Les vins de Bordeaux veulent reprendre pied dans les restaurants bordelais

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Bordeaux n'est pas fermé aux vins de l'extérieur (notre photo à la Cité du vin) mais ses viticulteurs n'ont pas envie de disparaître de la restauration locale.
Bordeaux n'est pas fermé aux vins de l'extérieur (notre photo à la Cité du vin) mais ses viticulteurs n'ont pas envie de disparaître de la restauration locale. (Crédits : REUTERS/Regis Duvignau)
Les bordeaux et bordeaux supérieurs ont décidé de contre-attaquer et de repartir à la conquête des restaurants bordelais où ils ont commencé à devenir moins nombreux, faute d’un travail marketing de fond et de longue haleine. Un laisser-aller qui a occasionné des trous dans la raquette bordelaise de la restauration où des concurrents très proches se sont engouffrés.

Il n'y a pas assez de bordeaux servis dans les restaurants de Bordeaux. C'est ce constat paradoxal, pour ne pas dire contre nature, que l'ODG (organisme de défense et de gestion : ex-syndicat viticole) des bordeaux et bordeaux supérieurs, dont le siège se trouve à Beychac-et-Caillau (Gironde), a décidé de combattre ce mercredi 3 avril en débarquant à Bordeaux avec armes et bagages. Pas question pour autant de traquer de supposés restaurateurs récalcitrants. Après tout la France est un pays libre où l'on peut vendre le vin que l'on veut, y compris à Bordeaux.

"Les bordeaux ne sont pas assez servis, nous ne sommes pas assez fiers de nos vins qui parfois sont totalement absents des cartes des restaurants bordelais ! Il y a des trous dans la raquette", résume Véronique Barthe, vice-présidente de l'ODG bordeaux et bordeaux supérieurs, à la tête des Vignobles Véronique Barthe (châteaux La Freynelle, Jacquet, d'Arcole) en Entre-Deux-Mers.

D'où l'organisation, ce mercredi 3 avril à la Grande poste, rue du palais Galien à Bordeaux, d'une manifestation très conviviale baptisée "Les Halles de l'AOC". Avec comme accroche "Fiers de nos Bordeaux, Fiers de nos couleurs".

"Construire, reconstruire des relations avec les restaurateurs"

L'ODG a pour l'occasion mobilisé 33 de ses viticulteurs et invité 140 restaurateurs de la ville et alentour à venir goûter un large échantillonnage de la production de vins en Bordeaux et Bordeaux Supérieur. Un rendez-vous organisé en mode dégustation, avec tout un ensemble de petites tables où les restaurateurs ont pu s'initier au vin de Bordeaux grâce à une grande palette d'échantillons, accompagnée de plats pour travailler sur l'accord (déterminant pour ces professionnels) mets et vin. Parmi les restaurateurs ayant fait le déplacement à la Grande Poste on pouvait remarquer Vivien Durand, étoilé Michelin et Chef du Prince Noir, à Lormont.

"Certains restaurateurs, comme Vivien Durand, proposent déjà des bordeaux mais sont à la recherche de nouveaux fournisseurs, plus proches du terroir. Plus généralement nous trouvons dommage qu'avec tous les touristes qui viennent à Bordeaux nous ne soyons pas capables de valoriser nos vins, déplore Véronique Barthe. Nous devons construire, reconstruire des relations avec les restaurateurs, leur montrer l'étendue de notre palette. Avec les bordeaux et bordeaux supérieurs, poursuit-elle, nous sommes les plus nombreux en Gironde. Mais les autres AOC du département vont également bouger et ce mouvement devrait être porté par le CIVB, il faut déclencher une prise de conscience générale. Si nous ne sommes pas assez efficaces, si nous laissons un vide à Bordeaux alors d'autres saisissent l'occasion. La nature a horreur du vide."

"On nous reproche d'aller en Chine"

La viticultrice ne veut pas donner de détails mais le succès marketing des vins signés Château Tariquet (Gers), avec un blanc semi-liquoreux qui a fait date, y compris à Bordeaux (rappelons qu'il a été conçu par le célébrissime œnologue bordelais Denis Dubourdieu - Ndlr), et même des Côtes de Gascogne (Gers, Landes Lot-et-Garonne), où l'on peut tomber sur des assemblages à six cépages (comme avec Pellehaut) ne passent pas inaperçus, y compris dans le saint des saints bordelais. Ceci sans compter sur le puissant impact des rosés de Provence. En tout cas cette première initiative des bordeaux et bordeaux supérieurs va se poursuivre cet été avec le lancement d'une campagne de communication à partir du mois de juin.

Affichettes, posters et formations gratuites d'une demi-journée sur les bordeaux destinées aux restaurateurs : cette opération va même aller un peu plus loin.

"Nous allons aussi offrir des packs d'échantillons de trois bouteilles et organiser des opérations du type un verre offert pour un verre acheté. Ce n'est pas une histoire de prix mais de marketing. On nous reproche souvent d'aller en Chine, de ne pas nous occuper de Bordeaux et de la région. Et pourtant les producteurs bordelais sont contents d'avoir leurs vins à Bordeaux" recadre Véronique Barthe.

Un mouvement de reconquête silencieux est en marche dans les restaurants du port de la Lune, mais il ne sera pas de tout repos.

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Commentaires
a écrit le 06/04/2019 à 10:17 :
C'est dans le célèbre documentaire Mondovino que l'on voit des viticulteurs bordelais interviewés et des viticulteurs bourguignons.

Les premiers sont en costume cravate et ne parlent que de parts de marché et les seconds sont en bottes et ne parlent que de leur vin.

Cette financiarisation du vin de Bordeaux, notamment avec tout ces grands châteaux achetés par les chinois et autres, est en train de le tuer. Mais bon vous n'êtes hélas pas assez éclairés pour le voir et le comprendre je vois mal comment dans l'état d'esprit dans lequel vous êtes vous pourriez inverser la tendance, c'est pas possible l'argent semble avoir tué définitivement le Bordeaux.

Je suis bien content que Bergerac se soit mit, abondamment, au bio étant donné que pour ma part je suis servi je n'ai plus à me casser la tête à essayer de trouver un bon bordeaux à un prix raisonnable.
a écrit le 06/04/2019 à 7:44 :
Pas assez présent dites vous?
Essayez d'avoir un bourgogne, un beaujolais, un cote du rhône, un sancerre et bien d'autre à Bordeaux, c'est presque mission impossible. Et la qualité du bordeaux qu'on nous sert pour le prix me fais fuir les vins locaux.
Souvent celui qui présente les vins n'en connait pas plus que moi et a beaucoup de difficulté à me donner les caractéristiques de ce qu'il a à la carte.
a écrit le 06/04/2019 à 3:09 :
Cet article ne parle pas "des vins de Bordeaux" mais des "Bordeaux" et "Bordeaux Supérieurs", ce qui est moins surprenant. Dans ce cas, au-delà de la communication, c'est sur le rapport qualité / prix qu'il faut s'interroger, notamment par rapport aux jolis concurrents du Sud-Ouest ou d'ailleurs. En plus, il faut revoir l'homogénéité de qualité sur l'appellation (ce qui touche moins les restaurants où le restaurateur a pré-sélectionné ses vins). Enfin, pour le Tariquet (Premières Grives), la com a peut-être joué, mais derrière, le produit assure pour de vrai (la com ne fait pas tout) !
a écrit le 05/04/2019 à 16:35 :
Oui pourquoi pas, quand ça ne sera plus du poison en bouteille.

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