Le centre Broca met Bordeaux au cœur du cerveau (1/2)

 |   |  1296  mots
Le centre Broca Nouvelle-Aquitaine, vaisseau amiral du Neurocampus, héberge 650 chercheurs
Le centre Broca Nouvelle-Aquitaine, vaisseau amiral du Neurocampus, héberge 650 chercheurs (Crédits : H. Bretheau)
C'est une première en France : regrouper toutes les disciplines des neurosciences dans un seul et même endroit. Le programme universitaire Neurocampus vient d'ajouter à ses atouts un centre pluridisciplinaire, le centre Broca Nouvelle-Aquitaine, inauguré aujourd'hui. Ce dernier ayant nécessité un investissement de 67 M€, complète la volonté de Neurocampus, fort de 650 chercheurs, de compter parmi les plus grands acteurs mondiaux de la recherche neuroscientifique.

"La recherche appliquée n'existerait pas sans la recherche fondamentale, et à l'inverse, la recherche fondamentale amène à des applications." Ce postulat de départ est posé par le directeur de recherche à l'Inserm, Erwan Bézard, également directeur de l'Institut des maladies neurodégénératives (IMN) au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et à l'Université de Bordeaux. Un des trois acteurs de cette réussite. Il est accompagné par Pier-Vincenzo Piazza, directeur du Neurocentre Magendie Inserm, coordinateur du projet Bordeaux Neurocampus et par Daniel Choquet, le directeur de l'Institut interdisciplinaire de neurosciences de l'unité mixte de recherche du CNRS et de l'Université de Bordeaux, également directeur de recherche à l'Inserm.

C'est ainsi qu'est née la volonté des chercheurs bordelais de créer un pôle de recherche complet afin de travailler de la recherche fondamentale à la recherche appliquée jusqu'au malade. Un projet très fortement soutenu depuis le début de l'aventure en 2007 par Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine qui a investi pas moins de 67 millions d'euros pour le centre Broca Nouvelle-Aquitaine, inauguré aujourd'hui. Situé en plein cœur du campus de Carreire de l'Université de Bordeaux et jouxtant le CHU, le centre est le point d'orgue de l'ambition du projet. Au total, 650 scientifiques venus du monde entier travaillent sur 30.000 m2 au sein de cette super-structure qu'est le Neurocampus.

650 chercheurs au même endroit

Le centre Broca concentre à lui seul 240 scientifiques et regroupe deux instituts majeurs : l'Institut interdisciplinaire de neuroscience (IINS) pour étudier l'activité cérébrale au niveau nanoscopique et au niveau du fonctionnement des réseaux neuronaux, l'Institut des maladies neurodégénératives (IMN) pour la recherche fondamentale, pré-clinique et clinique, mais également une partie du Bordeaux Imaging Center (BIC). Pour travailler de l'infiniment petit aux comportements normaux ou pathologiques, le bâtiment est directement relié au Neurocentre Magendie et à la plateforme Génomique fonctionnelle. Cet écosystème permet d'optimiser les interactions entre les différents corps de métiers.

'Nous avons tout le Neurocampus de 200 à 400 mètres à la ronde, visualise Erwan Bézard. Ce sont des synergies que l'on ne retrouve pas ailleurs en France et qui nous permettent d'être leader dans certains domaines."

Pour créer cette synergie, le centre Broca collabore main dans la main avec l'Institut des neurosciences cognitives et intégratives (INCIA), le NutriNeurO, qui s'intéresse au rapport entre la neuroscience et la nutrition, le SANPSY, qui fait des recherches sur le sommeil ou encore l'addiction et la neuropsychiatrie.

Ces instituts sont complétés par l'Université de Bordeaux, le CNRS, l'Inserm et l'Institut nationale de la recherche agronomique (Inra). Sans compter sur le laboratoire d'excellence, Brain (Bordeaux Région Aquitaine initiative for neurosciences), l'école internationale des neurosciences (Bordeaux School of Neurosciences), une vingtaine de plateformes de recherche et de plateaux techniques et une fédération de recherche.

Neurocampus et le centre Broca sont des atouts maîtres pour faire de Bordeaux un pôle d'attractivité nationale et internationale et ils visent l'excellence. Pas moins.

Bordeaux sur la carte du monde des neurosciences

Neurocampus s'inscrit déjà autour de programmes de recherches uniques, pionniers ou très compétitifs. C'est un des leaders en ce qui concerne la maladie de Parkinson par exemple et la proximité du CHU de Bordeaux apporte un plus aux recherches.

