à hauteur de 150.000 euros par an en moyenne. Nous sommes capables, grâce au "voile de pierre" de reproduire, à partir de données 3D réalisées par notre partenaire, le cabinet Perazio Ingeniering (siège à Moirans - 38, NDLR), et avec l'aide de "La Prod est dans le Pré" qui fait de la scénographie et de la muséographie, n'importe quel œuvre voire monument abimé ou détruit comme c'est malheureusement le cas actuellement en Irak, en Afghanistan et en Syrie par exemple."

Adossé au talent des artistes, les progrès techniques (relevés laser, traitement numérique des données, modélisation...) permettent à L'AFSP de non seulement reproduire des œuvres (gravures, peintures, sculptures, monuments...), mais de reproduire à la perfection les aspects des supports.

"Nous pouvons reproduire à l'identique l'éclat de la roche, d'un revêtement artificiel, plastique, caoutchouc, sa texture... aujourd'hui, il n'y plus de limite à la reproduction. Nous pourrions reproduire un Rembrandt en reproduisant, grâce à cette technique du voile de pierre, les matières, les reliefs laissés par l'artiste."

Quoi qu'il en soit, boostés par les commandes actuelles, les artistes et techniciens sont de plus en plus nombreux à s'affairer dans les 4.000 m2 d'ateliers périgourdins.

Objectif : 2 M€ de CA et... dupliquer à l'export

De 9 en 2010, 22 en 2014, l'effectif est passé à 32 cette année. Le chiffre d'affaires aussi a progressé. "Nous avions réalisé 850.000 euros en 2013. En 2014, nous avons atteint 1,4 M€, et cette année, nous visons 2 M€." Des résultats financiers et sociaux liés à l'important chantier de Lascaux IV qui se terminera en 2016. La direction s'attache donc à préparer l'après.

"Nous pouvons intervenir sur n'importe quel projet de fac-similé quel que soit l'objet, petit ou monumental, qu'il s'agisse de peintures, de gravures, de lieux naturels... nous sommes en contact avec l'Egypte, pour des reproductions d'œuvres détruites, nous avons d'autres contacts à l'étranger, que nous souhaitons concrétiser dès cette année. Chaque délégation étrangère de passage dans nos ateliers découvre avec effarement parfois, la précision de notre travail. Entre Lascaux 2 et Lascaux IV, la précision de notre travail est passée de 4 millions de pixels à 16 millions. Nous pouvons reproduire un détail de l'épaisseur d'un cheveu..."

Récemment, une délégation de 20 scientifiques et historiens japonais s'est dite bluffée par cette précision "full HD" ; des contrats pourraient découler de cette visite.
En attendant, un jour peut-être, de reproduire le patrimoine détruit par le temps, ou pire, par la main de l'homme, en Syrie, en Irak ou ailleurs, L'AFSP se dit prête à travailler pour les décors de théâtre, de cinéma, pour le secteur privé et les entreprises soucieuses de préserver ce qui constitue leur patrimoine industriel.

AFSP Lascaux

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Commentaires
a écrit le 22/05/2015 à 21:45 :
Est-ce un parti pris ou un oubli ? Lorsque vous évoquez la création de ces ateliers de fac-similés intsallés à Montignac, vous ne dites pas du tout qu'ils ont été créés par Renaud Sanson qui avait baptisé sa société ZK Productions. Avez-vous eu des consignes pour ne pas le nommer ? Si c'est le cas, alors, c'est déplorable !
Jean-François Perret
Journaliste
Auteur du roman préhistorique "La Faille du Temps"
Réponse de le 23/05/2015 à 10:01 :
Ni oubli ni parti pris ni pression. Ce n'était pas le sujet. Ces soupçons, venant de vous, sont décevants.
Pascal Rabiller.

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