La métropole bordelaise loin de la taille européenne

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Malgré de nouveaux symboles forts, comme la Cité du vin, la métropole bordelaise n'a pas cette taille urbaine européenne largement dictée par les villes allemandes.
Malgré de nouveaux symboles forts, comme la Cité du vin, la métropole bordelaise n'a pas cette taille urbaine européenne largement dictée par les villes allemandes. (Crédits : Bordeaux River Cruise)
Malgré son attractivité, la métropole bordelaise a de sérieuses faiblesses en haute technologie. Dans l’Atlas de l’espace métropolitain de Bordeaux qu’elle vient de publier, l’Agence d’urbanisme fait le tour du potentiel bordelais.

Avec la labellisation French Tech Bordeaux et la culture en incubateurs de startups de plus en plus nombreuses, la situation pourrait partiellement se rééquilibrer. Mais il ne faut pas rêver : avec près de 9.800 emplois recensés en haute technologie dans la zone d'emploi de Bordeaux en 2012 (source Acoss-Agence centrale des organismes de sécurité sociale) contre plus de 40.000 à Toulouse, le port de la Lune ne fait pas le poids comparé à la Ville rose. Les emplois en haute technologie regroupent notamment la fabrication de produits pharmaceutiques, de composants électroniques, d'équipements de communication, de produits électroniques grand public, de matériels optiques, etc.

La situation ne s'améliore pas davantage quand on la mouline à l'échelle nationale : avec 2,7 % des emplois salariés relevant de la haute technologie, Bordeaux se situe juste au-dessous de la moyenne des 11 aires métropolitaines françaises et en 5e position en nombre d'emplois. Toulouse est de son côté la 1re métropole régionale en termes d'emplois en haute technologie.

"Oui sur le plan de l'innovation Toulouse bénéficie de son côté "Airbus City", un atout dont Bordeaux ne peut pas se prévaloir. L'implantation sur son territoire du siège social d'Airbus entraine des kyrielles de conséquences positives, par exemple dans la recherche. Et toute l'Europe vient travailler à Toulouse, qui est aussi plus cosmopolite" assène sans prendre de gants Jean-Marc Offner, directeur de l'Agence d'urbanisme Bordeaux Métropole Aquitaine, dont Véronique Ferreira est la présidente, à l'origine de l'Atlas de l'espace métropolitain de Bordeaux, publié par les Editions Mollat, à Bordeaux.

"Toulouse, l'impensé de Bordeaux"

Le directeur de l'A'urba n'est pas là pour jouer au méchant avec fouet et bottes à clous dans une nouvelle version bordelaise de Donjons et Dragons. Cet atlas entend mettre en lumière les types de relations qu'entretient Bordeaux avec les autres villes, qu'elles soient périphériques ou plus lointaines. Et puis la dépendance quasi absolue de Toulouse à Airbus et à l'aéronautique est un talon d'Achille qui émerge assez régulièrement dans les discussions à Bordeaux. Le sobriquet d'"Airbus City" renvoie inconsciemment à celui de "Motor City" mais on voit mal comment Toulouse pourrait suivre, même d'ici 15 ou 20 ans, une trajectoire aussi sombre que celle de Détroit, ex-capitale de l'automobile, à un moment où les perspectives de l'aéronautique ont rarement été aussi florissantes.

"Un des éléments saillants de cette étude c'est quand même de montrer qu'au plan national Bordeaux entretient ses relations les plus fortes avec Paris, car, sur le plan quantitatif, Paris c'est 12 millions d'habitants, et personne n'y échappe. C'est une ville qui écrase à peu près tout, comme Londres au Royaume-Uni. L'étude montre aussi, dans une dynamique nettement plus régionale, que Toulouse c'est l'impensé de Bordeaux. Après Paris, Toulouse est la deuxième ville la plus importante pour Bordeaux", diagnostique le patron de l'A'urba, comme s'il s'agissait d'exorciser un fantôme dans la machine. Toulouse est une ville importante pour Bordeaux, et vice-versa, mais dans le port de la Lune personne ou presque n'en parle : ce n'est pas un sujet de discussion.