"Aujourd'hui, au sein des unités de recherche, nous avons la capacité de passer de la cellule à l'homme, précise Erwan Bézard. Les malades ont des soins hospitaliers dans un cadre universitaire, ce qui est extrêmement rare. Tout cela est fait pour favoriser la recherche clinique. Il n'y a pas d'autres exemples en France."

Les chercheurs bordelais sont également à la pointe sur  l'étude des mécanismes des maladies psychiatriques, en particulier avec des contributions significatives dans le domaine de la toxicomanie.

"On vient de découvrir une nouvelle classe de médicament pour le système nerveux central avec un mécanisme d'action original. Dans les maladies liées au stress post traumatique notamment, explique Pier-Vincenzo Piazza, nous avons pu créer la startup qui développe ce système et aujourd'hui le médicament est en train d'être testé chez l'homme. Cela s'est fait en trois ans et demi. C'est le développement du savoir-faire qui nous a permis d'y arriver.."

Un savoir-faire qui permet aujourd'hui de travailler sur des projets d'envergures et d'attirer les cerveaux du monde entier. Sept à huit équipes venues de l'étranger sont déjà installées au sein de Neurocampus.

"Il y a 15 ans, quand on faisait un appel d'offre pour attirer de nouveaux chercheurs, nous avions trois, quatre candidats pour un poste. Pour le dernier appel d'offre, nous avons eu 200 candidats pour un poste, dont une centaine de très haut niveau, calcule Erwan Bézard. L'attractivité en terme scientifique a considérablement augmenté."

Un travail de longue haleine

Cette attractivité de Bordeaux pour la recherche en neurosciences ne date pas de la mise en place du centre. Cela fait vingt ans que les chercheurs, la Région et les institutions s'efforcent d'offrir des qualités de travail exceptionnelles dans le pays. Il a fallu élaborer de réels business plans, créer un comité de pilotage, convaincre les meilleurs chercheurs de venir, s'équiper entièrement à la pointe de la technologie... Sur les 67 millions d'euros investis par la région, 47 millions ont été dédiés à la construction du bâtiment et  20 millions à l'équipement et à l'accompagnement.

"Dès le départ nous avons vu que l'appui de la Région pouvait en faire une filière remarquable et reconnue internationalement, rappelle Françoise Jeanson, conseillère régionale déléguée à la Santé. Cet investissement permet de se déplacer vers l'aval et de faire monter en puissance le secteur des technologies vers du développement d'entreprises et du développement industriel."

Le Conseil régional estime avoir investi entre 1,2 et 1,4 milliard d'euros dans la recherche depuis 1998.

L'attractivité industrielle et le transfert

L'attraction ne se cantonne pas aux scientifiques. Les industriels sont également très intéressés.

"Dans le domaine des technologies et de l'instrumentation, les sociétés d'instrumentation veulent absolument être présentes à Bordeaux, assure Daniel Choquet. Nous venons par exemple de signer un accord de partenariat avec la plus grande société de microscopie, Leica Microsystems."

De plus, la communauté des neuroscientifiques de Bordeaux a parallèlement entamé une démarche d'ouverture vers le transfert de technologies, autrement dit la valorisation économique des recherches.

"Nous avons réussi à faire comprendre à nos collaborateurs que la valorisation des recherches est importante et que c'est même un devoir de les transférer, poursuit Pier-Vincenzo Piazza. Nous avons fait rentrer progressivement une double culture de la découverte fondamentale et en même temps du transfert en respectant chaque profession.  Il y a un mouvement dans ce sens et je pense que c'est un mouvement inarrêtable."

Une démarche qui a permis à des chercheurs d'apprendre un nouveau métier et de capter des profils déjà sensibles à cette dualité.

"A Bordeaux, on a su accueillir des personnes qui ont cette double culture, cette capacité de transfert, de parler à des industriels, souligne Daniel Choquet. Ils ont une place au sein de nos instituts de recherche. Du coup, au sein d'un centre de recherche fondamentale, ils se nourrissent de recherches complètement extrêmes en amont et ça fonctionne très bien. Ce sont des sortes de courroie de transmission."

Neurocampus est donc devenu un des fleurons de la recherche en neurosciences connu et reconnu dans le monde entier. Une ambition qui au départ n'était qu'un rêve de quelques chercheurs bordelais.

Lire la suite du dossier : Neurocampus, un mariage réussi entre recherche et économie ?

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :