Foie gras : les ventes 2020 sauvées par la suspension du confinement en décembre

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Michel Fruchet, président du Cifog
Michel Fruchet, président du Cifog (Crédits : Cifog)
La filière de production de foie gras a sauvé les meubles en 2020, en réussissant à vendre plus malgré une ravageuse épidémie de grippe aviaire. Cette nouvelle épizootie a malgré tout secoué en profondeur le secteur dans le Sud-Ouest, premier pôle de production sous signe de qualité. La question de la vaccination est désormais au programme.

Après les terribles épidémies des années 2016 et 2017, les éleveurs du Sud-Ouest d'oies et canards gras (palmipèdes à foie gras) ont vécu fin 2020 un nouveau cauchemar, avec leur troisième épisode de grippe aviaire en cinq ans. Une maladie qui a frappé les élevages du Sud-Ouest juste avant le traditionnel pic des ventes de fin d'année.

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Ce vendredi 5 mars, le Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (Cifog) a présenté le bilan de cette année 2020 dominée par le double impact économique des mesures sanitaires drastiques prises pour faire face à la pandémie de Covid-19 et à l'épidémie d'influenza aviaire. Contre toute attente, alors que l'effondrement du marché du foie gras semblait au programme de cette apocalyptique année 2020, il n'en a rien été.

Un pic des ventes sauvegardé en toute fin d'année

"En plus de trente ans de carrière, je n'ai jamais vu une crise pareille et pourtant la filière a résisté ! Et en premier lieu je tiens à dire merci ! Merci aux Français qui ont continué à manger du foie gras, aux éleveurs, aux transformateurs, aux distributeurs, aux traiteurs... Je tiens aussi à saluer la ténacité de nos partenaires restaurateurs, qui ont réussi à proposer notre produit en vente à emporter...", a tout d'abord déclaré avec une pointe de lyrisme Michel Fruchet, président du Cifog.

La capacité à organiser des petites réunions familiales jusqu'à six personnes, autorisée en décembre par le gouvernement juste après la deuxième séquence de confinement de novembre, est jugée par les professionnels comme la clé du rebond des ventes de foie gras enregistré en fin d'année.

De +14 % au cours de la semaine 50 (du 7 au 13 décembre), les ventes de foie gras en hypers et supermarchés ont bondi à +24 % à compter de la semaine du 15 décembre, qui coïncide avec la fin du deuxième confinement, puis +28 % la semaine suivante, avant de se tasser à +15% lors de la première semaine de janvier, qui clôture traditionnellement l'année. Pour faire court, les ventes de foie gras en hypers et supermarchés ont explosé entre le 21 et le 27 décembre (+32,2 %), puis entre le 28 décembre et le 3 janvier (+27,3 %).

Une progression de +1,4 % en valeur, pour 1,5 milliard d'euros

"C'est un bilan inespéré, même s'il est maussade par rapport aux années précédentes. Le fait d'avoir autorisé les réunions familiales a permis à la filière de gagner plus de 1,2 million d'acheteurs supplémentaires en 2020, soit une hausse de +1,8 % en volume et +1,4 % en valeur", a éclairé Marie-Pierre Pé, directrice du Cifog.

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En France, exception faite des ventes dans le circuit cafés-hôtels-restaurants, il s'est ainsi vendu près de 15.660 tonnes de foie gras l'an dernier, pour une production estimée à 14.598 tonnes (canards et oies). Sachant que le chiffre d'affaires global, qui inclut les ventes à l'export, soit 71,5 millions d'euros (foie gras de canard, d'oie et préparations à base de foie gras), a atteint 1,5 milliard d'euros. Selon l'étude de marché Kantar, la proportion de ménages français acheteurs est passée l'an dernier de 38,4 % à 42,7 %. Avec un corollaire majeur : la baisse du volume moyen, qui passe de 510 grammes par foyers en 2019 à 470 grammes en 2020.

Malgré de bonnes ventes, la filière est ébranlée en profondeur

De la même façon, le nombre moyen d'achats de foie gras à l'année se tasse, passant de 1,6 à 1,5 achat, le budget suivant la même pente avec 17 euros par transaction en 2020 contre 17,70 euros en 2019. Malgré cette performance globalement positive, la filière a néanmoins été touchée de plein fouet par les mesures sanitaires adoptées pour lutter contre cette nouvelle épidémie de grippe aviaire déclenchée par le virus H5N8.

"L'impact économique de cette nouvelle épidémie est en cours de chiffrage, mais toute la filière a été touchée, jusqu'aux transporteurs, fabricants d'aliments et même vétérinaires", souligne la directrice du Cifog, qui rappelle que de nombreux élevages vont rester à l'arrêt sans date connue de redémarrage.

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La source de l'épidémie est déjà identifiée, puisqu'il s'agit d'oiseaux migrateurs en provenance du Kazakhstan et de Russie. Le Sud-Ouest, et principalement le département des Landes, premier producteur de foie gras sous signe de qualité, qui concentre de nombreux élevages, a été la cible principale de cette épizootie, qui a débordé sur les Pyrénées-Atlantiques, les Hautes-Pyrénées et le Gers.

Plus d'abris pour les volatiles et un vaccin à l'ordre du jour

Dans le Sud-Ouest les canards sont élevés en plein air et les contacts avec les animaux migrateurs infectés se font à l'extérieur. De nombreux élevages sont désormais équipés de bâtiments pour y faire dormir les animaux et la profession veut pouvoir mettre les palmipèdes rapidement à l'abri en cas de danger, sans que cela nuise au mode d'élevage en plein air qui sert de vitrine.

Tandis que les écologistes néo-aquitains dénoncent l'existence de trop grandes unités d'élevage, où se concentrent les animaux, et d'un système de transport qui augmente selon eux les risques, en multipliant les séquences de mobilité des animaux, Marie-Pierre Pé souligne que la souche 2020 du virus H5N8 a été particulièrement virulente. Elle a rappelé que l'interprofession veut obtenir la mise en place d'une feuille de route qui intègre la vaccination des canards et des oies.

"La création de la base de données BD avicole nous a permis d'aller très très vite et de gagner 1,5 mois en temps de réaction face à cette nouvelle épidémie. Il y a eu aussi beaucoup d'investissements dans la filière, pour assurer la mise à l'abri des élevages. Aujourd'hui 90 à 95 % des éleveurs sont désormais capables de mettre leurs animaux à l'abri", se félicite Marie-Pierre Pé.

Certains élevages vont rester fermés jusqu'à cet été et la production 2021 devrait atteindre 11.719 tonnes, en net recul sur 2020.

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Commentaires
a écrit le 09/03/2021 à 13:50 :
Ca sera aussi un bon plan pour l'agronomie angevine, car si nous sommes nuls pour les vaccins du covid (à propos aucune nouvelle de l'usine de monts vaccin pfitzer ?), pour les vaccins animaux on est trop trop forts!
Quand aux vaccins à ARN messager , il y a longtemps que c'est connu avec même une vulgarisation de plus de 2 ans maintenant.
Ca manque de culture geek en haut.
Et même des vaccinations par nébulisation, pas de piquouses, encore un métro de retard, c'est même pas un métro,plutôt un train de marchandises.

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