La mort de la métropole mère

Reste que les deux anciennes régions Aquitaine et Midi-Pyrénées et leurs capitales ont noué de nombreux liens au plan économique, notamment par le biais des pôles de compétitivité, avec Aerospace Valley ou Agri Sud-Ouest Innovation. Le fait que ce dernier, centré sur l'agriculture et l'agroalimentaire, fondé à Toulouse et présent en Aquitaine depuis 2012, ait décidé de se développer à l'échelle de la Nouvelle-Aquitaine mais n'arrive pas à faire de même en Occitanie Pyrénées Méditerranée a de quoi laisser songeur. Au moment où les nouvelles grandes régions finissent de prendre leurs marques, l'étude de l'A'urba souligne aussi que la crainte de voir Bordeaux Métropole dévorer les plus petites villes qui l'entourent est passablement infondée.

"Dans le système métropolitain les flèches vont dans les deux sens. Nous ne sommes plus dans le schéma pyramidal où la métropole mère est la plus puissante. Nous sommes dans un système où les pépites sont réparties. Le festival de la BD d'Angoulême est mondialement connu mais c'est bon aussi pour Bordeaux en termes de retombées, les deux villes n'étant pas très éloignées. Idem pour les bordeaux et cognac : leur proximité géographique profite à ces deux productions et un Chinois intéressé par le Bordelais ira presque à coup sûr jeter un œil à Cognac" synthétise Jean-Marc Offner.

A partir du foyer métropolitain

Le patron de l'A'urba estime que Bordeaux "n'est pas si gros que ça" et que la métropole a toutes les cartes pour se rapprocher de ses voisines dans de bonnes conditions. L'atlas de l'A'urba, qui est aussi un beau livre pour les amoureux de la cartographie contemporaine, cerne tout d'abord la géométrie "du foyer métropolitain", que définissent l'aéroport international, la gare et le port. Cet ouvrage ne s'intéresse pas à la Métropole en tant qu'institution mais bien sous l'angle des flux démographiques et socio-économiques qui la définissent.

Le second volet de l'étude se penche ainsi sur la métropolisation du département, en s'appuyant sur les déplacements domicile-travail, tandis que la dernière partie traite de l'évolution des relations à l'échelle interrégionale, nationale et internationale. Conclusion de Jean-Marc Offner : pour prétendre devenir européenne, la métropole bordelaise a besoin d'alliés. Le patron de l'A'urba n'accorde ce titre européen qu'à Lyon. Et sans Toulouse il semble qu'il y ait peu d'espoir d'aboutir à cette taille XXL pour Bordeaux...
(Edité par Mollat cet ouvrage de 135 pages est vendu au prix de 23 €.)

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Commentaires
a écrit le 09/12/2016 à 13:40 :
"la métropole bordelaise n'a pas cette taille urbaine européenne largement dictée par les villes allemandes."

Les allemands mènent l'europe à sa perte, pourquoi continue t-on de les prendre en exemple ?

Aberrant.
a écrit le 08/12/2016 à 10:31 :
Oui Bordeaux n'est pas une métropole. Allez voir Munich, Hambourg, Milan !
Bordeaux egocentré sur le vin, le tourisme, l'agriculture. Industries nouvelles, très peu, innovation, oui un peu mais pas industrielle.
L'emploi : étudiants et retraités, je cherche toujours les vrais actifs; ils sont tous partis à Paris.
Nos politiques ont beau comparer l'Aquitaine à l'Autriche, je vois à côté de celle-ci la Slovaquie ou la Suisse; regardez le type d'emploi que l'on a dans ces pays : Autriche, 'art de vivre', Slovaquie, industrie de base (arrière-cour de la Bavière) et Suisse, technologie et finance.
Alors soyons réalistes, modestes, mais courageux, car le chemin sera long pour 'décoller'.
a écrit le 07/12/2016 à 23:09 :
En même temps, Bordeaux est la première partenaire économique de Toulouse aprés Paris... La réciproque est vraie aussi. Toulouse surclasse Bordeaux sur beaucoup de points certes mais il ne faut pas idéaliser cette ville qui a un poids démographique très proche, d'ailleurs l'agglo de Bordeaux était plus grande il y a juste quelques années. Ces deux villes sont tout à fait comparable avec un léger plus pour Toulouse, en ce moment.

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