Vignobles : quand le dépérissement se heurte au mur du son

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Dans les vignes de Château Pape Clément, l'Esca recule grâce à la mélodie, pardon, protéodie stimulante biologiquement diffusée régulièrement par le boitier de Genodics.
Dans les vignes de Château Pape Clément, l'Esca recule grâce à la mélodie, pardon, protéodie stimulante biologiquement diffusée régulièrement par le boitier de Genodics. (Crédits : D.R)
La société parisienne Génodics l’assure : la solution au dépérissement des vignes françaises passerait par la diffusion d’ondes musicales qui stimulent, en fonction des notes ou accords, des acides aminés et donc la résistance des ceps aux maladies et à la mort. En Aquitaine, où la diffusion de cette technologie est assurée par Hervé Bonnet, de grands acteurs comme Pape Clément ou Vignerons de Buzet ont mis certaines de leurs vignes sous la protection musicale de la génodique.

Le 20 janvier dernier, les colonnes de La Tribune Bordeaux relayaient  l'inquiétude des interprofessions viticoles face au dépérissement des vignobles français dû, notamment, à l'esca, sorte d'apoplexie du cep de vigne, et à plusieurs autres maladies du bois.
Lors de son Forum environnemental, le Conseil interprofessionnel  du vin de Bordeaux lâchait qu'en dépit des programmes de recherche, pour le moment, il n'existait pas de solution au problème.
Minés par les maladies du bois, les cépages français dépérissent.
Une récente étude montre que cette perte de rendement due aux maladies et à la mort de pieds de vigne représente un manque à gagner de 1 milliard d'euros annuel pour la filière viticole française.
Dans les labos de l'Inra, notamment, on continue donc de chercher...

Château Pape Clément séduit par la "musique" Genodics

Dans les vignes du prestigieux Château Pape Clément (Pessac), propriété de Bernard Magrez, on ne cherche plus, car on pense avoir trouvé le remède à l'esca, maladie qui peut bloquer la montée de la sève et tuer le pied de vigne.
Cette lutte ne prend pas l'apparence d'un produit phytosanitaire, ni d'une manipulation de gènes de la vigne. Elle prend la forme d'un simple (en apparence) boîtier électronique, doté d'un panneau solaire lui garantissant l'autonomie énergétique. Ce boîtier, installé entre deux pieds de vignes, diffuse un son, 7 minutes (au maximum) par jour.
Ce son, une note ou accord tout à fait audible jusqu'à 20 m de l'appareil, produit, pendant la période de la formation de la fleur jusqu'à la vendange, une onde qui stimule les protéines de défense de la vigne.
Baptisées "Protéodies", par l'inventeur de ce "procédé génodique", le physicien Joël Sternheimer, ces notes sont des informations biologiques, des reproductions de phénomènes ondulatoires que la plante produit naturellement pour croître et/ou lutter contre des maladies
Autrement dit : à chaque plante, à chaque séquence de stimulation d'acides aminés de protéines son son.

Pour convaincre, Genodics  parie sur le  "Satisfait ou remboursé"

En Bordelais, c'est Hervé Bonnet qui, après avoir testé la génodique sur une de ces parcelles de vignes, est désormais en charge de faire connaître cette solution commercialisée par la société parisienne Genodics.
Directeur technique vigne pour la société depuis 2014, Hervé Bonnet assure, mais on serait surpris du contraire, que la diffusion des protéodies donne des résultats probants.

"Depuis sept ans, et au travers des conclusions du suivi de 80 parcelles dotées de nos appareils, le procédé génomique permet de réduire la mortalité de 60 % en moyenne, soit une division par trois de la mortalité."

Certaine de l'efficacité de sa technologie, Genodics propose, en cas de baisse de mortalité inférieure à 30 %, de rembourser intégralement ses prestations qui s'élèvent à 2.600 euros/an pour la protection de 5 hectares (800 euros par appareil + installation, formation et suivi). Un coût qui, de toute façon, chute fortement dès la seconde année pour passer à 800 euros par zone de 5 h couverte.
Selon Genodics, quand la mortalité des ceps de vigne est divisée par trois (baisse de 67 %), l'économie réalisée par le viticulteur s'élève à 2.000 euros/h. Elle s'élève à 1.500 €/h si la mortalité baisse de 50 %. Si elle baisse de 33 % cela représente encore 1.000 euros/h...
Dans ces conditions on peut se demander pourquoi toutes les vignes de France ne jouent pas la partition de Génodics ?

La musique n'adoucit pas encore toutes les mœurs et coutumes

"Il existe des résistances fortes. Les usages, la tradition influent fortement dans la prise de décision. Ce sont les résultats positifs de tests effectués entre 2003 et 2005 en Val de Loire qui ont entraîné la création, en 2008, de Génodics. Malgré le recul que nous avons sur cette technique, il existe encore des freins au déploiement. Des freins uniquement psychologiques car économiquement, il n'y a rien à perdre à tester le procédé génodique !", assure Hervé Bonnet.

Appliqué à la vigne mais aussi à la production de fruits et légumes dans une centaine d'exploitation en France (dont 80 propriétés viticoles), le procédé génodique, qui a séduit  les vignerons de Buzet, en Lot-et-Garonne, n'a fait l'objet d'aucune demande de remboursement à ce jour selon Genodics qui souhaite rappeler que sa technologie, qui se renforcera bientôt avec des bornes de diffusion de sons pilotables à distance via un smartphone, n'est pas une solution miracle pour tout et partout.

"Nous savons que quand une parcelle est touchée par plus de 20 % de mortalité, la stimulation sonore ne fait que ralentir la progression. Nous savons aussi que des cépages sont moins sensibles au procédé génodique que d'autres. Nous sommes clairs là-dessus avec les producteurs que nous approchons. Nous ne leur vendons pas du vent", conclut Hervé Bonnet.

Pas du vent, mais du son qui s'il stimule ou inhibe les fonctions biologiques des plantes et de leurs parasites, n'adoucit pas encore totalement les mœurs et usages viticoles.

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Commentaires
a écrit le 01/02/2016 à 15:01 :
De la musique contre la maladie des bois?Voila qui me laisse totalement septique si c'était de la musique quantique je serait plus hésitant..........
Réponse de le 02/02/2016 à 9:24 :
Peut étre que arretant de tuer la terre avec plein de produits chimiques, on arrèterait plus de maladie naturellement. C'est largement prouvée dans l'agro-écologie.....
Et je pense que le son n'est que l'un des moyens de parvenir a protéger les vignes.

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