Google Launchpad : ascenseur ou toboggan pour les startups ?

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5 jours de travail, quarante mentors, 12 startups, 4 thématiques... pour tenter de déterminer son plan d'actions à six mois et propulser sa startup sur la voie de la croissance
5 jours de travail, quarante mentors, 12 startups, 4 thématiques... pour tenter de déterminer son plan d'actions à six mois et propulser sa startup sur la voie de la croissance (Crédits : Eric Bouloumié)
Du 2 au 6 février dernier, le 5e Google Launchpad européen faisait étape à Bordeaux, une première en province. 12 startups de la région ont été conseillées et challengées par une quarantaine de mentors. Après l’agitation de ces 5 jours et une semaine de digestion, le Launchpad (rampe de lancement) a-t-il vraiment permis aux startups de mieux préparer leur décollage ?

Le calme après la tempête. C'est ce que vivent aujourd'hui les 12 startups sélectionnées sur les 37 candidatures reçues pour participer au Launchpad, organisé par la petite startup fondée dans un garage de Menlo Park (Californie) devenue un géant du web et Aquinum, l'association des professionnels du numérique en Aquitaine, qui a accueilli l'événement au Node. Les cinq jours auront été, à l'unanimité, intenses, aussi bien pour les mentors que pour les jeunes entrepreneurs.

"Les mentors, présents une journée sur les 5 en fonction de leur spécialité, ressortaient d'une journée de coaching vidés. Même chose pour les startups sauf qu'elles ont accumulé cinq journées à raison de 2 à 3 mentors différents par jour", explique Pierre Benayoun, qui portait à la fois la casquette d'organisateur et de participant avec son application Android Activity report, qui conseille l'utilisateur sur ses activités en se basant sur la mesure du temps passé à marcher / faire du vélo, être en véhicule...

"Le Launchpad a permis de prouver la richesse et le dynamisme de l'écosystème bordelais, qui mérite d'être connu, fédéré et animé. Il a été très facile de travailler avec Google. On s'attendait à des mécanismes compliqués vu l'importance de la société avec de nombreux formulaires à remplir. Finalement, Google nous a expliqué ses attentes et tout s'est fait avec fluidité, simplicité" note Hélène Desliens, coprésidente d'Aquinum qui a organisé la manifestation et été mentor en marketing.

Ne pas perdre de vue l'utilisateur

Du côté des startups, le ressenti est plutôt positif. Le chemin semble s'être dégagé pour certains. L'expérience aura aussi permis d'intégrer le tissu économique régional.

"En cinq jours, on a pu aborder des problématiques comme la stratégie produit, le marketing, l'expérience utilisateur, le développement technique et bénéficier de conseils de professionnels venant à ¾ de l'écosystème local. Des conseils difficiles à avoir car comme toute petite structure, il est compliqué pour nous de payer des consultants", explique François Naud, cofondateur de Co-rider.fr, site web de covoiturage et de copartage dédié aux activités glisse.

Ces cinq jours auront permis aux startupeurs de se recentrer sur leur activité principale et le consommateur. Switcharound.com développe un service de sous-location de logement étudiant dédié aux écoles et universités.

"Nous vendons notre solution en B to B aux écoles, universités et nous nous sommes rendus compte au fur et à mesure de la semaine que nous avions tendance à nous concentrer sur les écoles et à en oublier les étudiants. Or, ce sont eux qui utilisent notre service donc le message doit être clair et ils doivent voir la valeur ajoutée de notre produit", explique Edouard Gibert, cofondateur de Switcharound.com.

Un recentrage qui va s'appliquer très prochainement au modèle économique de la startup. En plus de vendre son service aux écoles et universités partenaires, Switcharound.com se rémunérera via une commission auprès de l'étudiant qui aura sous-loué son logement.

"Les mentors nous ont demandé quelles valeurs ajoutées notre service apportait aux différents étudiants et qui dit valeur ajoutée dit coût. La commission prise ressemblera au modèle d'Airbnb avec un pourcentage en fonction du loyer mais nous sommes encore en pleine réflexion. Des chantiers sont déjà en cours et nous sommes en train de préparer les périodes de mobilité des étudiants qui nécessitent la création de supports de communication (accords écrits entre locataire et sous-locataire, ou propriétaire et locataire...)."

Pas de virage à prendre sur le modèle économique chez Co-rider.fr mais un retour aux sources s'est imposé.

"Nous avons simplifié notre produit pour plus d'efficacité. Au fur et à mesure du développement, nous avions ajouté de nouvelles fonctionnalités comme la possibilité de poster des photos ou vidéos de ses sessions surf, ski, skate... et d'intégrer une fonction de réseau social à notre plateforme. Sauf que nous n'avons pas la prétention de faire mieux que Facebook. Finalement, nous sommes repartis à la base du projet et nous avons sorti ces items. Participer au Google Launchpad a aussi été un moyen de gagner en crédibilité et confiance, nous avons pu vérifier que le concept plaît. Les mentors ont partagé leurs expériences, donné des conseils. A nous de faire la liste de toutes les observations et de retenir ce qu'il faut mettre en œuvre. Ils nous ont fait découvrir des outils gratuits et non pas que du Google. Notre boîte à outils s'en est retrouvée agrandie et c'est un gain de temps", observe François Naud.

La startup est aujourd'hui à quelques semaines de son lancement et finit les dernières retouches au module de paiement avant de boucler sa campagne de financement participatif dans une dizaine de jours. "Nous avons gagné en visibilité, nous avons nos premiers dons qui viennent de personnes qui ne sont pas de notre réseau."

Prendre exemple sur le Google Launchpad

Pierre Benayoun a sa manière de résumer l'expérience : "Ca fait du mal mais ça fait du bien." Son application Activity report a pu être décrite comme "une petite application sympa mais qui peut vite être copiée par les Chinois". Au final, du Google Launchpad est né Coach Marcel et non plus Activity report. Pierre Benayoun veut miser sur le côté "franchouillard" qui marche bien à l'export et cite l'exemple de son copain du Slip français. Le concept de son appli reste presque le même : il suffira d'indiquer ce qu'on a mangé à l'application, et avec les données du temps passé à marcher / faire du vélo, être en voiture, l'application pourra suggérer de faire 30 minutes supplémentaires de vélo ou un jogging si on a été trop sédentaire.

Malgré son statut de startup la plus avancée avec son moteur de recherche sémantique dédié à la musique qui propose non seulement un service de streaming donnant accès à un catalogue de plus de 40 millions de chansons mais aussi un comparateur de prix dédié à la musique (enregistrements, billetterie, produits dérivés), Blitzr a tout de même tiré des enseignements notamment en stratégie produit et en expérience utilisateur, domaines dans lesquels les fondateurs étaient moins à l'aise.

"Le travail a été très bénéfique. Nous avons sorti la tête du guidon, les mentors étaient bons, nous avons simplifié le propos et remis l'utilisateur au centre des préoccupations. Que des petits plus qui font avancer" note Pierre Anouilh, cofondateur avec Bertrand et Johan Sébenne de Blitzr.

Le Launchpad semble donc avoir convaincu du côté de Bordeaux et certains comme Hélène Desliens ou François Naud avancent que le format a tout intérêt à être répété au sein des auberges numériques, incubateurs, associations... Avis aux volontaires.

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