Grâce à Herakles, Ariane 6 a fini de trembler

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Lors de l'essai, le moteur repose sur une balance qui enregistre la moindre oscillation
Lors de l'essai, le moteur repose sur une balance qui enregistre la moindre oscillation (Crédits : DGA Essais de missiles)
Réalisé le 5 mars, le nouvel essai du futur booster P120C, commun aux lanceurs Ariane 6 et Vega C, n’a été dévoilé qu’hier, sur le pas de tir de la division Essais de missiles de la DGA (Délégation générale à l’armement) à Saint-Jean-d’Illac (agglomération de Bordeaux).

C'est dans ce site de la DGA Essais de missiles (DGA/EM) de 2.700 hectares perdu au milieu de la forêt que sont testés les missiles des trois armes (terre, air, mer). Le succès de l'essai du 5 mars consacre, si besoin était, à la fois l'excellence du savoir-faire de la DGA/EM et celle de son client, Herakles (3.000 salariés, 481 M€ de chiffre d'affaires), également implanté dans la banlieue bordelaise, au Haillan. C'est aussi sur ce site de la DGA/EM que sont démantelés les missiles balistiques M 45 de la force de dissuasion nucléaire. L'essai du moteur d'Ariane 6 a mis en œuvre un démonstrateur répondant au nom de code Pod-Y, d'une longueur de 2,82 mètres, chargé d'un bloc monolithique de propergol solide de 1,1 tonne, avec une poussée de 25 tonnes. Déclenchée depuis le poste de contrôle, situé à 800 mètres du pas de tir, la combustion du propergol solide a duré 23 secondes.

Lutter contre Space X

Lanceur spatial low cost, Ariane 6 est la réponse européenne à l'attaque commerciale menée depuis les Etats-Unis par SpaceX, la société privée fondée et dirigée par Elon Musk, qui commence à s'imposer sur le marché spatial grâce à des tirs fiables et à bas coûts alimentés par les commandes de la Nasa. L'Europe joue gros. L'Agence spatiale européenne (Esa) met ainsi le paquet pour réduire les coûts de lancement tout en améliorant la qualité.

"Le propergol solide est ultra stable, ultra fiable, et pas cher. Nous devons toutefois travailler sur les vibrations qu'il génère lors de la poussée. Le chargement en propergol solide représente 85 % de la masse du lanceur et l'Esa veut que nous divisions ces oscillations par 4", a précisé hier Philippe Schleicher, PDG d'Herakles.

Il souligne que le propergol solide, matériaux énergétique qui combine carburant et comburant, est un mélange qui contient notamment de l'aluminium.

"Nous avons intuitivement pensé qu'il fallait jouer sur la granulométrie de l'aluminium pour réduire ces oscillations et aussi n'utiliser qu'un seul bloc de propergol solide", souligne le PDG.

Les boosters d'Ariane 5 sont en effet composés de trois blocs de propergol solide (deux de 100 tonnes et un de 30 tonnes), ce qui accroit les vibrations quand la combustion passe de l'un à l'autre.

Un tir parfait

Les équipes d'Herakles ont travaillé pendant deux ans pour mettre au point le démonstrateur Pod-Y, qui s'est consumé en 23 secondes. Client d'Herakles, la DGA/EM a elle-même consacré plusieurs semaines à la mise au point de ce tir, avec le concours de l'Onera (Centre français de recherche aérospatiale).

Herkales

Philippe Schleicher, PDG d'Herakles, hier dans le centre de contrôle de la DGA Essais de missiles (photo Jean-Philippe Dejean)

 "Nous n'avions pas droit à l'erreur", confirme Alain Tronche, directeur général adjoint de la DGA/ EM en Gironde. Ses équipes et celles de l'Onera ont visiblement mis dans le mille en réduisant à quasiment rien les oscillations de type hydrodynamique et celles liées à la combustion elle-même.

"Pod-Y a été conçu à l'échelle représentative des futurs moteurs. Le tir a été parfait, nous sommes complètement conformes aux prévisions, il n'y a plus de vibrations", observe ainsi Marie-Anne Grellier, chef de projet démonstrateurs spatiaux à Herakles.

Bloc moteur réutilisable

Des résultats qui n'ont pu que satisfaire Cécile Sellier, directrice de la division Essais de missiles de la DGA (120 M€ de chiffre d'affaires, 40 M€ d'investissement), qui a rappelé que 700 personnels de cette division sur 1.000 sont employés en Gironde (220) et dans les Landes (480). La directrice a souligné que DGA/EM est soumis à des protocoles de sécurité très contraignants et certifié Iso 14001, découlant de son engagement dans la protection de l'environnement.

Bardé d'instruments de mesure, le démonstrateur va apporter énormément d'informations techniques sur ce moteur plus stable et plus économe, qui fait à la fois avancer les connaissances pour les lanceurs civils et militaires. La fabrication des moteurs à propergol solide est originale. Tandis que le corps métallique du moteur, tapissé à l'intérieur d'un matériau de protection thermique à base d'élastomère, est fabriqué dans un endroit, en l'occurrence en Italie par la société Avio, le propergol sort toujours de l'unité de production d'Herakles, en Gironde. Avant d'atteindre sa forme solide définitive, le propergol est coulé dans le bloc moteur à l'usine Regulus de Kourou. L'Agence spatiale européenne impose que désormais ce bloc moteur métallique puisse être réutilisé, après avoir été nettoyé et remis à niveau. Un nouvel essai est programmé en juillet prochain. Ariane 6 devrait être lancée en 2020 (Vega C en 2018) après trois tirs de qualification, dont le premier est prévu à la mi-2017.

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Commentaires
a écrit le 06/04/2015 à 16:04 :
C'est un gag? Vous pensez sérieusement que c'est avec ça qu'on va concurrencer SpaceX?

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