Agriculture : 15 M€ de manque à gagner en Nouvelle-Aquitaine

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Les éleveurs n'ont sûrement pas fini de protester contre la modification de l'indemnité compensatoire handicap naturel (ICHN)
Les éleveurs n'ont sûrement pas fini de protester contre la modification de l'indemnité compensatoire handicap naturel (ICHN) (Crédits : © Stephane Mahe / Reuters)
Avec le changement de définition des régions agricoles défavorisées, 2.000 agriculteurs de Nouvelle-Aquitaine en zones fragiles vont perdre 15 M€ d’aide annuelle. C’est l'un des dossiers abordés par le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine avant le Salon international de l’agriculture.


Alain Rousset, président de la région Nouvelle-Aquitaine, a présenté ce lundi matin le dispositif néo-aquitain mis en place pour la participation régionale au Salon international de l'agriculture, qui va se tenir à Paris Expo, porte de Versailles, du 24 février au 4 mars, sous le titre générique "L'agriculture une aventure collective". Alain Rousset était notamment en compagnie de Jean-Pierre Raynaud, vice-président du conseil régional en charge de l'agriculture, de l'agroalimentaire, de la forêt, de la mer et de la montagne.

"Il n'est pas inutile de rappeler que la Nouvelle-Aquitaine est la première région agricole et agroalimentaire d'Europe, la première de France pour les productions sous signes officiels de qualité. Le Sud-Ouest c'est aussi un art de vivre, avec la gastronomie et les arts de la table. Et il est intéressant de noter que nous sommes la région où a été créée la première IGP (indication géographique protégée) non alimentaire, avec la porcelaine de Limoges", a relevé Jean-Pierre Raynaud.

Le Salon international de l'agriculture c'est aussi la plus grande vitrine de l'agriculture et du monde rural et cette édition 2018 sera l'occasion, pour la deuxième fois, de valoriser l'élevage bovin néo-aquitain, représenté par quatre races : Bazadaise, Blonde d'Aquitaine, Limousine et Parthenaise.

Cognac et Armagnac en démonstration régionale

"Nous consacrons plus de 62 M€ par an à l'agriculture, hors recherche et formation. Il faudrait consolider l'ensemble de nos budgets d'intervention dans l'agriculture pour avoir une vue plus précise de l'importance de notre engagement. Comme elle a été créée en 2016, la Nouvelle-Aquitaine sera présente pour la deuxième fois au Salon international de l'agriculture et l'idée c'est de profiter de cette manifestation pour capitaliser sur l'image de la région", éclaire Alain Rousset.

En plus des bovins, le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine a également prévu une bonne place pour les ovins, étant donné que la région est, avec Poitou-Charentes, le numéro un national du fromage de chèvre. Important producteur de beurre dans le Sud-Ouest, l'ex-Poitou-Charentes verra également cette production valorisée pendant le salon.

L'espace Nouvelle-Aquitaine au Salon international de l'agriculture, principalement réparti entre les halls 1 (élevage) et 3 (régions), va se déployer sur plus de 1.600 m2. Avec de nombreuses opérations, dont la présentation en alternance au grand public du cognac et de l'armagnac, grâce à la participation du BNIC (Bureau national interprofessionnel du cognac) et du BNIA (Bureau national interprofessionnel de l'armagnac).

L'expérimentation d'un "Agro smart campus"

Le Comité régional du tourisme de Nouvelle-Aquitaine (CRTA) sera de la partie et trois départements ont décidé de profiter de cette vitrine pour se présenter. Il s'agit de la Corrèze, de la Gironde et du Lot-et-Garonne. Comme l'a souligné Jean-Pierre Raynaud, la participation au salon coûte toujours aussi cher et le nombre d'exposants néo-aquitains s'inscrit en baisse pour cette édition 2018 avec 74 participants. L'espace loué est identique à 2017 et le budget prévu pour cette opération est de l'ordre du million d'euros. Alain Rousset a expliqué qu'il fallait passer "d'une agriculture de compensation à une agriculture d'innovation".

Il défend ainsi l'idée de l'expérimentation, à partir de mai 2018, de la création d'un "Agro smart campus" (campus agro intelligent) afin de rapprocher le monde de la recherche, notamment incarné par l'INRA (Institut national de la recherche agronomique) de celui de l'enseignement. Dans ce cadre, Alain Rousset préconise la création d'une formation des élèves et des enseignants sur la diffusion des bonnes pratiques, aussi bien pour une meilleure gestion des fermes qu'une sortie des pesticides. C'est ainsi que le président de la région a cité l'expérience faite à Chizay (Deux-Sèvres), d'un "laboratoire à ciel ouvert" qui mobilise notamment 400 agriculteurs et des lycées.

La bombe à retardement de l'IHCN

Si le président de la région entend regarder vers l'avant et miser sur l'innovation, il n'en reste pas moins que le monde agricole fait face à de nombreuses difficultés dont l'adoption d'un nouveau zonage européen des régions agricoles défavorisées n'est pas le moindre.

"Ne nous trompons pas, ce nouveau découpage géographique n'est pas du tout imposé par Bruxelles. Mais il résulte de décisions prises il y a dix ou quinze ans par les dirigeants des pays membres de l'Union européenne, et donc par l'Etat français. Tout le problème tient dans la redéfinition de l'ICHN : l'indemnité compensatoire handicap naturel. La Nouvelle-Aquitaine est la région la plus concernée. En particulier les Deux-Sèvres, les Pyrénées-Atlantiques, le nord du Lot-et-Garonne et le sud de la Dordogne. Le département des Deux-Sèvres est le plus touché puisque plus de 1.000 de ses agriculteurs sont concernés par cette redéfinition de l'indemnité compensatoire sur un total de 2.000 en Nouvelle-Aquitaine", détaille Alain Rousset.

Cette modification réglementaire représente un manque à gagner de 15 M€ pour les agriculteurs néo-aquitains, somme que la Région ne pourra pas compenser, comme l'a souligné le président régional.

L'ICHN, c'est sans doute ce qui fait son charme made in France, est redéfinie avec la netteté tranchante d'une équation. Ainsi l'indemnité est perdue pour tous les troupeaux qui comptent plus de 1,4 bovin par hectare.

"C'est justement dans les régions fragiles que les éleveurs ont dû densifier leurs petits troupeaux pour faire face aux difficultés. Avec le nouveau règlement cette indemnité va aller à de nouvelles régions qui n'ont aucun problème de fragilité agricole, comme la Normandie, les Pays-de-la-Loire ou le Grand Est ! Simplement parce qu'on y trouve de plus grands troupeaux avec de plus faibles densités d'animaux à l'hectare !", se désole Jean-Pierre Raynaud.

Cerise sur le gâteau : au lieu de relever comme jusqu'à présent de la solidarité nationale, l'ICHN pourrait désormais ne plus être payée que par les agriculteurs... dont le pouvoir d'achat est en recul constant... Et puis au lieu de rester dédiée au seul élevage, cette indemnité pourrait être également versée aux céréaliers

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