La Nouvelle-Aquitaine lance son cluster énergies et stockage

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Jean-Luc Fouco, président de l'Agence de développement et d'innovation Nouvelle-Aquitaine, Bruno Lechevin, président de l'Ademe et Alain Rousset, président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine
Jean-Luc Fouco, président de l'Agence de développement et d'innovation Nouvelle-Aquitaine, Bruno Lechevin, président de l'Ademe et Alain Rousset, président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine (Crédits : DR)
Coup d'accélérateur dans la transition énergétique en Nouvelle-Aquitaine : un cluster énergies et stockage, destiné à renforcer et structurer la filière, a été lancé hier en présence du président de l'Ademe, Bruno Léchevin, et du président du Conseil régional Alain Rousset.

"Il y a un potentiel de développement technologique assez considérable en Nouvelle-Aquitaine" affirme Alain Rousset. Alors que la région couvre déjà près de 20 % des besoins énergétiques de son territoire par les énergies renouvelables, elle compte mettre les bouchées doubles. Décloisonner les mondes de la recherche, des plateformes technologiques et des entreprises, semble être la meilleure combinaison pour pousser l'innovation au maximum et adresser le marché mondial. Avec ce cluster, la Région veut se donner les moyens d'avancer plus rapidement qu'au niveau national. Cette structure permettra de renforcer la structuration de la filière énergies et stockage, pour répondre efficacement aux opportunités industrielles des nouveaux marchés et au défi énergétique et environnemental en région. Avec l'appui de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), de la Région, de l'Europe et du CEA sur le plan technologique, près de 220 entreprises seraient concernées.

Pour Bruno Léchevin, président de l'Ademe, présent lors du lancement hier :

"Il y a un vrai enjeu à développer les filières du stockage et des réseaux intelligents et la Nouvelle-Aquitaine dispose de solides atouts. Les actions de l'Ademe, de la Région et du cluster seront très complémentaires : d'un côté l'identification et l'amorçage de projets cohérents avec la vision définie par les acteurs du territoire, et d'un autre côté, le financement de démonstrateurs et de projets de recherche."

En 2016 l'ADEME avait déjà investi plus de 19 millions d'euros dans la Région Nouvelle-Aquitaine pour soutenir des projets de recherche et d'innovation.

"La lutte aujourd'hui ne se fait pas dans les entreprises mais dans les écosystèmes. Ce cluster est un facteur d'attractivité pour la région, on veut attirer les meilleurs en Europe", a ajouté Jean-Luc Fouco, président de l'Agence de développement et d'innovation de la Nouvelle-Aquitaine.

"On n'est pas chez Trump !"

"Il ne faut pas sous-estimer la capacité des Asiatiques à remonter la chaîne de la valeur. Les Chinois se sont démarqués par leurs capacités d'investissements annuels sur les lignes de production, par une politique de coûts extrêmement agressive mais aussi par leur capacité à innover", a souligné Florence Lambert, directrice générale du LITEN (Laboratoire d'innovation pour les technologies des énergies nouvelles).

Ce cluster marque l'occasion d'inverser la tendance : "Il faut que la France se réveille, ici on n'est pas chez Trump !", a lancé Alain Rousset.

A l'heure où le prix des batteries devrait chuter de 47 % au cours des 5 années à venir avec l'entrée de "gigafactories" destinées au marché du véhicule électrique (1) et où la part des ventes de véhicules électriques au niveau mondial devrait passer de 1% aujourd'hui à 35 % en 2040 pour atteindre un volume de 41 millions de véhicules par ans, en devenant moins coûteux que les véhicules thermiques conventionnels entre 2020 et 2030 (2), la région a tout intérêt à s'immiscer dès aujourd'hui dans ce marché à croissance exponentielle."Il va falloir porter ce dossier à bras le corps face aux réticences intellectuelles et aux hésitations de l'Etat et des constructeurs automobiles aujourd'hui", a ajouté le président du Conseil régional. Ce cluster représente un défi industriel majeur, mais le jeu en vaut la chandelle.

L'offensive est lancée

"Il va falloir se battre sur les deux fronts : à la fois industriel et ça commence maintenant par une structuration, une stratégie d'ensemble avec les champions, nombreux en Aquitaine, mais également en termes d'innovation puisque la bataille à moyen terme se jouera sur le front des technologies. Soit on part à l'offensive et on garde une stratégie forte dans l'énergie, soit on jette le gant" a affirmé Florence Lambert.

Alors que le stockage de l'hydrogène est un véritable trou dans la raquette en Europe, la Nouvelle-Aquitaine va accueillir un des 5 Hydrogène Lab imaginés dans le cadre de la Nouvelle France Industrielle. Celui-ci, mis en place à la fin du mois, prendra appui sur une trentaine d'acteurs nationaux industriels et de recherche, pour travailler sur une feuille de route agressive sur le plan international autour du stockage de l'hydrogène.

Grâce à un partenariat avec Hydro Québec, géant ganadien en matière d'électricité renouvelable, le cluster compte aussi sur un projet d'unité pilote de fabrication de batteries chimiques à prix compétitifs. Il permettrait de bâtir une véritable usine européenne de batteries à Lacq, produisant "des batteries avec 10 fois plus de puissance et de durée de vie que des batteries classiques importées de Corée" selon Alain Rousset. Ce projet en discussion depuis deux ans devrait aboutir courant septembre.

En Nouvelle-Aquitaine, quelques pointures performent déjà dans le domaine : c'est le cas de Stelia Aerospace qui a signé récemment un partenariat avec l'équipementier automobile Faurecia pour la réalisation de réservoirs d'hydrogène ou encore de la filiale d'Airbus basée à Salaunes en Gironde qui souhaite équiper 5 millions de véhicules électriques de piles à combustibles. Récemment, la société Newheat, basée à Bègles et spécialisée dans le développement, la construction et l'exploitation d'installations solaires thermiques, a effectué une levée de fonds d'1,8 million d'euros pour accélérer son développement et financer de nouveaux projets. Le premier projet, prévu pour cet été, s'agira de la plus grande centrale solaire thermique de France mais également d'une première mondiale grâce à sa technologie de trackers.

(1) étude d'Ernst & Young de 2016 sur les perspectives des marchés du stockage d'énergie.

(2) selon les experts de Bloomberg New Energy Finances (BNEF)

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