Cette croissance africaine qui mobilise Bordeaux

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De gauche à droite : Pierre De Gaétan Njikam Mouliom, Lionel Zinsou et Alain Juppé
De gauche à droite : Pierre De Gaétan Njikam Mouliom, Lionel Zinsou et Alain Juppé (Crédits : Pascal Rabiller/Objectif Aquitaine)
La croissance à deux chiffres de certains pays d’Afrique laisse rêveur nombre d’entrepreneurs français. A Bordeaux, où les relations entre le continent africain et le port de la Lune sont riches d’une histoire où le meilleur côtoie parfois le pire, les initiatives pour renforcer des liens économiques, sociaux et culturels se multiplient.

La Fondation franco-africaine pour la croissance, lancée en juillet 2014 et portée par l'économiste et homme d'affaires franco-béninois Lionel Zinsou (président du fonds d'investissement PAI Partners) n'en est encore qu'au stade de la préfiguration. En clair, elle n'a pas encore ni budget, ni locaux, mais elle s'est trouvée, hier soir, un point de chute de choix : Bordeaux.

Il faut dire que la ville est historiquement proche "pour le meilleur et le pire" de l'Afrique, dixit son maire Alain Juppé. Un maire qui, avec l'aide de son adjoint Pierre De Gaétan Njikam Mouliom, en charge des partenariats avec l'Afrique sub-saharienne, est à l'origine de la création d'un réseau bordelais d'acteurs intervenant ou en relation avec l'Afrique, qui avait  fortement mobilisé, hier soir, dans les salons de l'Hôtel de ville.

Devant ce qu'il a qualifié de "plus grand rassemblement de personnalités jamais rencontré en France en tant que préfigurateur de la Fondation franco-africaine pour la croissance", Lionel Zinsou a expliqué qu'il y avait urgence pour la France, "à retrouver la place qui est la sienne dans l'économie africaine".

La France : 1/3 de l'investissement productif en Afrique

De fait, aujourd'hui, en parts de marché sur les importations de l'Afrique, la France recule. Elle est passée de 15 à 5 % en quelques années.

"Même si en volume, les importations françaises en Afrique restent stables, on se rend compte que les entrepreneurs français restent à la traîne par rapport à l'explosion des besoins liés aux taux de croissance importants et durables de certains pays africains, analysait hier Lionel Zinsou. C'est d'autant plus injuste que la France reste un très gros investisseur en capital productif. L'Hexagone, à lui seul, représente 1/3 de l'investissement productif réalisé en Afrique."

Injuste, peut-être, mais pourtant logique. En investissant massivement dans les outils de production locaux, la France ampute, de fait, ses statistiques concernant l'importation de produits vers l'Afrique... Pour autant, sa présence et son impact économique restent importants. Pierre Castel, PDG du groupe girondin du même nom, acteur majeur du marché africain des boissons gazeuses et des bières, qui était présent dans les salons de la mairie de Bordeaux en tant que président d'honneur du réseau bordelais d'acteurs intervenant ou en relation avec l'Afrique, ne dirait pas le contraire puisqu'il est lui-même un des plus importants, sinon le plus important, investisseurs en capital productif sur le continent africain.

Les PME et ETI française manquent à l'appel

"La France est légitime économiquement en Afrique, assure Lionel Zinsou. Elle est le pays d'Europe le mieux placé pour entraîner les autres grandes nations européennes en Afrique".

Il faut pour cela que les chefs d'entreprises changent leur regard sur un continent trop souvent perçu comme instable, peu fiable, trop risqué. Des freins, parfois justifiés, qui ne font pas peur aux plus grands groupes français. Les entreprises du CAC 40 sont presque toutes présentes en Afrique, mais pour Lionel Zinsou, les "ETI et PME françaises ne sont, elles, pas assez présentes encore. Pourquoi ? Parce que les relations économiques entre l'Hexagone et l'Afrique sont encore trop souveraines, trop liées à des décisions entre Etats... Or, qui est mieux placé que les entreprises et les associations pour faciliter les échanges entre France et Afrique ?"

Afin de mobiliser les PME et ETI locales et les sensibiliser sur le potentiel de l'économie africaine, la Ville de Bordeaux se fait fort d'être à l'initiative du premier cluster local de la Fondation franco-africaine pour la croissance.

Alain Juppé : "Nous recherchons désespérément la croissance"

"Il serait grave, par les temps qui courent, de diminuer notre attention vis-à-vis des opportunités économiques liées aux échanges, en matière de commerce, de formation, de savoir et de culture avec l'Afrique, explique Alain Juppé. Nous cherchons désespérément la croissance. On sait qu'elle passe par des réformes internes, mais elle passe aussi par des renforcements de partenariats commerciaux. Bordeaux, qui est proche des villes de Ouagadougou et de Bamako, va apporter sa pierre à l'édifice. Nous créons un fonds de dotation « Bordeaux-Actions-Afrique » en faveur de l'entrepreneuriat des jeunes en Afrique, un prix annuel « Bordeaux, partenaire de l'Afrique » qui sera remis lors d'un événement sur le continent africain."

Bref, le réseau qui voit le jour à Bordeaux, déclinaison locale de la Fondation franco-africaine pour la croissance, en complément des actions de prospection, des missions d'affaires réalisées par les décideurs économiques locaux réunis dans des associations comme le CBSOA (Club d'entreprises Bordeaux Afrique), entend servir de cadre stratégique et opérationnel au service d'une dynamique de création de valeur partagée entre Bordeaux et l'Afrique.

Pour Lionel Zinsou, la France est la locomotive de l'Europe sur les marchés africains, la Ville de Bordeaux se verrait bien aux commandes de la motrice.

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Commentaires
a écrit le 18/11/2014 à 23:20 :
"Nous cherchons désespérément la croissance. On sait qu'elle passe par des réformes internes, mais elle passe aussi par des renforcements de partenariats commerciaux." : Eh oui, ils savent donc ils appliquent ces recettes encore et encore. Et encore et encore, c'est un échec et ils cherchent toujours la croissance. Mais ils continuent dans cette stratégie en échec tout de même car tenter autre chose serait remettre en cause leur idéologie ce qu'ils refusent car il est difficile de se remettre en cause surtout quand cette remise en cause pourrait aller à l'encontre leurs intérêts et de ceux de leurs amis...

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