Grêle : les vignerons de Bordeaux et Cognac sortent l’artillerie

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Grâce la grande région Nouvelle-Aquitaine les viticulteurs bordelais et cognaçais vont pouvoir coordonner leurs efforts pour mieux protéger leurs vignobles et leurs productions.
Grâce la grande région Nouvelle-Aquitaine les viticulteurs bordelais et cognaçais vont pouvoir coordonner leurs efforts pour mieux protéger leurs vignobles et leurs productions. (Crédits : Reuters)
Déployer des canons anti-grêle dans le sud de Bordeaux Métropole posera des problèmes mais il n'est pas possible de faire autrement, tout comme à Cognac, deux vignobles qui ont perdu près de 10.000 hectares en mai à cause des grêlons. Le préfet a fait le point ce mercredi matin avec les professionnels de Gironde.

"Nous allons installer 25 générateurs anti-grêle supplémentaires, dont 16 en Charente, 11 en Charente-Maritime et 4 en Gironde. La majorité des perturbations entrent dans les Charentes en provenance de la pointe du Médoc et du bassin d'Arcachon, c'est pourquoi nous allons installer quatre de ces générateurs en Gironde : pour intervenir en amont du phénomène" expose Alexandre Imbert, directeur de l'Union générale des viticulteurs AOC Cognac (UGVC), à Cognac (Charente).

Il s'agit de l'une des mesures qui a été présentée lors de la réunion de travail organisée par la préfecture de la région Nouvelle-Aquitaine le 1er juin dans les locaux du BNIC (Bureau national interprofessionnel du cognac), à la suite des violents orages de grêle qui ont frappé la région le 26 mai dernier.

Ces générateurs ou canons à grêle sont généralement mis en œuvre bénévolement dans le cadre de l'Association nationale d'étude et de lutte contre les fléaux atmosphériques (Anelfa), qui pilote ce type d'installations.

"Ce sera le cas dans les départements de Charente et Charente-Maritime, qui font partie de notre réseau Anelfa, mais pas en Gironde, où nous devrons probablement indemniser les gens. Les zones qui nous intéressent étant peu peuplées. C'est important parce que pour être efficaces tous les générateurs à grêle doivent lâcher l'iodure d'argent qui va monter dans les nuages en même temps" rappelle Alexandre Imbert.

3.500 hectares ravagés à Cognac

Les nuages de grêle n'ont épargné ni la Gironde (près de 7.000 hectares détruits) ni les deux Charentes où les viticulteurs de la région de Cognac ont subit de grosses pertes. Dans la zone de production du vin blanc destiné à l'élaboration du cognac, 3.500 hectares de vigne ont ainsi été détruits à 80 %, sur un total de 10.000 hectares touchés à des degrés variables. Sachant que le vignoble de Cognac compte près de 75.000 hectares de vigne. L'installation de ces générateurs ou canons anti-grêle était également au menu de la réunion de travail organisée ce mercredi matin 6 juin à la préfecture de la région Nouvelle-Aquitaine, à Bordeaux.

"Nous avons besoin de canons à grêle supplémentaires en Gironde. C'est d'autant plus délicat que, pour être efficaces, il faudra que nous les installions au sud de Bordeaux et Bordeaux Métropole : dans des zones urbaines où il faut éviter de créer des problèmes. C'est pourquoi nous allons en parler avec les élus. Les canons anti-grêle, qui servent à réduire la taille des grêlons, sont efficaces à 40 ou 50 km de distance" a observé Didier Lallement, préfet de Gironde et de Nouvelle-Aquitaine, à la sortie de cette réunion, à laquelle participaient de nombreux représentants du monde viticole et plus largement agricole, avec Bernard Artigues, président de la Chambre d'agriculture de la Gironde, Hervé Grandeau, président de la Fédération des grands vins de Bordeaux ou encore Bernard Farges, ex-président du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB), président de la CNAOC (Confédération nationale des producteurs de vins et eaux de vie AOC).

Trois mesures clés pour faire face à la crise

Plusieurs propositions ont été transmises au ministère de l'Agriculture, dont l'exonération de taxes du foncier non bâti, déjà utilisée l'an dernier. Didier Lallement l'a souligné, ce qui est proposé c'est un panel de solutions, étant entendu que ces dernières ne seront pas à la hauteur des dégâts constatés. En Gironde 500 viticulteurs ont été frappés, dont un nombre non précisé se trouve dans une situation désespérée.

"C'est la deuxième fois en deux ans que certains ont été touchés, et là, il n'y a plus grand-chose à faire" a éclairé le préfet. Le président de la Chambre d'agriculture de la Gironde a aussitôt précisé que les agents de ses services allaient justement à la rencontre de ces agriculteurs, "car il n'y a pas que des viticulteurs" a-t-il prévenu, en grande difficulté. Dans ce cadre c'est la MSA, la sécurité sociale agricole, qui va être sollicitée.

Hervé Grandeau a quant à lui précisé que les viticulteurs réclament trois mesures clés. Il s'agit tout d'abord du doublement des volumes complémentaires individuels (VCI), qui permettent de constituer des stocks de vin de précaution et de les revendre (selon un cahier des charges très serré) en cas de pénurie, pour les passer de 5 à 10 hectos/hectare/an. Autre point clé déjà mis en avant l'an dernier : l'amélioration des contrats d'assurance contre la grêle. Le troisième point étant la possibilité de constituer une épargne de précaution non soumise à l'impôt pour pouvoir l'utiliser lors des exercices à problèmes. "In fine cette épargne sera réinjectée dans le chiffre d'affaires et l'Etat n'y perdra absolument rien" entend faire savoir Hervé Grandeau. Une autre réunion est prévue le 15 juin prochain et le préfet veut revoir "à froid" tous les acteurs de la filière fin octobre ou début novembre.

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