CIVB : en 2018 les vins de Bordeaux ont failli boire la tasse

 |   |  904  mots
Allan Sichel au micro
Allan Sichel au micro (Crédits : LTB / Mikaël Lozano)
Après la mauvaise récolte de 2017, le choc sur les ventes de vin en 2018 était attendu. Mais l’impact a été plus fort que prévu, sans pour autant tourner à la catastrophe. Les volumes sont en baisse tandis que la valeur augmente. Du développement durable à la commercialisation, le vignoble de Bordeaux a besoin de continuer à travailler à sa redéfinition, a rappelé le président du CIVB Allan Sichel.

Malgré un volume de vente historiquement faible en 2018, avec 4,7 millions d'hectos mis en marché (du jamais vu depuis 1991), soit un recul de -3 %, le chiffre d'affaires réalisé l'an dernier par le vin de Bordeaux - toutes appellations confondues et sur l'ensemble des marchés - a progressé de +4 %, à 4 Md€. L'année 2018 manifeste la puissance d'impact de l'effondrement de la récolte en 2017 qui, à 3,5 millions d'hectos, a chuté de -39 % sur un an. Cette puissante onde de choc ne s'est pas encore dissipée et, lors de l'assemblée générale du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB), ce lundi 29 avril, Allan Sichel, président de l'interprofession, n'a pas manqué de le souligner.

"Nous sommes depuis le mois de janvier dans un creux de la vague très difficile à vivre pour nous tous. C'est véritablement en ce premier trimestre 2019 que les conséquences du gel de 2017 se sont fait pleinement sentir. Les faibles volumes de la récolte 2017 (-39 % par rapport à l'année précédente) ont mécaniquement entrainé une hausse des prix, bloquant un marché dont nous n'envisageons pas la reprise avant le deuxième semestre 2019, a précisé Allan Sichel. En France, a-t-il poursuivi, l'effet psychologique de cette faible récolte sur les opérateurs comme sur le marché a été plus prononcé qu'attendu, se traduisant par une frilosité des vignerons et négociants, notamment sur l'activité promotionnelle en magasin".

La zone spéciale de Hongkong en tête

Pour éclairer la situation du marché français, le CIVB se focalise sur le segment des hypers et supermarchés, premier circuit de distribution des bordeaux, avec 46 % des ventes. Un créneau où les bordeaux ont reculé de 12 % en volume l'an dernier (144 millions de bouteilles), contre une baisse de -7 % pour l'ensemble des appellations d'origine protégées (AOP), et de -7 % en valeur (837 M€), contre -3 % pour les AOP. A l'export les ventes de bordeaux ont reculé de -14 % en volume (1,9 millions d'hectos) mais progressé de +3 % en valeur, à 2 Md€. Le tout avec des résultats pas tout à fait déprimants.

Si les ventes dans la République populaire de Chine (RPC) reculent de 31 % en volume, à 58 millions de bouteilles, et de 22 % en valeur, à 311 M€, l'évolution est différente dans la zone spéciale de Hongkong. Dans cette tête de pont historique les ventes de bordeaux ont reculé de -4 % en volume (10 millions de bouteilles) et progressé de +3 % en valeur, à 327 M€. Soit plus de chiffre d'affaires qu'en Chine avec six fois moins de volume ! L'autre point fort des vins de Bordeaux n'est autre que le premier marché mondial du vin : les Etats-Unis. Sur ce territoire les bordeaux ont vu leurs ventes s'éroder de -1 %, à 26 millions de bouteilles, pour un chiffre d'affaires en hausse de +21 % à 279 M€.

Mieux anticiper la commercialisation

Quatrième marché pour les vins de Bordeaux après Hongkong, la RPC et les Etats-Unis, le Royaume-Uni, qui a littéralement inventé les bordeaux, est stable pour les ventes en volume, à 28 millions de bouteilles, tout en progressant de +25 % dans le domaine de la valeur, à 225 M€. Malgré l'impact conjoncturel de l'effondrement de la production en 2017 Allan Sichel a posé des questions de fond relatives à la robustesse du modèle viticole bordelais. Sans oublier de souligner que cette chute de la production bordelaise est survenue à contre-temps : lors d'une période où au contraire, dans leur ensemble, les vignobles européens, en particulier l'Espagne, la France et l'Italie, ont produit +28 %. Ce modèle bordelais est interrogé et sondé en profondeur depuis plusieurs années et bénéficie aujourd'hui d'un plan Bordeaux Ambition 2025 qui amplifie des initiatives lancées antérieurement.

"Cela recouvre plusieurs objectifs : d'abord affiner les prévisions de commercialisation grâce à des indicateurs et des outils précis ; ces estimations nous permettent de définir des recommandations de rendements, et d'agir ainsi sur l'offre modulant d'une année sur l'autre les volumes de vin mis sur le marché. Ce pilotage s'accompagne de l'utilisation du VCI (volume complémentaire individuel), qui permet d'assurer des volumes stables face aux aléas de récolte" a en particulier développé Allan Sichel.

Au-delà de l'impact conjoncturel qui secoue le vignoble bordelais en ce début d'année 2019, le président du CIVB a rappelé l'importance des études de marché menées pour éclairer les enjeux, en France comme à l'étranger. Bordeaux reste le premier vignoble en appellation d'origine contrôlée de France mais les courbes de son évolution vont en s'étiolant, a prévenu Allan Sichel. Ce dernier a observé que le vignoble, comme tous les autres en Nouvelle-Aquitaine, bénéficie du programme Vitirev, lancé par la Région pour aboutir à la réduction des intrants phytosanitaires dans la culture de la vigne (pesticides, etc.). Il a également souligné l'importance du développement de la responsabilité social des entreprises (RSE) au sein de la filière. A 33,2 M€ de recettes le budget du CIVB a repris quelques couleurs, avec en particulier 25,7 M€ de cotisations, 4,8 M€ de subventions européennes dans le cadre de l'OCM (organisation commune de marché) et 1,5 M€ généré par des placements de long terme. Coté dépenses le budget promotion, même réduit de 2,8 M€, arrive en tête avec 20,2 M€, devant l'administration générale, à 6,2 M€. Généré par le plus grand vignoble AOC de France, avec 111.400 hectares, le CIVB est aussi la plus puissante interprofession vitivinicole du pays.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 02/05/2019 à 20:32 :
L'interprofession me fait penser à un méga-tanker : 30 bornes pour changer de cap...la communication est invisible malgré les 20M€...il faudrait revoir les supports media...

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :